« Son but était d’en faire un film dont il serait le héros »

Jugé pour tentative d’assassinat, le principal accusé risque vingt ans de prison.  | 24 heures . F. Cella

Justice
Deux individus sont jugés pour des actes d’ordre sexuel commis sur une victime inconsciente. Le principal auteur présumé, qui a tout filmé, est accusé de l’avoir droguée pour arriver à ses fins.

Deux hommes discutent dans le salon d’un appartement. Il est encore très tôt en ce matin d’été 2022. «T’es d’accord que l’homme préhistorique prenait la femme par les cheveux et ne lui demandait pas son avis», lâche Nicolas*. Et il conclut: «C’est la base du sexe, il y a toujours un soumis et une soumise.» 

Pendant qu’ils parlent, une femme gît sur le canapé, inconsciente. Elle s’est effondrée quelques minutes plus tôt, succombant à une surdose de narcotiques. 

Glaçante, cette scène tirée d’une vidéo et retranscrite par le Ministère public n’est qu’un prélude à l’horreur qui va suivre tout au long de cette journée. Des agissements pour lesquels Nicolas, habitant la Riviera, et un autre individu qui y a pris part dans une moindre mesure, se retrouvaient face à la justice vaudoise en ce début de semaine. 

«Le prévenu s’est décidé à droguer la victime, afin de la plonger dans l’inconscience, précise l’acte d’accusation. Son but était de parvenir à entreprendre sur elle des actes d’ordre sexuel à son insu et d’assouvir certains de ses fantasmes particulièrement violents.»

Et de fait, pendant plusieurs heures, Nicolas va se livrer à des sévices d’une rare cruauté sur la victime. Des agissements que le Ministère public a pu établir dans le détail – toujours grâce à la vidéo tournée clandestinement par ce dernier – mais que nous n’évoquerons pas ici (voir encadré). Certains de ces actes auraient pu avoir des conséquences fatales pour la victime, raison pour laquelle la tentative d’assassinat fait partie des chefs d’accusation.

Appels à l’aide ignorés   

Il est aussi reproché aux deux hommes de ne pas avoir porté assistance à la femme lorsqu’elle est revenue à elle et qu’elle présentait des blessures. «Qu’est-ce que vous avez fait pour lui venir en aide?», a demandé la juge aux deux accusés. «La victime va hurler tout l’après-midi et la soirée, et pendant ce temps-là, vous mangez et vous regardez de la pornographie.»

En guise d’explication, le principal accusé a notamment déclaré avoir pris de la drogue «sans discontinuer» durant les jours qui ont précédé les faits. Le procureur a requis contre lui 20 ans de prison avec une mesure de traitement institutionnel. Quant à son comparse, ce sont cinq ans de prison qui sont réclamés. Le verdict devait être rendu hier en fin d’après-midi, à l’heure où ces lignes étaient déjà parties à l’imprimerie.  (*Prénom d’emprunt)

Une victime à préserver

Les journalistes qui ont participé à cette audience à huis-clos partiel ont dû accepter différentes conditions, en plus des restrictions habituelles liées à la protection de la vie privée des différentes parties. Il a ainsi fallu taire le nom et le lieu du tribunal qui statuait sur les faits, mais aussi la nature des substances utilisées, ainsi que celle des faits infligés. Principal motif invoqué: la santé psychique de la victime, qui ignore encore à ce jour tout ce qu’elle a subi, alors qu’elle était inconsciente. Selon son avocate, cette femme absente des débats n’était pas même au courant de l’audience de ce début de semaine.

Risque de récidive « élevé »

Nicolas*, principal auteur présumé de ces agressions, présente un «risque de récidive élevé», selon le psychiatre chargé de son expertise. D’après le spécialiste, l’homme qui se définit lui-même comme «polyconsommateur» de drogues, du moins jusqu’à son arrestation, se caractérise par des «attirances sexuelles pathologiques» qui ont été «exaltées» par la fréquentation de sites pornographiques. «Il avait un certain nombre de scénarios qu’il voulait mettre en œuvre. Son but était d’en faire un film dont il serait le héros», a expliqué le médecin. S’agissant de préméditation, la présidente a rappelé que l’année précédente, le prévenu avait posté une annonce sur Internet dans laquelle il recherchait deux autres hommes. Il y déroulait en grande partie la liste des fantasmes qu’il a fait subir quelques mois plus tard à sa victime.