
Sur fond de rap, la vidéo qui a circulé met en scène trois caïds s’en prenant à un adolescent. | DR
L’épisode remonte au 14 mai dernier. Il se déroule à Blonay, dans une cour du collège de Bahyse. On y voit un adolescent en chaussettes et à genoux malgré le sol mouillé par la pluie. Autour de lui, trois autres jeunes, dont plusieurs cagoulés, l’humilient et le frappent. Dans un autre extrait, un des agresseurs lui pulvérise à la figure une grosse dose de ce qui semble être du spray au poivre. Flanquées de musique rap, ces images ont été filmées, puis diffusées sur les réseaux sociaux par les auteurs présumés de ces faits.
Comment en est-on arrivé à ce déchaînement de violence? «Ce petit groupe de caïds – dont certains membres viennent de Clarens et de La Tour-de-Peilz – était monté pour en découdre avec un autre garçon», explique Rachel*, une habitante de Blonay. Selon elle, cette bande s’est rabattue sur un autre groupe d’adolescents, dont son fils, qui se trouvait à Bahyse. Ce dernier a aussi été agressé ce jour-là, en voulant s’interposer pour défendre son copain, le garçon que l’on voit humilié et sprayé. «Mon fils a pris des coups avant de parvenir à s’échapper, relate-t-elle. Il a ensuite porté plainte.» Contactée, la Police cantonale vaudoise confirme que deux adolescents de 15 ans ont été agressés et qu’une plainte a été déposée. «Nous avons identifié des jeunes, poursuit sa porte-parole Florence Frei. Les recherches sont en cours, afin d’établir les causes et les circonstances de cet acte, ainsi que les liens entre les antagonistes. À ce stade des investigations, nous ne communiquerons pas davantage.»
Rachel tient à le préciser: il ne s’agit pas d’une «guerre de bandes». «C’est le fait d’une poignée de délinquants qui terrorisent la Riviera et qui s’en prennent à d’autres jeunes un peu au hasard. Ce qui s’est passé le 14 mai était une rencontre fortuite.»
Un «couteau pour se défendre»
Ces actes de violence filmés et relayés en ligne ont suscité un émoi considérable parmi les ados et leurs parents. «Le lendemain de cette agression, mon fils de 15 ans m’a appelé en panique depuis chez une amie pour que je vienne le chercher», raconte Nicolas*, un autre habitant de Blonay. «L’information circulait comme quoi les mêmes caïds tournaient dans le village avec des couteaux pour choper des jeunes d’ici.»
Une fois rapatrié à la maison par ses parents, l’adolescent leur fait part de son souhait d’être armé. «Il nous a dit qu’il voulait un couteau pour se défendre. Nous l’avons raisonné. En revanche, on a dans l’idée de lui acheter un spray au poivre.»
Si la violence entre adolescents n’est pas un phénomène nouveau, c’est sa mise en scène et son exposition en ligne qui choquent et inquiètent. «Ils se chauffent entre eux sur les réseaux sociaux en se prenant pour des gangsters», soupire Nicolas. «On n’est pas à la Seine-Saint-Denis, abonde Rachel. Je ne pensais pas que ce que l’on voyait sur les chaînes d’info françaises gangrènerait notre région.» Et cette maman de craindre que cette surenchère de violence ne conduise, un jour, à «un acte de folie».
Sensibilisation dans les écoles?
Ces préoccupations ont trouvé un écho jusque sur le terrain politique. Le 26 mai, lors de la séance du Conseil communal, l’élu Tanguy Krebs a interpellé la Municipalité. «Les victimes ont subi non seulement une agression physique, mais aussi une humiliation publique. Ce qui m’inquiète le plus aujourd’hui, ce sont les conséquences sur le sentiment d’insécurité chez nos jeunes», souligne le membre de l’Union Citoyenne. «Une action pourrait-elle être menée dans les écoles? Il s’agirait de sensibiliser aux comportements à adopter en cas d’agression, aux risques liés au port d’arme ainsi, qu’aux conséquences pénales et psychologiques de tels actes.» Et de demander également si «un accompagnement est prévu pour les jeunes victimes de ces agressions et de leur diffusion». La Municipalité livrera ses réponses par écrit.
Pour l’heure au village, la situation semble s’être un peu détendue. «La présence policière a visiblement été renforcée autour de l’école de Bahyse», ont constaté les parents interrogés.
Ne pas stigmatiser
Travailleuse sociale de proximité à Blonay-Saint-Légier, Virginie Thurre livre son point de vue: «Nous constatons qu’il y a actuellement beaucoup d’anxiété générale. Cela est notamment dû au contexte socio-politique, marqué par les guerres ou l’inquiétude face au changement climatique. Mais cela ne concerne pas tout le monde, insiste-t-elle. Il ne s’agit pas de stigmatiser la jeunesse dans son ensemble.» Elle le reconnaît: les réseaux sociaux et la diffusion de la violence ajoutent une couche de complexité. «Nous devons poursuivre la prévention sur le terrain.»
*Noms connus de la rédaction
