
Nino Ardilio et ses deux filles, Diana et Eléonore. | C. Jenny
Avec ses trois boulangeries-pâtisseries tea-room à Vevey et La Tour-de-Peilz, celui que tout le monde appelle «M. Nino» est un personnage avec qui il fait bon échanger. Le temps de partager un café dans l’un de ses établissements à l’enseigne de Panino Dessert et voilà que, en quelques minutes, il aura échangé quelques mots avec plusieurs de ses clients. Il est vrai qu’il les connaît presque tous. La plupart sont des habitués. «Non, plaisante sa fille Eléonore, c’est moi la boss, car en travaillant sur les trois sites de Panino, je connais tous les clients.»
Ses deux filles représentent sa fierté. L’une, Diana, est responsable de la succursale de La Tour-de-Peilz. L’autre est itinérante. Et Vita, sa compagne, gère le magasin de l’avenue Général-Guisan à Vevey. Mais le patron, c’est bien Nino. En veste et pantalon blancs, il est présent dès potron-minet. Avant 6 heures du matin, il est au laboratoire pour surveiller que tout soit prêt pour les trois magasins.
Une production sur place
Son métier, c’est sa passion. «Parce que la passion construit l’amour», dit-il en philosophant. Il la vit quotidiennement, presque 7 jours sur 7, s’accordant de rares congés – «seulement les vacances» – parce qu’il aime que tout soit bien fait, mais tout en étant enjoué, respectueux de son équipe et attentif aux états d’âme de chacune et chacun. «C’est important qu’ils et elles se sentent bien à leurs postes respectifs pour accomplir un travail de qualité et servir le client avec le sourire. Il faut savoir écouter lorsqu’un employé a une bonne idée. Nous sommes comme une famille multiculturelle ici», détaille ce patron d’une PME qui comprend des employés originaires de dix pays différents.
Pour Antonino Ardilio, la qualité est une marque de maison. Il affiche d’ailleurs une charte du bon boulanger sur la devanture de ses boulangeries. «Les pains à Nino», ce sont aussi de nombreux pains spéciaux. «Nous ne sommes plus que deux boulangers à produire ici à Vevey. Tous les autres pains sont fabriqués ailleurs», constate-t-il. Mais l’air du temps est aux boulangeries industrielles et aux produits précuits. Le renchérissement des matières premières et du coût de l’électricité rend la gestion difficile et entraîne une réduction des marges. «Nous devons faire avec, mais tant que le client est content et nous reste fidèle, nous pouvons aller de l’avant.»
Panino est une grosse PME avec 35 employés et une production importante. Environ 2’400 pièces sont préparées chaque jour, dont 1’200 pains, tous cuits au feu de bois. «Cette sorte de cuisson, c’est la touche importante qui donne toute la saveur à nos produits», explique Nino. Son four, si précieux, il vient le nettoyer lui-même le dimanche matin, l’un des rares moments où il ne fonctionne pas. Outre la production quotidienne, Nino se fait aussi un plaisir d’honorer des commandes spéciales, comme ces pains de 7 kg qu’un restaurateur de la région lui commande chaque semaine. Lorsqu’il les sort du four, le boulanger-pâtissier affiche un légitime sourire de satisfaction.
Aux quatre coins de la Suisse
Ce fils d’une famille sicilienne, né en 1963 en Bourgogne, a passé son enfance et sa jeunesse en Suisse alémanique. L’entendre parler le schwytzertütsch avec une cliente est insolite. Nino se rend encore régulièrement outre-Sarine visiter son père et suivre un contrat particulier qu’il a signé avec Manor. Chaque semaine, plusieurs livraisons de «kits de pâtisserie» sont fabriqués pour ce groupe. On y trouve donc le label Panino Dessert dans plusieurs de ses restaurants (St-Gall, Bâle, Vevey).
Antonino Ardilio ne s’occupe pas que de la boulange, il se charge aussi lui-même régulièrement des livraisons. «Cela me permet d’avoir un contact avec chaque client, c’est important!» Il apprécie par exemple se rendre au centre tibétain du Mont-Pèlerin. «Les moines me donnent à chaque visite une petite leçon pour que j’apprenne le tibétain. Une langue qui me plaît. Et ça m’apporte un petit temps de méditation dont je tire profit.» Avec M. Nino, on peut parler de pain, de business. Mais pas seulement!
