
Vous vous rendez aux urgences pour une douleur thoracique, et la prise en charge diffère, selon votre genre ou la couleur de votre peau. Un scénario impensable? C’est pourtant ce que démontre une étude menée en 2023 dans plusieurs pays francophones, dont la Suisse. Car si l’espérance de vie progresse, certaines discriminations – notamment liées au genre, à l’origine ethnique ou au handicap – restent encore invisibilisées lorsqu’il s’agit de penser la mort.
Intitulée «Inégales et inégaux jusque dans la mort», la conférence a réuni un panel de spécialistes: la modératrice Nadia Morand, sexologue spécialisée dans la santé sexuelle des personnes en situation de handicap, l’ex-ambulancière Chantal Mariam Neuhaus, la bibliothécaire Alizé Tromme et le journaliste lausannois Malick Reinhard.
La soirée s’inscrit dans la programmation 2026 de la Bibliothèque municipale consacrée à la mort. «Le but est d’ouvrir la discussion en dehors des cadres religieux et spirituels, souligne Mylène Badoux, responsable de la médiation culturelle. Malgré les appréhensions, c’est un sujet qui passionne.»
Premier constat adressé par la table ronde: une égalité toute relative dans le système de santé. «Les personnes ayant vécu des discriminations appréhendent de voir leurs symptômes minimisés et renoncent parfois à consulter», éclaire Alizé Tromme.
Au sein du corps médical, certains biais persisteraient. «On parle encore du <syndrome méditerranéen>, un préjugé selon lequel les personnes racisées exagèrent leur douleur. Cela peut mener à un diagnostic erroné, une prise en charge différée, voire au décès», complète Chantal Mariam Neuhaus, en évoquant plusieurs situations rencontrées sur le terrain.
Le poids des représentations
Au-delà de la sphère des soins, ces discriminations tendent à hiérarchiser les existences. «Le handicap est placé dans l’antichambre de la mort. Il y a d’un côté la <vie valide>, et de l’autre le handicap perçu comme une souffrance à abréger, observe Malick Reinhard qui est né avec une maladie génétique rare. Dans les médias, il est souvent abordé sous l’angle de la fin de vie ou du suicide assisté, ce qui peut influencer, notamment, la manière dont la société appréhende ces questions.»
Des mécanismes similaires traversent aussi les représentations des minorités sexuelles et de genre dans l’imaginaire collectif. «Dans les fictions, les personnes LGBT ont rarement une fin heureuse. Mais comment se projeter dans un avenir serein sans modèles?», questionne Alizé Tromme, spécialiste des questions LGBTQIA+ dans son domaine. «Pour changer les choses, il faut confronter nos représentations», encourage Chantal Mariam Neuhaus, aujourd’hui formatrice dans le domaine des discriminations. «Les institutions sont le reflet de nos croyances, conclut la modératrice. Nous avons tous un rôle à jouer pour nous rendre égaux face à la mort.»
