«Nous allons tout restructurer, des juniors jusqu’à la première équipe!»

À 33 ans, Joaquim Adao arrive à Vevey avec une ambition forte: celle de redorer l’image du club et de «rassurer tout le monde».  | B. Monnard

Joaquim Adao
Notre partenaire Footvaud l’a révélé récemment, Vevey‑Sports va commencer son deuxième tour avec un nouveau directeur sportif. Cet ancien joueur du FC Sion va tenter de redorer l’image du club. Interview.

Joaquim Adao, pourquoi avoir accepté ce poste dans un club apparemment mal en point?

– Je voulais un jour devenir directeur sportif, cela a toujours été clair dans ma tête. Et là, avec Vevey, c’était l’occasion. Comme joueur, j’ai toujours été un leader naturel, une pierre angulaire. Très méthodique, j’aime fédérer, organiser. 

Qui vous a contacté pour ce projet?   

– C’est Mario Calvano, un nouvel arrivant également. Il est chargé de redresser le club sur le plan administratif. Mario occupait un rôle similaire au FC Sion quand j’y jouais. On se connaît depuis des années et on s’entend méga bien! 

Autre nouveau venu: l’entraîneur Edin Becirovic. 

– C’est exact. Ex-entraîneur de Portalban et de Payerne, connaissant très bien la région et doté d’un gros caractère, il va apporter à l’équipe cette grinta dont elle a besoin. 

Battu 4-1 dimanche lors du match de reprise par les M21 d’YB, Vevey-Sports accuse 12 points de retard sur l’avant-dernier. Peut-il encore se sauver? 

– Si on redescend, ce n’est pas grave. L’objectif n’est pas de se maintenir à tout prix, mais de tout rebâtir, de tout restructurer. Des juniors jusqu’à la première équipe! Idéalement placées entre Lausanne et Sion, Vevey et la Riviera constituent un formidable vivier. Nous devons redevenir un tremplin pour tous les jeunes de la région, en étant fidèles à la riche histoire du club. 

On reproche à Fatlind Rama, le jeune président arrivé en juin dernier, de ne pas avoir tenu ses promesses. L’ancien comité a démissionné en bloc et de nombreux joueurs sont partis. Changer une image écornée s’annonce difficile?

– Le président est conscient de ses erreurs, d’avoir «vendu» un projet trop ambitieux. Trois mots clés doivent désormais nous guider pour redorer l’image du club: communication, transparence et intégrité. Nous allons rassurer tout le monde. 

Malgré la situation actuelle, financière notamment, plusieurs nouveaux joueurs sont arrivés pour ce deuxième tour, de Sion et Xamax notamment. Comment avez-vous fait pour les convaincre? 

– Alors que la masse salariale oscillait entre 150’000 et 200’000 francs ces dernières saisons, elle est aujourd’hui de zéro franc pour la suite du championnat. Comment en arrive-t-on à ce résultat? J’ai mes antennes dans le monde du football. À Sion, j’ai eu comme entraîneur Stéphane Henchoz (ndlr: directeur sportif actuel de Lausanne-Sport) et je suis aussi ami avec Barthélémy Constantin. À Chiasso, j’ai joué avec Mattia Croci-Torti, l’entraîneur de Lugano. Je peux réseauter un peu partout. Les nouveaux arrivés sont des jeunes qui ont joué entre la Challenge et la Super League et qui viennent chez nous pour rebondir et retrouver la confiance. Nous avons une équipe en bonne partie renouvelée de 22 ans de moyenne d’âge. 

Vous venez de Schönberg, le quartier le plus multiculturel de la ville de Fribourg. Vous allez aussi jouer pour ce club, c’est juste?

– Oui. Ce quartier compte quelque 12’000 habitants et j’ai commencé à jouer avec le FC Schönberg, à l’âge de 6 ans. Alors que de multiples blessures au genou m’ont contraint à arrêter ma carrière pro voilà trois ans, j’ai recommencé à m’entraîner avec mon ancien club et je vais reprendre le championnat de 2e ligue cette saison. 

Vous avez disputé une quarantaine de matches en Super League avec le FC Sion. Quel est votre meilleur souvenir? 

– Mon premier match en 2010 contre Saint-Gall. C’était à Tourbillon, à guichets fermés!  L’équipe dirigée par Sébastien Fournier suscitait un grand engouement en Valais. Au milieu du terrain, j’avais un certain Gattuso à mes côtés. 

Vous étiez sur le terrain lors de la seule finale de Coupe perdue par le FC Sion contre le FC Bâle (0-3) en 2017. Votre pire souvenir?

– Cela m’avait fait très, très mal et je ne suis plus ressorti de chez moi pendant deux semaines. C’était à la Praille chez nos ennemis genevois qui nous ont sans doute porté la poisse… 

Quelles relations aviez‑vous avec Christian Constantin? 

– Il a été comme un deuxième père pour moi, après la mort du mien alors qu’il avait 45 ans à peine. Un dirigeant avec beaucoup de valeurs humaines, d’une grande sensibilité. Il m’a toujours soutenu, apporté de la confiance. 

Vous avez aussi évolué plusieurs saisons avec des clubs de Luanda, la capitale de l’Angola, votre pays d’origine. 

– J’avais 6 mois quand je suis arrivé avec mes parents au Portugal. Le foot m’a permis de découvrir mon pays d’origine où je n’étais jamais retourné. J’ai aussi connu une partie de la famille de ma mère. Mes deux enfants, de 8 et 10 ans aujourd’hui, y ont vécu une année et c’était important. La Ligue des champions africaine m’a permis de voyager à travers tout le continent: Lesotho, Egypte, ou encore Maroc, où j’ai aussi disputé une CAN avec l’équipe nationale.

Il y a enfin eu cette dernière saison passée en prêt chez le Heart of Midlothian dans le bouillant championnat écossais. De quoi boucler la boucle?

– Oui. Je me rappelle encore du match contre les Glasgow Rangers devant les 60’000 spectateurs de l’Ibrox Stadium. Cela restera un moment à part dans ma carrière. Demi défensif, j’avais ce côté hargneux qui plaît tant au public écossais. J’espère que notre équipe, ici au Vevey-Sports, fera preuve de la même rage de vaincre en cette fin de saison.

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