Sortir les compositrices de l’ombre

La violoniste vaudoise Rachel Kolly (à g.) fera vibrer un répertoire entièrement féminin. La pianiste Pallavi Mahidhara sera remplacée par Oxana Shevchenko, en raison d’un accident.  | DR

Villeneuve
Parcourir 75 années de création musicale composées par des femmes: le concert «Ladies First», ce jeudi à la villa Waddilove, dévoile un répertoire encore trop méconnu.

Mel Bonis, Nadia et Lili Boulanger, Clara Schumann ou encore Rebecca Clarke. Est-ce que ces noms vous sont familiers? Si tel n’est pas le cas, il faut en partie blâmer le canon musical. Car toutes ces femmes ont été des compositrices et des musiciennes passionnées, qui ont marqué l’histoire de la musique. Des talents singuliers que leur époque n’était toutefois pas prête à écouter.

Dans leur dernier album «Ladies First», la violoniste vaudoise Rachel Kolly et la pianiste indo-américaine Pallavi Mahidhara célèbrent leur œuvre et proposent un voyage musical au féminin.

Et n’allez pas dire à la soliste lausannoise que la question du genre a été l’unique critère de sélection. «En 2026, mon intérêt n’est pas sociologique, il est musical, prévient Rachel Kolly. Le fait que ces œuvres aient été peu jouées m’a simplement donné la liberté de les aborder sans tradition interprétative écrasante.» Elle les abordera justement lors d’une soirée organisée ce jeudi à la villa Waddilove. Rachel Kolly sera exceptionnellement accompagnée d’Oxana Shevchenko qui remplace au pied levé Pallavi Mahidhara – suite à un accident.

Pas un acte de politesse

Plongeant dans des sonates et autres romances, leur disque est une invitation à découvrir une autre facette des partitions romantiques, où règne une certaine tension entre tradition et émancipation. «Ces œuvres naissent dans un langage romantique établi, mais chacune cherche un espace personnel à l’intérieur de ce cadre, analyse Rachel Kolly. Ce qui frappe surtout, c’est l’absence de compromis. Ces créations musicales ne cherchent pas à séduire, elles affirment.»

Selon la musicienne, la qualité de ces différentes compositions est bien au rendez-vous. «On ne programme pas Clara Schumann <par politesse>. On le fait parce que la musique tient! Programmer ces œuvres n’est pas un geste de réparation, c’est un acte artistique.»

Si ces artistes restent aujourd’hui encore trop souvent oubliées, cela ne reflète pas un manque de valeur musicale, mais plutôt «l’absence d’effort de recherche», selon cette détentrice d’un Stradivarius de 1732. «L’intégration de ces compositrices ne se fera pas uniquement à travers des soirées <spéciales femmes>, mais uniquement lorsque ces dernières seront naturellement programmées à côté de Franck ou Brahms, sans justification préalable.»

Plus d’infos: «Ladies First», jeudi 19 mars (19h30), centre musical Sylvia Waddilove, chemin du Bleu Léman 1, Villeneuve. Entrée libre.