
Panorama du lac Owens (2013): un cliché magnifique, mais pour quel bilan écologique? | Optics Division of the Metabolic Studio
Innovante, dérangeante et tellement importante. La nouvelle exposition temporaire du Musée suisse de l’appareil photographique, «Mining Photography, L’empreinte écologique de la production d’images», est née d’une collaboration avec le Museum für Kunst und Gewerbe de Hambourg. Une grande première pour l’établissement veveysan.
«Nous n’avions jamais travaillé avec une aussi grosse institution, se réjouit sa directrice Pauline Martin, qui a vu l’exposition en Allemagne. C’est vraiment d’actualité de parler de photographie et d’écologie, mais c’est unique d’évoquer la manière dont cette industrie a activement participé à l’extraction des ressources naturelles et a joué un rôle notable dans l’évolution environnementale du monde. J’ai voulu que cette exposition puisse exister en français, ce qui n’avait pas encore été fait. Elle a été réduite pour les espaces du musée.» Et réfléchie au niveau environnemental: les œuvres choisies viennent uniquement de Hambourg et sont parvenues sur la Riviera en une seule fois. Alors que le musée allemand avait notamment commandé des tirages à New York pour sa propre exposition.
Différentes visites déambulatoires avec des spécialistes sont prévues durant le temps de l’exposition, en collaboration avec L’éprouvette, le Laboratoire sciences et société de l’Université de Lausanne. On y parlera entre autres d’intelligence artificielle et de liens entre durabilité et art. Un livret a aussi été créé pour l’événement. Il permet de se renseigner sur l’utilisation des ressources et continuera à vivre dans l’exposition permanente par la suite.
Une prise de conscience essentielle
Les visiteurs sont invités à avancer dans l’histoire des ressources naturelles et des catégories de photos, de leurs débuts aux dernières tendances numériques, entre œuvres d’époque, contemporaines et entretiens avec des spécialistes. «Un mélange de différentes perspectives sur la question artistique, documentaire et historique qui me paraissait très intéressant», relève Pauline Martin. On apprend ainsi que les Américains produisent aujourd’hui plus de clichés toutes les deux minutes qu’ils n’en ont engendré au cours du XIXe siècle. «Ce chiffre est impressionnant, souligne la directrice. Mais le rôle de l’industrie photographique dans l’extraction des ressources naturelles est encore plus frappant. L’exploitation minière de l’argent par exemple, qui permet de réaliser des productions argentiques, a été largement renforcée par l’industrie photographique en tant que telle. C’est un véritable renversement de point de vue. Comme la plupart des activités humaines, la photographie a eu, dans son histoire, un impact sur l’environnement.»
On apprend qu’il a fallu du sel et énormément de combustibles fossiles pour entretenir la mémoire de nos souvenirs. Du daguerréotype, qui fixait l’image sur une plaque métallique et nécessitait du cuivre et de l’or, on passe à l’argentique, «central dans l’histoire de la photographie depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à la fin du XXe, avec de l’argent qui provenait en majeure partie des Amérique du Nord et du Sud». Un cliché saisissant qui date de 1945 montre le coffre-fort de la fameuse entreprise Kodak, rempli de lingots d’argent. Au sommet de sa gloire, à l’aube de l’an 2000, l’industrie photographique consommait la moitié de la production mondiale du métal précieux.
L’impact du digital
L’arrêt sur le numérique remet en question nos habitudes redoutables depuis l’avènement des téléphones portables. «On n’a plus conscience de l’impact environnemental, remarque Pauline Martin. Chaque photo dématérialisée que l’on partage sur un réseau a un coût en énergie, en ressources naturelles (avec des terres rares extraites pour produire des éléments de smartphone) et en eau, car il en faut beaucoup pour refroidir tous les data centers. Avec l’argentique, on réfléchissait avant de faire une photo parce qu’il fallait l’envoyer dans un laboratoire et qu’on la payait. On n’en prenait pas dix comme maintenant.»
La directrice du musée veveysan est convaincue que chaque geste peut être conscientisé. D’ailleurs, certains reviennent aujourd’hui au développement photographique en utilisant des produits écologiques, tels que du café, plutôt que des produits chimiques. À suivre.
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Vernissage le 13 fév. à 19h, en présence de la vidéaste Daphné Nan Le Sergent qui présentera en avant-première sa dernière œuvre. Exposition du 13 fév. au 8 juin 25.
