Place aux femmes : du terrain à la gouvernance sportive

Leeloo Granger, présidente de la Compagnie des Archers de la Riviera | DR

Égalité
Le Canton de Vaud propose un cursus gratuit pour aider les femmes à s’impliquer dans la gestion des clubs. Bonne initiative ou mauvaise piste? Nous avons posé la question à des dirigeantes dans nos régions.

Comment atteindre la parité dans le sport? Pour répondre à ce défi, la Confédération oblige depuis janvier 2023 les organisations sportives nationales à atteindre au moins 40% de femmes dans leur organe dirigeant. Au niveau cantonal, le premier concept du sport vaudois souhaite s’aligner à cet objectif.
Car sur plus de 1’000 associations vaudoises, il est estimé que 34% de ces structures sont présidées par des femmes. Selon le Canton, c’est trop peu. Si la conseillère d’État vaudoise Christelle Luisier Brodard est opposée aux quotas, elle veut promouvoir la gouvernance féminine par le biais d’une formation. Pour la cheffe du Gouvernement, «un changement sociétal s’opère en profondeur et chaque acte compte».
Dans cette optique, le Canton a créé un cursus gratuit et destiné aux femmes, qui s’étale sur quatre mois à raison d’un cours mensuel. Cette initiative coûte en réalité 10’000 francs, mais ces frais sont couverts par le budget de fonctionnement du Service de l’éducation physique et du sport. Si des formations en gestion de clubs sportifs existent déjà, ce programme «vise surtout à encourager les femmes à s’engager en leur donnant les outils pour prendre plus de responsabilités», spécifie le Service de l’éducation physique et du sport. Une manière de «consolider leur légitimité en tant que dirigeantes».

«Attendre que ça se fasse naturellement, cela ne fonctionne pas»
Amina Lanaya est l’une des rares dirigeantes que comptent les Fédérations sportives internationales. Première femme à occuper le poste de directrice générale de l’Union Cycliste Internationale (UCI) – un rôle qu’elle incarne depuis 7 ans – elle a su gravir les échelons depuis ses débuts comme juriste en 2006. «J’ai moi-même suivi une formation de leadership féminin, afin de m’imposer dans un monde d’hommes. J’ai appris à montrer que je gérais et maîtrisais mes dossiers.» Pour cette mère de deux enfants, la formation est une étape obligatoire pour favoriser l’intégration des femmes dans le monde du sport et ainsi opérer un changement sociétal en faveur de la parité. «Attendre que le changement se fasse naturellement, cela ne fonctionne pas.»

Promouvoir la relève féminine
Comme skieuse freestyle, Virginie Faivre a dû créer sa propre piste. Spécialiste de half-pipe et de slopestyle, la résidente de Blonay-Saint-Légier explique qu’il n’y avait pas de catégorie féminine aux X-Games avant 2004. «Je viens d’un sport où les femmes n’avaient pas leur place. Nous avons dû prouver que nous méritions le droit de pratiquer notre sport.»
Son parcours d’athlète professionnelle lui ouvre les portes de fondations, comme le Fonds du sport vaudois. Est-ce qu’une formation est l’outil adéquat pour encourager les femmes à accéder à la présidence de clubs? Pour cette triple championne du monde, il s’agit «d’une première étape pour ensuite accéder à des postes de gouvernance. S’il y a plus de femmes, cela peut faire une vraie différence pour les sportives».
Un avis que partage Amina Lanaya. Après plus de 10 ans comme juriste au sein de l’UCI, elle accède au gouvernail de la fédération et décide de s’investir notamment pour la promotion des femmes dans le sport et la gouvernance. «Lorsque je rédigeais les procès-verbaux du Conseil d’administration, j’étais la seule femme. J’ai été témoin de prises de décisions entre hommes, pour les hommes.»
Avec son équipe, la directrice parvient à créer un circuit professionnel pour les femmes cyclistes (UCI Women’s World Tour), à professionnaliser la discipline grâce à l’introduction d’un salaire minimum, et à créer un congé maternité notamment. «Nous avons eu beaucoup de résistance, mais nous n’avons rien lâché! Les sportives peuvent désormais vivre de leur métier.» La consécration: l’organisation du Tour de France féminin en 2022.
Preuve que la demande existe bel et bien: les deux sessions de la formation «Femmes dirigeantes» du Canton sont d’ores et déjà planifiées en septembre 2024 puis en février 2025, avec 48 inscrites à ce jour. Face à ce succès, le Service du sport organisera une nouvelle session pour répondre à la demande. Et Amina Lanaya de conclure: «Il y a un besoin d’avoir des modèles féminins à la tête d’associations sportives, cela permettra d’accélérer le changement!»

