« Notre quartier traverse une mauvaise passe »

Alors qu’il avait repris la boucherie des Tilleuls il y a trois ans, François Glur a décidé d’arrêter avant de tout perdre.  | N. Desarzens

Vevey
Plusieurs commerces de Plan-Dessus ferment boutique, les affaires en berne. Y a-t-il un risque de le voir devenir un quartier dortoir? C’est la crainte de certains riverains.

«Je serre les dents depuis une année, et j’arrive au bout de ce que je peux me permettre.» C’est avec un regard résigné que François Glur nous accueille. «En 2025, j’ai enregistré une baisse de 50% de mon chiffre d’affaires… J’arrête avant de tout perdre.» Présente dans le quartier depuis plus de 20 ans, la boucherie des Tilleuls a définitivement fermé le 29 novembre.

Depuis plusieurs mois, le quartier traverse une zone de turbulences, entre élimination de places de stationnement et rues fermées pour cause de travaux. Avec la piétonnisation des rues aux abords de la place Robin, la famille De Azevedo observe une baisse de fréquentation «catastrophique» dans son échoppe portugaise et regrette le «manque flagrant de signalétiques» pour les automobilistes. Résultat: la boutique cherche actuellement un repreneur, alors que cela fait plus de 15 ans qu’elle a pignon sur rue au nord des voies ferrées.

Interrompue en plein arrangement floral, la fleuriste du quartier confirme ces difficultés. «Ma clientèle est obligée de se déplacer en voiture. Avec tous ces travaux, elle préfère aller à Châtel-Saint-Denis.» Si cette indépendante ne peut encore chiffrer la baisse de fréquentation, elle estime que sa situation est critique et n’exclut pas de partir à terme.  

Pétition en soutien des commerçants

Cette morosité ambiante ressort de la plupart des réactions de gérants de magasins ou tenanciers de cafés interrogés. Car à la réfection actuelle de l’avenue des Crosets, ainsi que du préau de l’école, il faut aussi ajouter la rénovation au début de l’avenue de Gilamont – liée à la gare MVR – et de la route de l’Esplanade sur la commune de Corsier. 

Des chantiers qui «échappent à la planification communale», déplore la Ville. Reste que l’accès motorisé au quartier de Plan-Dessus est devenu plus compliqué, et semble prétériter les activités économiques de la zone. Sans parler de la proximité de grandes surfaces. «Les besoins spécifiques des commerçants ont été pris en compte dans les aménagements, détaille la Municipalité veveysanne. Il y a notamment eu la création de places de stationnement destinées aux clients et aux livraisons.»

Préoccupé par la disparition de certains magasins, Christophe Letsch craint que la politique actuelle ne favorise les grandes surfaces, au détriment des acteurs locaux. «Comme simple citoyen, je vois bien que la conjoncture n’aide pas l’économie locale, mais la politique d’urbanisation participe à l’asphyxie du quartier.» Il a ainsi lancé une pétition afin de «redonner vie au quartier et d’éviter la mort des commerçants». Jeudi dernier, il a remis son texte fort de 363 paraphes aux autorités communales. 

Encore un peu d’espoir

Interpellée à ce sujet, la Municipalité dit ne pas souhaiter revenir sur la piétonnisation de la place Robin. Car cette décision doit permettre de limiter le trafic de transit à travers le quartier. À rappeler que le Conseil communal réclame depuis des décennies l’intervention sur les routes et l’arborisation du quartier. Des projets en cours, donc.

«Cela répond d’ailleurs aux attentes exprimées par les habitants dans leur pétition du 28 juin 2022», souligne Antoine Dormond. Le municipal chargé de l’urbanisme estime que plusieurs facteurs expliquent la fermeture d’une enseigne. «Il serait réducteur de les attribuer uniquement aux modifications du schéma de circulation, analysent les autorités. Plusieurs études démontrent d’ailleurs que l’attractivité des petits commerces est favorisée dans les zones où la circulation est apaisée.»

Malgré ces chamboulements, le tenancier du Café du Commerce reste positif. «J’ai quand même de l’espoir par rapport à la future densification, cela va combler les lacunes actuelles», contrebalance Polat Ozer. «Notre quartier traverse une mauvaise passe, mais il va vers le meilleur!», lance avec conviction la fondatrice du Marché aux puces, Esther Schmid Fatio. Heureusement pour ses habitants, l’optimisme semble n’avoir pas complètement déserté Plan-Dessus.