Leur « bromance » avec Freddie Mercury les habite toujours

  | L. Grabet

Nostalgie
Deux anciens très proches collaborateurs du légendaire chanteur de Queen étaient à Montreux fin mai pour régaler une poignée de fans «hardcore» de leurs anecdotes. Nous les avons rencontrés avant les Freddie Days.

«Bromance» est un néologisme anglophone mêlant «brotherhood» et «romance». Voilà comment Terry Giddings (69 ans) et Peter Freestone (71 ans) qualifient la relation qui les unissait respectivement à Freddie Mercury: deux «amitiés passionnées». Le premier était le garde du corps et chauffeur du célèbre chanteur de Queen et le second son assistant personnel. Freddie Mercury était leur patron, mais aussi et surtout une sorte de «grand frère» bienveillant et aimé. 

Ils ont vécu à ses côtés lors de ses nombreux séjours à Montreux et étaient là du 28 au 31 mai derniers pour partager leurs souvenirs, et leurs larmes, avec une poignée de fans ayant spécialement fait le déplacement, dans le cadre d’événements exclusifs organisés par Freddie Tours. Terry Giddings et Peter Freestone seront aussi de la partie lors des prochains Freddie Days, lesquels marqueront les 80 ans de la naissance du chanteur du 2 au 6 septembre à Montreux.

C’est au Freddie Mercury Hôtel de la Rouvenettaz qu’ils nous ont reçus au temps des souvenirs. «Freddie m’a recruté en 1982 alors que je sortais d’une tournée avec les Rolling Stones. Le courant est immédiatement passé entre nous. Pourtant, la musique de Queen n’était pas ma tasse de thé. Je leur préférais de loin par exemple le ska de Madness. Pour moi, Freddie était un être humain comme un autre. Dans ce genre de boulot, ne pas être un fan est une nécessité!», relève Terry Giddings. Peter Freestone, lui, travaillait au Royal Opera House de Londres quand sa route a croisé celle de la rock star. C’était en 1979. Quelques jours plus tard, le téléphone sonnait pour lui proposer de partir en tournée avec Queen.

Ils le comprenaient d’un regard

Les deux hommes sont respectivement venus pour la première fois à Montreux avec leur patron pour enregistrer «Under Pressure» avec David Bowie en 1981, puis pour le Festival de la Rose d’or en 1984. Ils se souviennent que Freddie Mercury était tombé amoureux de cette «petite ville un peu ennuyeuse». «Ici, il était tranquille. On allait à pied du Palace au Mountain Studio du casino et personne ne l’abordait en chemin, chose impensable en Angleterre. Il appréciait beaucoup ce calme et la beauté de la nature l’inspirait», révèle Peter Freestone. 

À Montreux, lui et son collègue ont tout connu, des fêtes hédonistes, aux enregistrements studio d’albums devenus cultes, en passant par les interminables séances de shopping. «Freddie voyait ses collaborateurs directs comme sa famille. Il n’était pas rare qu’on mange ensemble. On passait des heures à discuter. On se comprenait d’un regard. En public, par son langage corporel, on voyait immédiatement s’il était à l’aise ou ne l’était pas… Or, mon job était qu’il le soit, quitte à ce qu’un fan trop envahissant me déteste…», résume Terry Giddings.

Ce père de famille se rappelle aussi de la générosité du chanteur. Ce dernier pouvait offrir à ses proches des chaussures hors de prix de chez Ausoni «pour le plaisir de faire plaisir». «Vu qu’on était souvent loin de la maison plusieurs jours de suite, il s’inquiétait beaucoup pour ma vie de famille et il lui arrivait d’affréter un jet pour faire venir ma femme et mon jeune fils», poursuit le sexgénaire. Terry Giddings souligne aussi avec un humour très british que «lorsqu’il m’emmenait dans des boîtes gay, il devenait alors mon garde du corps». Freddie Mercury était souvent approché par des gens qui ne voyaient en lui que la rock star et pas l’être humain. «Il avait un instinct très aiguisé pour les détecter, mais appréciait par contraste notre fidélité et l’authenticité de nos amitiés.»

Fidèles jusqu’au bout

Un jour de 1987, la star a annoncé sa maladie à ses collaborateurs, un à un en bilatérale. «Il m’a dit: <Tu sais, je ne suis pas bien… tu sais ce que j’ai, n’est-ce pas?… J’ai le sida et c’est la dernière fois qu’on va en parler car j’ai une vie à vivre!> Et c’est exactement ce qui s’est passé, car Freddie ne voulait pas de notre pitié», raconte Peter Freestone.

Terry Giddings a gardé le secret absolu, au point de ne rien confier à sa femme. Lui, sa famille et Peter Freestone étaient du dernier séjour montreusien du chanteur. C’était en novembre 1991, une poignée de jours avant sa mort. Freddie Mercury avait alors trouvé la force d’enregistrer Made in Heaven. 

Les deux hommes se sont confiés avec émotion et pudeur. L’entretien terminé, les premiers fans les approchent timidement. Mais ne se sentent-ils pas enfermés dans un passé devenu trop grand pour eux? «Aucunement! On est là à parler de Freddie 35 ans après sa mort. Lui-même ne l’aurait jamais imaginé! C’est beau et cela en dit long sur l’être humain qu’il a été… Quand on voit le nombre de gens que lui et sa musique rendent encore heureux, on se dit que ça a été une vie incroyable et surtout un privilège de la partager avec lui. 

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