Leeloo Granger, présidente de la Compagnie des Archers de la Riviera

« Cela permettra d’enclencher un cercle vertueux »
Ambassadrice de la campagne de l’État de Vaud, Leeloo Granger est à la tête du seul club de tir à l’arc de la Riviera depuis deux ans. «L’opportunité s’est présentée lors d’une assemblée générale. Cela faisait déjà quelques années que j’étais impliquée dans le comité.» Enfant du club – elle a commencé la discipline à ses 12 ans –, la Veveysanne a décidé par la suite de mettre sa carrière sportive de côté. «Du coup, intégrer le comité était une bonne façon de poursuivre mon engagement pour le sport et pour le club.» Plongée dans la gestion de la compagnie, cette jeune femme de 24 ans accueille positivement la possibilité pour les femmes de se former. «Quand on évolue dans des milieux plus masculins, cela permet d’amener une forme de légitimité. C’est un cursus que je souhaite suivre personnellement.» Pour Leeloo Granger, il est important de faire bouger les idées préconçues, à commencer par le sport. «Il faut montrer que tout le monde a sa place, homme ou femme. Malgré tous les efforts, il y a encore beaucoup d’inégalités. Le sport associatif est un bon endroit pour tenter d’atteindre la parité. Cela permettra d’enclencher un cercle vertueux en faveur d’une société plus égalitaire.»

Compagnie des Archers de la Riviera: 110 membres

Morgane Savouret, présidente d’Aigle Basket

« On se récompense avec les sourires »
«J’ai été joueuse pendant 25 ans et j’ai pu bénéficier du bénévolat de nombreuses personnes. J’avais à cœur de redonner ce que j’avais reçu dans mon parcours sportif.» Si elle insiste sur le travail de son équipe bénévole «en or», Morgane Savouret avoue volontiers que «c’est un défi» de cumuler vies professionnelle, familiale et associative. Seule femme de son comité, elle est habituée à évoluer dans un sport plus masculin et dit n’avoir jamais souffert d’un manque de légitimité. «Avec la charge mentale, les femmes sont des expertes en gestion», dit-elle à moitié en plaisantant. Pour cette maman célibataire, la seule compétence requise au niveau local, «c’est la passion». À une formation pour permettre l’intégration des femmes, elle privilégie la sensibilisation. «Nous encourageons les jeunes filles à devenir entraîneures ou arbitres. Nous les responsabilisons pour les intégrer à la vie du club.» Pour Morgane Savouret, le manque de femmes dans le sport associatif réside en un mot: le temps – ou plutôt sa rareté. «Jongler entre les enfants, la vie professionnelle et le bénévolat, c’est une sacrée logistique! On se récompense avec les sourires des joueurs. J’espère que le simple fait que les joueuses aient une présidente puisse les inspirer à oser être qui elles souhaitent!»

Aigle Basket: 3 équipes, soit environ 60 licenciés

Stéphanie Roth, présidente d’Eagles Unihockey

« Je n’arrive plus à tout faire »
Avec un papa ayant fondé le club d’unihockey de Jongny en 1989 et une canne entre les mains depuis l’âge de 6 ans, Stéphanie Roth a occupé tous les postes jusqu’à atteindre la tête du club d’unihockey d’Aigle en 2017, un «coup de foudre!» «J’ai commencé par entraîner les juniors, qui est le cœur de l’activité d’un club, puis je suis passée par l’arbitrage, l’organisation de tournois, la tenue de la buvette et la création d’équipe junior.» Celle qui ne comptait jamais le temps passé pour le club a dû se réorganiser depuis la naissance de sa fille il y a deux ans. Le comité du club s’apprête à changer l’organigramme lors de sa prochaine assemblée générale (13 juin). «Je n’arrive plus à tout faire. Avec un enfant, il est plus difficile de donner sans compter.» Pour elle, la formation ne va rien résoudre. «Les femmes ont plus de responsabilités familiales et professionnelles et donc moins de temps à se consacrer pour des tâches bénévoles.» D’après elle, la parité réside dans la conciliation entre vie privée et vie professionnelle. «Si une femme a un enfant, la question d’un poste dirigeant à temps partiel est un vrai défi. Alors plus qu’une question de compétence, c’est l’évolution d’une structure qu’il faut pouvoir remettre en question.»

Eagles Unihockey: 8 équipes, soit environ 150 licenciés

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