Quelles décharges pour les mâchefers valaisans?

Située à proximité du village du Bouveret, la décharge du Châtelet pourrait potentiellement reprendre son activité pour stocker les mâchefers produits par Satom. 

À Massongex, la carrière de Champ-Bernard, dédiée aux matériaux de type A et B, pourrait prochainement accueillir des résidus de type D, afin de répondre à la pénurie croissante de capacités de stockage.


 | DR (gauche) et FAMSA (droite)

Déchets
À l’heure où les sites existants sont saturés, les usines sont sur la sellette en Valais. Deux solutions se profilent, au Bouveret et à Massongex. Mais les projets suscitent de vives oppositions.

Les mâchefers. Ce terme vous est peut-être inconnu, pourtant il nous concerne tous. Chaque fois que nous jetons des déchets ménagers, une partie d’entre eux, après incinération, ne disparaît pas: ce qui reste, ce sont ces fameux mâchefers — un résidu solide composé de métaux, verre, céramique, etc.

Sur une tonne de déchets, 18% finissent sous cette forme. À Satom, en moyenne 2,8 tonnes de mâchefers sont produites chaque heure, soit 65 tonnes par jour. Ne pouvant être traités sur place, à Monthey, ils sont actuellement transportés dans des bennes direction Zurich.

Là-bas, ils passent d’abord par une étape de raffinerie pour extraire les métaux valorisables: fer, cuivre, même or, environ 15% du résidu est ainsi réinjecté sur le marché. Les 85% restants, les mâchefers dits «démétallisés», doivent ensuite être enfouis dans une décharge adaptée, dite de type D.

Situation critique en Suisse

L’entreprise zurichoise en question a récemment informé Satom ne plus être apte à stocker leurs mâchefers dès 2026. La société montheysanne dispose désormais de sept mois pour trouver une solution de repli. Or, le défi est de taille, car la situation est devenue critique à l’échelle nationale, les capacités de stockage étant extrêmement limitées. Fin mai, l’Office fédéral de l’environnement (OFEN) publiera un rapport détaillant cette crise. Si la Suisse allemande dispose de plus d’infrastructures que la Romandie, des restrictions sont imposées par les Cantons pour limiter les mâchefers externes.

De surcroît, les coûts de traitement des résidus ont explosé. «C’est la loi de l’offre et de la demande», déplore Xavier Pelet, responsable de la décharge de Satom et membre de la direction.

Le Châtelet, une solution transitoire

Alors pour ne pas perdre de temps avec des demandes d’autorisations qui prennent des décennies, Satom ainsi que les entreprises Enevi (Uvrier) et Volken Group (Gamsen) misent sur des décharges préexistantes en Valais. «Ça fait sens de reprendre un site où tout est déjà là, le creux, le volume, le périmètre cadastré et la qualité de la roche. Repartir de zéro nécessiterait 10 à 15 ans d’autorisations en Suisse, sans garantie de succès», affirme Xavier Pelet.

Parmi les options envisagées figure la décharge du Châtelet, au Bouveret, fermée en 2007 après une fuite. Satom, propriétaire depuis 2011, prévoit depuis de nombreuses années d’y stocker ses mâchefers. Mais pour être exploité à nouveau, le site doit d’abord être assaini et son étanchéité remise aux normes, un processus sur trois ans.

Un premier projet, présenté en 2022, avait été rejeté par les Bouvérouds. Cette année, l’entreprise revient avec une version allégée, conservant le périmètre d’origine. Déposé à l’enquête publique en mars, le projet a suscité 87 oppositions, dont des signatures collectives. Pour cause, les nuisances engendrées par les machines, les poussières, les potentielles odeurs et les risques de pollution inquiètent les habitants. Bien que confinés sous des bâches étanches, les mâchefers contiennent des métaux lourds, susceptibles de contaminer sols et eaux.

Si les oppositions sont levées, Satom prévoit de débuter les travaux cet automne, avec une mise en conformité sur 3 ans, suivie d’une exploitation sur 7-10 ans. Le tout pour un budget estimé à 25 millions de francs.

Reste que sa capacité, revue à la baisse à 160’000 m³ (contre 350’000 m³ dans le projet initial de 2018), en fait une solution temporaire, insuffisante pour absorber les volumes générés par les trois entreprises.

Massongex pour le long terme

Face à cette problématique, la fabrique d’agglomérés montheysanne FAMSA entend répondre à cette demande croissante. Lors d’une séance publique ce lundi à Massongex, la société a présenté à la population son projet de réaménager la carrière actuelle Champ-Bernard, dédiée aux résidus de type A et B, à du type D. Sans modifier les volumes et la topographie actuels.

«L’avantage de ce site est qu’il peut être mis en œuvre rapidement, en 2-3 ans, pour combler ce manque», précise la cheffe du Service de l’environnement du Canton du Valais, Christine Genolet-Leubin. En comparaison aux 160’000 m³ du Châtelet, la capacité de Champ-Bernard s’élève à plus de 1 million de m³, permettant donc un stockage sur plusieurs décennies.

Mais là encore, la population reste inquiète. Les discussions qui ont suivi ont été particulièrement houleuses. «Qu’en est-il des dégagements d’ammoniac? Et de l’augmentation du bruit?» Ou «On ne veut pas devenir la poubelle de la Suisse romande!» Autant d’inquiétudes dans la salle qui pourraient se traduire en oppositions lors de la mise à l’enquête, qui interviendra prochainement (ndlr: la date doit encore être fixée).

L’incertitude demeure

Quand bien même le Châtelet et/ou Massongex seraient acceptés, Satom se doit néanmoins de trouver une solution temporaire pour les trois prochaines années. À cet égard, l’entreprise montheysanne entend procéder à un appel d’offres. «Aujourd’hui, nous vivons dans une société de consommation, il y a des effets collatéraux. Nous n’avons pas d’autre choix que d’assumer les déchets que l’on produit», explique Xavier Pelet.

Quant au directeur de Satom, Daniel Baillifard, il garde bon espoir de pouvoir, à terme, recycler davantage de mâchefers, afin de réduire les besoins en stockage. «Mais pour l’instant techniquement, ce n’est pas encore possible», conclut-il.