
Quand la mer se superposait aux montagnes: Olivier Crouzel, «Vues dégagées sur la Méditerranée», photos sur lames de châtaignier. | K. Di Matteo
Du plus profond des océans (en l’occurrence celui qui recouvrait les Alpes et Bex) aux sommets les plus emblématiques du Chablais. De ses sous-sols minéraux aux arbres et plantes qui façonnent le parcours. La 16e édition de Bex & Arts, l’exposition triennale en plein air, propose d’explorer toutes les dimensions de Szilassy, lieu-dit du parc de 8 hectares que l’on sillonne au gré des 21 œuvres.
En quelque deux heures, on part ainsi à la découverte de son «genius loci» («esprit des lieux», le thème de l’exposition) et de son histoire. L’une des premières oeuvres à sauter aux yeux, Shine #4, du duo Lang/Baumann, propose d’ailleurs trois anneaux entrelacés qui rendent notamment hommage à la mère, sa fille et le cocher qui sont à l’origine de cette vaste propriété.
Déambulation entre ciel et terre
Le parc va jusqu’à livrer ses entrailles, que ce soit à travers les sculptures d’Hunter Longe, qui s’amuse à sculpter du gypse local, ou l’étrange fontaine de Lou Masduraud – Turbulent Egg in a Womb in my Head – qui exhibe le ventre du parc et un placenta de bronze.
Mais comme les deux escaliers qui permettent de monter au sommet de Jonban, la tour en bois sur ressorts de Shirin Yousefi, l’exposition invite surtout à partir de notre réalité terre à terre pour s’élever et se retrouver dans la strate du plus universel. Pour s’en approcher, elle propose de s’arrêter et d’admirer, comme sur le Banc (1956), le Musée des Erreurs, de Pierre Leguillon, ou dans les trois cercles fleuris de Guillaume Barth, conçus pour prendre soin de soi, se reposer et contempler.
Contempler pour voir, mais aussi ne pas voir. Car plusieurs compositions se plaisent à jouer la transparence, à se rendre quasi invisibles. Le cheval d’Olivier Estoppey et sa fille Lara (Au chemin ferré) s’estompe dans la lumière du jour. Interspace, de Mirko Baselgia, se révèle peu à peu au fil du temps et des fauches.
En partie discrète, l’exposition se veut aussi évolutive. Les frigos en plâtre de Christian Gonzenbach se dissolvent sous la pluie et révèlent peu à peu les objets qu’ils contiennent. Paysage alpin, de Cedric Bregnard, n’attend que vous pour donner de la profondeur, à l’aide de feutres pinceaux noirs, à cette grande image du parc en niveaux de gris. Rendez-vous sur bexarts.ch si vous voulez contribuer à activer la fresque.
