«Nous sommes face à de la souffrance animale»

Recueillis par l’association Les chats perchés Vaud, ces boules de poils cherchent une famille pour les héberger.  | Les chats perchés Vaud

Chats errants
Face à l’augmentation de la population féline en Suisse, des associations locales agissent pour endiguer le phénomène. Éclairage.

«Nous sommes en train de terminer une opération de stérilisation sur une vingtaine de chats dans la région de Vevey, nous apprend Tanya Cuoco par téléphone. Le propriétaire, un éleveur, ne se rend pas compte qu’ils n’arrêtent pas de se reproduire. C’est proche de la négligence.»

La présidente de l’Association Les chats perchés Vaud, reconnue d’intérêt public et basée à Leysin, n’en est pas à sa première intervention. «Il y a 18 mois, nous sommes allés recueillir 20 chatons à Ecublens, en banlieue lausannoise. Le temps d’attraper les mamans, elles avaient déjà une nouvelle portée. Nous avons eu beaucoup de difficultés à placer tous les chatons par la suite.»

Il faut savoir qu’en Suisse, il y a environ 225’000 chats errants sur une population totale de 1,8 million d’individus, selon une étude de l’Université de Berne. Le problème: cette surpopulation entraîne des souffrances pour les chats eux-mêmes. Sans oublier que ces prédateurs tuent chaque année des millions d’oiseaux, de reptiles et d’amphibiens, représentant ainsi une menace pour la biodiversité, selon des organisations de protection de la nature.

Un constat que tempère la Société vaudoise pour la protection des animaux (SVPA). «Leur impact est souvent largement surestimé par rapport aux effets bien plus dévastateurs de l’activité humaine, telle que l’urbanisation, l’agriculture intensive ou la pollution», relativise le responsable communication
Stéphane Crausaz.

Manque de soutien public

Sur la centaine de résidents que compte la Maison des chats, près de la moitié a été recueillie l’an passé. Situé à La Croix-sur-Lutry, en pleine campagne vaudoise, ce refuge recueille des chats abandonnés depuis 60 ans. «Tous les animaux placés chez nous sont stérilisés ou castrés, détaille son président Jean-Louis Stauffer. C’est une manière de lutter contre leur prolifération et de préserver la biodiversité.» 

Cette association d’intérêt public a deux missions principales: replacer ces animaux une fois stérilisés, et prendre en charge des chattes harets (ndlr: chats domestiqués retournés à l’état sauvage) et leurs petits. «Sur une ferme, par exemple, il y a souvent deux chattes qui peuvent avoir entre trois et six chatons. Les portées peuvent avoir lieu deux fois par an. Faites le calcul, tout va très vite!»

Selon ce vétérinaire à la retraite, la prolifération crée un cercle vicieux, favorisant notamment le développement et la transmission de maladies infectieuses. «Si vous avez une quinzaine de chats au même endroit, ils sont souvent très malades. Nous sommes face à de la souffrance animale. Cette négligence conduit à de la maltraitance.»

Selon Jean-Louis Stauffer, il serait bienvenu que les organes publics viennent appuyer le travail des associations. «Pour l’instant, nous parvenons à gérer la situation, mais ce serait bien que les Communes prennent conscience du problème et nous aident financièrement et logistiquement.»

Du côté du Bouveret, la fondation Chats des rues s’occupe de la protection des chats harets depuis 35 ans. Sa fondatrice Francine Poscio est plus optimiste, car elle observe une amélioration dans la perception et le soin accordés à ces félins. «Il me semble que les gens sont plus enclins à demander de l’aide pour la stérilisation. Si nous étions les seuls à nous soucier du sort de ces bêtes lors de la création de notre refuge, il y a beaucoup plus d’associations aujourd’hui. C’est un signe d’amélioration pour les conditions de vie de ces animaux.»

Responsabiliser les propriétaires

Dans le canton de Vaud, la situation des chats errants est «largement sous contrôle», grâce à la SVPA et d’autres associations locales. Si quelques individus sont retournés à l’état sauvage, le problème n’est pas jugé aigu. En outre, la SVPA rappelle qu’elle finance depuis 30 ans un fonds dédié à la castration des chats de ferme retournés à la vie sauvage.

Pour répondre durablement à la problématique, la SVPA recommande notamment l’identification de tous les chats, ce qui est le cas des chiens en Suisse. Une manière de «responsabiliser les propriétaires» et de «faciliter la gestion des animaux trouvés». Et d’appuyer que «la stérilisation obligatoire est essentielle pour éviter une prolifération incontrôlée». Toutefois, celle-ci doit être «précédée d’une identification systématique, afin d’attribuer la responsabilité des frais aux propriétaires et non au contribuable.»

Chat cherche famille d’accueil

Le problème des chats errants se concentre en particulier dans les zones rurales, selon Jean-Louis Stauffer. «Sans stérilisation, la progéniture des chats d’extérieur ou errants s’y accroît de manière exponentielle. Il est pratiquement impossible pour les propriétaires de contrôler le comportement d’accouplement des chats d’extérieur non stérilisés.»

Selon les observations de Tanya Cuoco, ces petits félins restent souvent groupés. «Si des particuliers nous sollicitent, nous pouvons facilement intervenir. Les négociations sont plus compliquées avec les paysans, car ils refusent parfois que l’on stérilise leurs chats.»

Fonctionnant grâce à des dons, Les chats perchés Vaud offre les coûts de l’opération, qui s’élèvent autour de 200 francs. Ne bénéficiant pas de locaux, Tanya Cuoco est toujours à la recherche de familles d’accueil. «On essaie aussi de placer les adultes, qui sont souvent laissés pour compte.»

En cas de doute, que faire ?

Il est souvent difficile de distinguer un chat errant d’un chat domestiqué. Voici quelques conseils de la SVPA:
- Si le chat semble en bonne santé, avec un pelage propre et un bon embonpoint, plus encore s’il se laisse caresser, il est probablement domestiqué.
- Nourrir un chat qui ne nous appartient pas peut le rendre dépendant et le détourner de son foyer.
- Dans le doute, signalez le chat au registre officiel des animaux trouvés et perdus du Canton de Vaud.
- Si le chat est en mauvaise santé, sale, craintif, contactez un refuge ou une association pour obtenir des conseils sur les mesures à prendre.

Vers un puçage obligatoire ?

Le vétérinaire cantonal vaudois observe une évolution des mentalités concernant l’identification obligatoire des chats. Un enjeu, car le puçage permet de déterminer s’il s’agit ou non d’un animal abandonné. L’obligation permettrait ainsi d’avoir un meilleur regard sur la population des petits félins en Suisse. «Actuellement, les autorités au niveau national réfléchissent à la pertinence de cette identification obligatoire. Nous devons commencer par là, pour pouvoir ensuite nous occuper du reste», estime Giovanni Peduto. Et de préciser que les colonies de chats harets représentent un problème qu’il faut signaler aux Communes concernées.

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