
Sept silures d’un coup, dont un de 20 kilos. Tout ce petit monde a déjà fini en filets et autres pavés. | DR
«J’avais placé quatre filets et ils se sont pris les sept dans le même. Le plus gros fait une vingtaine de kilos! C’est rare ici en haut, on a plutôt l’habitude d’en voir du côté de Genève et de la Côte. Avec les six que j’ai attrapés en deux fois y a quelques jours, ça m’en fait déjà autant que toute l’année dernière!»
Henri-Daniel Champier, pêcheur à Clarens et président des pêcheurs professionnels du Léman, n’en revenait pas mardi dernier après sa prise de milieu de journée. Et ce, pour deux raisons: le nombre de spécimens en une seule fois et une présence si massive de l’espèce aussi loin dans le Léman.
«Ce sont des poissons qui ont colonisé le lac en venant du Rhône français via une passe à poissons vers Genève, explique-t-il. Dans les lacs de Neuchâtel et Morat, ils ont l’habitude, mais moins ici. Quand j’ai commencé en 1978, il n’y en avait carrément pas dans le Léman. Aujourd’hui, à Genève, certains organisent des <safaris-silures>: ils descendent nager au milieu d’un banc, j’ai vu des vidéos. Mais ici, on est moins coutumiers d’en voir autant.»
Henri-Daniel Champier s’attend tout de même à voir la prise d’exception de la semaine dernière devenir courante du côté de la Riviera. Et même plus à l’Est encore. «J’ai vu une autre vidéo qui montre une quarantaine de silures vers l’embouchure du Rhône au Bouveret. Ils ont gentiment fini de coloniser tout le lac.»
Du reste, les grosses prises en Suisse romande ont déjà fait l’objet de mentions dans la presse – on pense au géant de 2,61 m et 120 kilos pris en août 2023 à deux pas de Genève côté français – et l’augmentation est documentée pour une espèce qui se répand dans les eaux romandes depuis les années 1990. Rien que dans le lac de Neuchâtel, les captures ont plus que doublé ces six dernières années.
Le silure, inoffensif pour l’homme malgré ses impressionnantes mensurations, n’a par ailleurs pas de réel prédateur au-delà d’une certaine taille. Hormis nous. «C’est bon le silure, on peut le fumer, le frire, en faire des pavés, comme on veut. Les petits jusqu’à 10 kilos sont les meilleurs. Trop grands, ils sont plus gras. Quand j’en attrape, j’en vends au marché de Vevey, et bien!» Les amateurs sont avertis.
