Montreux ne manque pas de sources

Michel Aubry, le fontainier du SEM, et Vincent Haldi, son président, arborent les vestiges des anciennes conduites en grès. | P. Combremont

Eau
Alors que les factures vont augmenter dans la région, un «petit» service autonome, celui du Maralley, est d’une insolente santé. Avec des débits impressionnants, il doit même rejeter de l’or bleu au lac.

Adossées à la colline, face au Temple Saint-Vincent qui surplombe Montreux, il y a ces dates, «1616-2016», juste au-dessus d’une porte. Ce battant métallique recèle tout un pan d’histoire avec une galerie creusée dans la roche calcaire qui remonte aux sources dans la montagne.
On se trouve dans l’antre du Service des eaux du Maralley (SEM), l’un des derniers infimes fournisseurs indépendants à subsister dans le canton. «Ce service est l’héritage de plus de 400 ans d’histoire, de la fraction d’entités de Communes, du maintien d’un esprit de village et du combat de quelques personnalités fortes pour la préservation de ce patrimoine de la nature», explique le fontainier Michel Aubry.
En contrebas de ses deux galeries de captage qui cheminent en pente sur plusieurs centaines de mètres de profondeur, l’eau de source aboutit dans une «chambre» moderne, informatisée et autocontrôlée. C’est depuis là que le service alimente le quartier des Planches, une partie de la vieille ville, les hauts de Territet et descend même jusqu’à certains immeubles de l’avenue de la Riviera, au bord du lac. Sans oublier non plus les nombreuses fontaines du vieux Montreux.
Ces eaux cristallines de sources, exemptes de chlorothalonil et de microplastiques PFAS, arrivent depuis la Baye de Montreux, jusqu’au-dessus de Caux-Glion. Mais pour Michel Aubry, elles proviennent de plus haut encore, certainement depuis les fontes de printemps à la Combe de Jaman. Si le débit du Maralley «supérieur» varie de 1’250 à 1’500 l/min, celui du captage «inférieur» est constant entre 300 et 350 l/min.

Un réservoir pour ne pas gaspiller
Face aux risques de sécheresse, de «stress hydrique» et de pénurie dans les années à venir, le petit approvisionneur, lui, est encore bien à l’abri et ne manque pas d’eau! Au contraire, «notre problème est d’en avoir beaucoup trop», sourit Vincent Haldi, son président. Avec un pic de consommation de 250 à 300 l/min pour tous ses clients, ses sources lui fournissent plus du double de ses besoins.
Avant d’être distribué, cet or bleu subit néanmoins un chlorage minimum, afin de prévenir les risques bactériens toujours possibles dans des sols calcaires lors de fortes précipitations. Le SEM se trouve dans la situation paradoxale où il doit rejeter l’excédent au lac. Ce qui, selon ses responsables, représente des «capacités» d’environ 300’000 m3 d’eau chlorée. Une opération qui se fait, à certaines heures, par une conduite débouchant au-dessus du ruisseau, sous le pont des Planches.
Face à ce trop-plein d’une eau de qualité naturelle, «nous cherchons toujours à mieux la valoriser et à trouver de nouveaux débouchés», poursuit Vincent Haldi. Cela d’autant que le Maralley dispose encore d’un troisième captage de réserve, qui n’est actuellement pas utilisé. Située à proximité de la «Maison Rouge», la source d’«Hautebelle» a un débit qui dépasserait les 150 à 200 l/min.
L’association veut creuser un vaste réservoir, situé dans la pente juste au-dessus de cette source. D’une capacité de 50 m3, celui-ci permettrait de canaliser le surplus, d’arrêter les rejets au lac et de réguler les problèmes de pression. Le projet a déjà reçu l’aval de l’Office cantonal de la consommation, ainsi que de la Commune. Ne reste qu’à obtenir le feu vert du MOB, dont la ligne passe en amont. Les travaux pourraient alors se réaliser en 2025.

Une situation concurrentielle ?

Dans une situation financière «enviable», le Maralley a un tarif actuel de 1 franc 25 le m3, bien inférieur à celui de l’autre géant, le SIGE. Il a en outre pu dégager environ 2 millions de francs pour moderniser son réseau. «Aujourd’hui, on a déjà rénové 70% de nos conduites», se félicite Vincent Haldi. Le petit SEM va-t-il donc se mettre à représenter une concurrence pour le service intercommunal? Apparemment, la relation semble plutôt «fraîche» entre les deux. Le réseau de cette association à but non lucratif est néanmoins relié par une conduite à celui du SIGE, permettant de basculer de l’un à l’autre. Et des discussions pourraient toujours être envisagées dans le cadre d’un renouvellement programmé des conventions.

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