Leur seconde vie est dans les champs

Cédric et Didier Favre, deux terriens sur le terrain, à Clarens.  | P. Hess

Parcours de vie
D’abord bouchers, les frères Cédric et Didier Favre sont devenus policiers sur la Riviera il y a 24 ans. En parallèle, ils aident leur cadet à la ferme familiale en Veveyse. Rencontre au poste de Clarens.

À bien les regarder, on leur trouverait sûrement un petit air de famille, mais d’emblée on ne les imaginerait pas frères. Si 5 ans les séparent, les sergents Cédric et Didier Favre ont en commun la poignée de main ferme et franche, les intonations fribourgeoises et des parcours jumeaux. «On a tout fait pareil depuis petits. La chorale, le tir de loisir, l’apprentissage, le travail comme bouchers, et on s’est rejoints à la police», résume Didier, tandis que Cédric, le cadet, valide d’un hochement de tête.

En ce samedi matin, tous deux sont de service et nous accueillent dans les locaux de Sécurité Riviera à Clarens. «En général, on n’a pas les mêmes horaires, comme on est dans deux unités différentes», précisent-ils. 

Avant de débuter leur carrière policière en 2002, l’un et l’autre travaillaient dans des entreprises de boucherie, puis avaient repris un commerce ensemble. «Didier a arrêté le premier pour faire l’école de police et a été engagé à La Tour-de-Peilz, qui avait encore son propre poste à l’époque. Un jour, il m’a dit que la police de Vevey cherchait des aspirants… J’ai postulé et j’ai été pris!», narre Cédric. 

Pas un rêve de gosse

Ce qui leur a donné envie de passer du tablier maculé à l’uniforme bleu? Terriens, les deux sergents ne sont pas du genre à se perdre dans de longues considérations sur le pourquoi du comment: ce sont «les circonstances de la vie qui ont fait que…» Un ras-le-bol de la surcharge de travail comme bouchers indépendants, un oncle et un cousin policiers qui leur ont parlé du métier, l’attrait pour le côté social et le secours, la sécurité professionnelle offerte, «tout cela a joué un rôle», expliquent-ils.

«Je n’avais jamais rêvé ni envisagé d’être policier», souligne Cédric. Lui et son frère ont grandi dans une ferme en Veveyse fribourgeoise, au sein d’une fratrie de cinq enfants. Il se voyait alors suivre les traces de son père. «Il était boucher de campagne, je le regardais travailler et je lui donnais un coup de main. Au moment de l’apprentissage, je me disais que je reprendrais peut-être la ferme.» Idem pour Didier: «Je ne m’imaginais pas faire autre chose qu’un métier à l’extérieur. Policier? J’y avais pensé une ou deux fois, mais je n’étais pas très scolaire et ça me semblait trop difficile…»

Un bon équilibre

Les frères Favre restent très attachés à la vie à la campagne, où ils vivent toujours. Marié et père de deux enfants, Cédric aide son plus jeune frère qui a repris l’exploitation familiale. Didier lui donne aussi des coups de main et vit lui-même dans une ferme, avec sa compagne. «J’ai des vaches allaitantes, des chevaux, des moutons… Même si on était bouchers, on aime les animaux. Leur contact apporte une forme d’apaisement après une journée de travail où on nous appelle presque toujours pour des choses négatives. Rentrer chez soi, y retrouver nos petites biquettes qu’on chouchoute, qu’on nourrit, qu’on sort promener, ça fait du bien!» Cédric approuve, se remémorant avec joie ses travaux de bûcheronnage de la veille. «Dans ces moments, on pense juste à ce qu’on est en train de faire, on est dans la nature… ça libère l’esprit.»

Fans de Fribourg Gottéron, tous deux aiment aussi se mettre aux fourneaux pour les fêtes de famille ou d’autres occasions. Se sentent-ils plutôt agriculteurs ou policiers dans l’âme? «Tour à tour l’un et l’autre», répond spontanément Didier. «Quand on est au travail sur la Riviera, on se sent policiers, mais dès qu’on monte l’autoroute A12… En fait, on reste quand même un peu policiers en dehors du service, au sens où on se doit d’être toujours irréprochables», nuance Cédric. Au terme de l’entrevue, un crochet sur les quais pour la séance photo, puis les deux frères reprennent leur service… chacun dans son unité, mais toujours côte à côte dans l’âme!