Marmottes Paradis, le zoo fantôme qui « défigure » les Rochers-de-Naye

Inoccupés depuis de nombreuses années, les grands enclos grillagés se voient loin à la ronde.  | R. Brousoz

Montagne
Lancé au début des années 2000, le parc animalier est désaffecté depuis longtemps. Ses vastes enclos métalliques sont pourtant encore debout. Explications.

De hautes clôtures, des enclos vides et des portails ouverts aux quatre vents… Au sommet des Rochers-de-Naye, l’image pourrait faire penser à Jurassic Park. À la différence que les pensionnaires absents ne sont pas des vélociraptors, mais des marmottes… 

Près d’un quart de siècle après son lancement – il avait été inauguré en juillet 2002 – le Marmottes Paradis est à l’abandon. Et depuis longtemps. À plus de 2’000 mètres d’altitude, les stigmates qu’il a laissés contre le versant sud de la montagne sont pourtant encore bien visibles. Difficile en effet de ne pas apercevoir ces six grands parcs grillagés qui s’étalent sur plus de 3’000 mètres carrés. Un septième enclos se trouve également à côté de la gare MVR. 

Imaginée par la compagnie ferroviaire pour dynamiser le sommet de la Riviera, cette attraction lui a coûté 1,5 million à l’époque. Les touristes pouvaient ainsi y découvrir sept espèces différentes de ce mammifère, venues d’Europe, mais aussi de Russie, d’Amérique du Nord ou de Mongolie.    

Aujourd’hui, les enclos ont beau être déserts, certains visiteurs s’attendent encore à les voir occupés. «On me demande encore où sont les marmottes», témoigne une personne travaillant aux Rochers-de-Naye. «Il y a de la déception, surtout chez les enfants, quand on leur dit que les enclos sont vides.»

«Moche et contre-nature»

Si, à ses débuts, le zoo alpin a fait l’objet d’un important battage médiatique, sa désaffectation s’est passée plutôt discrètement. «Quand je suis arrivé, ça ne me plaisait pas. J’ai assez vite décidé de mettre fin à ces grands parcs qui défigurent le paysage», confie Georges Oberson, directeur du Groupe MOB de 2011 à 2025. «Très honnêtement, c’est moche. Sans compter que les marmottes ne vivent pas naturellement sur ces pentes.» Et l’ancien patron de préciser: «Les espèces qui étaient dans ces enclos ont été données à des parcs animaliers en Suisse.»

Seule a été maintenue la petite enceinte jouxtant le restaurant. «Ça permettait d’avoir une forme d’approche scientifique», précise le directeur fraîchement retraité. Ce parc a hébergé des familles de marmottes indigènes jusqu’en 2022. «Le sol a bougé, il y a eu des fissures et elles ont repris leur liberté», indique Didier Barraud, qui a assuré le gardiennage de cet enclos les huit dernières années. «Ça marchait bien, les gens adoraient.»

Profondément bétonnés

Quant aux six grands enclos, pourquoi les avoir laissés en place malgré leur inutilité et leur impact sur le paysage? «Pour des raisons de coûts, répond Georges Oberson. Leur démontage est estimé à plusieurs centaines de milliers de francs.» C’est qu’à l’époque, tout avait été fait pour assurer la robustesse de ces enceintes hautes de deux mètres et électrifiées, histoire d’éviter les évasions et les attaques de prédateurs.

Ces clôtures à l’abandon se trouvent sur le territoire de Veytaux. Qu’en pense la Commune? «C’est regrettable, réagit le municipal Igor Rinaldi. Mais nous patientons, car ils vont être démontés. Nous comprenons que c’est un travail de grande ampleur, vu que ces enclos sont bétonnés très profondément.»  

Démontage en vue? Oui, car le groupe MOB planche sur un vaste projet de refonte de la gare sommitale et de son restaurant. Un chantier durant lequel seront effacées les disgracieuses ruines du Marmottes Paradis. «Étant donné que des machines seront à l’œuvre pour la réfection de la gare, il a été décidé de faire d’une pierre deux coups», confirme George Oberson. «Le démontage des enclos est planifié pour le printemps 2027», précise Bertrand Schrago, chef du programme des Rochers-de-Naye pour MVR.

Des plaintes récurrentes

Pour l’heure, le zoo fantôme continue à irriter certains amoureux du coin. «Ça fait longtemps que beaucoup de gens s’en plaignent, déclare le municipal Igor Rinaldi. Et c’est compréhensible. C’est un projet d’un autre temps, où la sensibilité n’était pas la même et où les gens voulaient un but pour monter aux Rochers-de-Naye.» 

Des marmottes, il suffit pourtant de descendre 200 mètres plus bas pour en voir gambader. Et celles-ci sont en parfaite liberté.

Georges Oberson

Ancien directeur du MOB.

"Le démontage de ces enclos est estimé à plusieurs centaines de milliers de francs”

GALERIE