Quand trouver un logement devient un parcours du combattant

Malgré une activité de construction relativement soutenue sur la Riviera, comme ici avec le projet «Sur le Crêt» à Blonay-Saint-Légier, la pénurie de logements dans la région s’accentue.  | Lomali

Canton de Vaud
En 2024, la pénurie de logements continue de progresser. Seuls les districts d’Aigle et de la Broye-Vully y échappent. La Riviera présente des différences notables. Explications.

Au début de l’année, le Canton de Vaud communiquait sur le taux de logements vacants sur son territoire. Il mentionne en effet tous les ans la liste des districts où sévit une pénurie. Une telle situation est décrétée lorsque ce taux, calculé sur la moyenne des trois dernières années, est inférieur à 1,5%.

Alors que la moyenne cantonale s’établissait à 1,01% pendant cette période de trois ans, elle s’est située à 0,96% en 2024. Cette même année, le taux de vacance est même descendu à 0,85% sur la Riviera et à 0,82% dans le district de Lavaux-Oron, tandis qu’il a grimpé à 1,81% dans le district d’Aigle.

Montreux, un cas particulier

Sur la Riviera, les différences entre les villes et villages sont notables. À Montreux, les incertitudes liées au Plan d’affectation communal (PACom) empêchent une véritable expansion de l’offre de logements, tandis que chez les voisines comme La Tour-de-Peilz, Jongny ou Blonay-Saint-Légier, l’activité de construction est plus dynamique. «La commune de Montreux est momentanément limitée par le dispositif des zones réservées, tandis que dans des localités comme La Tour-de-Peilz, la construction continue de se développer», explique Olivier Moser, directeur d’une gérance immobilière lausannoise.

La pression immobilière se fait tout particulièrement sentir à Montreux, où les loyers connaissent une augmentation constante, notamment pour les appartements adaptés aux familles. Cette tendance est visible sur les principales plateformes de location. «La pénurie de logements touche l’ensemble de la commune, mais son impact varie selon les quartiers», explique Caleb Walther, municipal en charge du patrimoine et de l’urbanisme. «À Clarens, par exemple, le paysage urbain est marqué par de nombreux immeubles, souvent dépourvus de cachet et de vue sur le lac. Cette caractéristique permet toutefois à certains logements de rester accessibles aux familles.»

Face à la croissance démographique et à la tension sur le marché immobilier, la Commune cherche à concilier le développement urbain et la préservation du cadre de vie. L’instauration de la zone réservée vise ainsi à éviter un étalement incontrôlé des constructions, tout en permettant une densification raisonnée.

«Nous devons optimiser l’existant plutôt que d’empiéter davantage sur le sol disponible», souligne Caleb Walther. En pratique, cela signifie encourager la surélévation d’immeubles dans les secteurs où cela est possible et pertinent, tout en veillant à préserver l’harmonie architecturale et paysagère de Montreux.

Alors que le Plan directeur intercommunal est en phase finale et sera prochainement soumis à la Confédération, une stratégie d’urbanisation sera présentée à la Municipalité d’ici deux à trois semaines. Son objectif: assurer une cohérence entre les priorités cantonales et les besoins spécifiques de la région. La question de la mobilité sera également au cœur des discussions. L’évolution du réseau de transports publics et des aménagements pour la mobilité douce devra accompagner l’urbanisation, afin d’éviter une saturation du trafic.

«La partie stratégique est essentielle, car elle conditionnera les choix futurs, souligne encore Caleb Walther. Plus nous avancerons, plus nous devrons arbitrer entre la préservation des espaces verts et le développement urbain. Le débat s’annonce très animé.»

Marché plus ouvert à Aigle

Le district d’Aigle semble lui échapper à cette pénurie. «La loi de l’offre et de la demande s’applique, et la région est moins attractive que la Riviera», analyse Olivier Moser. En conséquence, le marché locatif y reste plus abordable, notamment en raison d’une offre plus importante et de loyers plus bas, comme à Bex, Aigle et Roche. «Les locataires peuvent y trouver des logements sensiblement moins chers que sur la Riviera, y compris pour des objets modernes, voire neufs», explique l’expert en immobilier.

Au-delà de ces considérations, les agences immobilières doivent également faire face à des réglementations spécifiques. Par exemple, la Loi sur la préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL) impose des mesures pour maintenir des loyers abordables. Dans certains districts, elle oblige les bailleurs à informer les nouveaux locataires des loyers antérieurs lors de la conclusion de nouveaux baux, répondant ainsi au besoin de transparence. En cas de non-pénurie, cette notification n’est plus obligatoire, bien que la possibilité de contester le loyer initial reste en vigueur à certaines conditions.

Dans un marché tendu, les agences immobilières doivent également veiller au respect des conditions d’attribution des logements, afin de s’assurer que les locataires soient en mesure de payer les loyers de manière ponctuelle. La règle usuelle veut que le loyer avec les charges ne dépasse pas le tiers du salaire net.

Ces mesures ne suffisent toutefois pas à résoudre la crise du logement, qui continue de frapper les communes de la Riviera vaudoise, où la demande dépasse largement l’offre disponible.

Selon Olivier Moser, expert en immobilier, l’absence de pénurie dans le district d’Aigle s’explique par la loi de l’offre et la demande. La région manquerait d’attractivité par rapport à sa voisine, la Riviera.

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