
Florian et Céline Seewer ont repris l’alpage communal et la buvette de la Goille aux cerfs il y a quatre ans. | L. Grabet
Tout vient à point à qui sait attendre… Cela faisait 20 ans que Florian Seewer et son père rêvaient d’avoir un chalet d’alpage où aller faire paître leur troupeau, l’été venu. Chaque année, le natif de Semsales était parmi les premiers à postuler auprès de la Commune et chaque année, le Graal tant convoité lui passait systématiquement sous le nez!
Mais en 2021, le vent tourne pour l’agriculteur du cru, qui aura 40 ans cette année. Lui et son épouse Céline touchent même le gros lot: soit la Goille aux cerfs, un alpage communal bien connu dans toute la Veveyse pour sa buvette tenue depuis presque 40 ans par une autre famille locale. La condition pour être retenu? Avoir une exploitation agricole sur Semsales et y habiter, ce qui n’était plus le cas des anciens propriétaires.
«Fallait être complètement tablards pour reprendre ce lieu sans avoir la moindre expérience dans la restauration. D’autant qu’à l’époque, nos jumelles n’avaient qu’un an et demi et leurs frères aînés trois et six ans. Mais on a foncé, têtes baissées», raconte le couple en riant attablé à la «table VIP» de son établissement. C’est là qu’ils viennent se ressourcer après les «coups de feu». Les jours de forte affluence en été, ils enregistrent des pics nécessitant l’aide d’une quinzaine d’employés.
De cette «table VIP», on domine leur terrasse. La vue sur le Moléson et la Gruyère y est envoûtante. Beaucoup d’ailleurs montent ici à 1’380 mètres d’altitude chercher la fraîcheur et le calme régénérants de cette nature puissante. En dix minutes de marche, on atteint une croix, plantée sur le début de la longue crête menant au Niremont. Et de là, le panorama à 360 degrés va du Léman aux montagnes de l’Intyamon en passant par le Jura au loin.
Mini zoo à l’alpage
Après une première année marquée par les restrictions liées au Covid, la buvette a trouvé son rythme de croisière. Le concept familial et local des Seewer séduit. «Nous avons une place de jeux et un petit zoo où les enfants se familiarisent avec veaux, chèvres, lapins, moutons, vaches, génisses et cochons, explique Céline Seewer. On propose aussi des animations folkloriques en faisant venir des musiciens. La bonne humeur est assurée!»
Le 1er juin dernier, le couple débutait sa cinquième saison sur l’alpe. Elle est toujours précédée d’une traditionnelle «poya». Les Seewer sont très attachés à cette tradition festive et ancestrale, laquelle les relie par une grande chaîne invisible à travers le temps à tous les agriculteurs du passé, qui eux aussi, montaient à pied sur les flancs du Niremont depuis le village avec leurs bêtes. Il y a beaucoup de beauté et même de noblesse dans ce «pèlerinage» de deux heures que le couple incarne en bredzon et dzaquillon évidemment (ndlr: costumes traditionnels).
Organisation millimétrée
Ce chalet au toit de vieux tavillons a été construit au XIXe siècle. Le Conseil communal local envisage de le rénover dans les années à venir. Son alpage attenant s’étend sur 70 hectares. Florian Seewer s’occupe d’une centaine de bêtes, dont des vaches, des génisses et des veaux, dont certains appartiennent à des collègues.
Le presque quadragénaire se lève aux alentours de 5h, fait ses courses pour la buvette, et se rend à la Goille une heure plus tard, prêt pour la traite, puis pour la préparation des croûtes au fromage. Entre l’exploitation et le restaurant, ses journées se terminent parfois vers minuit. Le lundi, c’est congé et il se passe en famille. Le reste de la semaine, «l’organisation est militaire et millimétrée avec l’aide de nos parents respectifs pour la garde et la gestion des enfants», détaille Florian Seewer. Ces derniers adorent rejoindre leurs parents à la Goille. Là, ils apprennent à prendre des responsabilités et à déployer leur caractère au contact des animaux ou en cuisine.
Pas touche au cerf !
Fin septembre, la désalpe vient clôturer la saison. Là encore, c’est la fête et la tradition, mais cette fois, elles se prolongent jusqu’au bout de la nuit. Puis les Seewer, d’un commun accord, ne parlent plus de la Goille aux cerfs jusqu’au 1er janvier. Entre-temps,
La buvette propose des mets d’alpage à base de produits de la région: planchette, fondue, croûte au fromage, soupe du randonneur, röstis, jambon ou macaronis à la crème. Sur place, un petit marché propose aussi à la vente certains de ses produits du cru.
Parmi la clientèle, il y a de tout, mais beaucoup de retraités en goguette, de familles en mode rando et beaucoup de vététistes aussi. «Certains EMS de la région montent même régulièrement avec leurs résidants, souligne Céline Seewer. Voir le bien que leur font ces paysages est très motivant.»
www.lagoilleauxcerfs.ch
