Montessori est bien ancrée dans les Préalpes

L’école des Préalpes propose un enseignement Montessori à Châtel-Saint-Denis depuis 30 ans. De gauche à droite: Maud Mayer, directrice, Marie-Laure Debacker, présidente de l’Association Montessori Suisse et Michel Dufournet, ancien enseignant.  |  J. Collet

Châtel-Saint-Denis
L’établissement a grandi au rythme de la commune et des besoins des familles. Il est passé d’une dizaine d’enfants en 1995 à plus d’une centaine aujourd’hui.

Sur l’esplanade de la gare de Châtel-Saint-Denis, les rires d’enfants se mêlent aux discussions des parents et des enseignants. Vendredi, l’école des Préalpes a célébré ses 30 ans. L’établissement, membre de l’Association Montessori Suisse, est le seul en Suisse romande à accueillir des enfants de 0 à 15 ans.

«Je suis ému», confie Michel Dufournet, qui y a enseigné à partir de 1999. Créée en 1995, l’école connaît des débuts difficiles, faute de formation suffisante à la pédagogie Montessori. «Les parents avaient perdu confiance. Quand j’ai commencé, il n’y avait plus que 7 enfants, et j’ai terminé l’année avec 18 élèves. La rentrée suivante, ils étaient 28. Ça a vite évolué, par bouche-à-oreille», explique-t-il.

La croissance de l’école suit celle du district. En 2016, une section 12-15 ans est ouverte. En 2022, une crèche et une ferme voient le jour. En 2025, l’établissement quitte l’Institut Saint-François de Sales pour s’installer dans de nouveaux locaux à la gare, avec une centaine d’élèves et une trentaine de membres du personnel.

L’apprentissage par l’expérience

Après la crèche, les enfants sont regroupés par tranches d’âge (3-6 ans, 6-12 ans et 12-15 ans). Les salles de classes sont ouvertes et organisées en zones d’activités, avec du matériel en libre accès. Pour l’apprentissage des mathématiques, par exemple, ils passent progressivement de la manipulation de perles à celle de petits carrés colorés représentant les unités, dizaines, centaines et milliers, afin de composer des nombres et effectuer des calculs concrets.

«Avec ces exercices, on mobilise la mémoire visuelle, auditive et kinesthésique, explique Marie-Laure Debacker, présidente de l’Association Montessori Suisse. L’enfant voit, écrit, verbalise les opérations et les manipule. Cela fait appel à plusieurs formes de mémoire, car nous n’apprenons pas tous de la même manière.»

Les élèves y travaillent le plus souvent en autonomie, à leur rythme, seuls ou en petits groupes. «On reproche souvent à la pédagogie Montessori de laisser les enfants tout faire, ce qui n’est pas le cas. Ils disposent d’une certaine liberté, mais aussi de responsabilités. Lorsqu’ils font un choix, cela signifie qu’ils renoncent à d’autres activités à ce moment-là. C’est aux éducateurs de les accompagner ensuite, en douceur, vers d’autres matières au bon moment», souligne Maud Mayer, directrice pédagogique de l’école depuis 15 ans. Et d’ajouter que cette approche vaut aussi sur le plan émotionnel. «De même, les enfants ont le droit à toutes les émotions, mais ils doivent apprendre à les exprimer et à les communiquer aux autres.»

Une réponse aux difficultés scolaires

Si les parents choisissent cette école, c’est pour sa flexibilité, son ouverture au monde et le plaisir d’apprendre qu’elle cherche à transmettre. L’enjeu est aussi de prévenir le mal-être scolaire, dans un contexte de hausse des cas de phobie scolaire et de harcèlement.

Pour certaines familles, ce choix répond aussi à des besoins spécifiques. Benoîte Potel-Létang explique avoir cherché une alternative pour ses enfants atteints de TDAH et de troubles «multi-dys». «Il y a presque 10 ans, l’école publique ne répondait pas encore vraiment à ces problématiques», raconte cette mère de famille, qui ne regrette pas l’investissement financier.

Les frais de scolarité se situent entre 1’000 et 1’400 francs par mois, selon les prestations (repas, accueil extrascolaire, etc.). L’école, reconnue, mais non subventionnée, fonctionne grâce aux contributions des parents, ce qui limite son accessibilité malgré une demande croissante en Suisse romande.

La situation financière de la plupart de ces écoles reste néanmoins fragile, ce qui rend d’autant plus remarquable la longévité de l’école des Préalpes, qui fête ses 30 ans. «Nous avons eu nos premiers mariés», sourit Maud Mayer. «Deux anciens élèves tombés amoureux sur nos bancs se sont dit <oui>.»

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