
Le directeur du Château de Saint-Maurice Philippe Duvanel a fermé la grille sur l’expo Zep. Pour préparer une exposition événement consacrée à Astérix – une première suisse – l’an prochain. | P. Genet
De la mèche de Titeuf à la moustache d’Astérix. Le Château de Saint-Maurice restera teinté de blond l’an prochain. Alors que le lieu a bouclé dimanche son exposition consacrée à l’œuvre de Zep, c’est celle rendue célèbre par René Goscinny et Albert Uderzo qui sera au centre d’un événement exceptionnel du 5 avril au 16 novembre prochains.
Philippe Duvanel, 21’000 visiteurs pour Zep, vous êtes content?
– Très. Même si avec tout le respect que je dois aux Schtroumpfs et à Petzi (ndlr: les deux expositions les plus fréquentées du lieu à ce jour avant celle de Zep), j’aurais voulu la première place pour cette exposition qui venait célébrer les 20 ans du Château et que j’attendais depuis longtemps.
Qu’êtes-vous le plus fier d’avoir pu montrer?
– Ses œuvres de jeunesse, son travail d’observation, ses carnets de voyages et la beauté de son dessin. C’est souvent ce que les visiteurs relevaient. Je suis très content qu’on soit admiratif de l’œuvre de Zep et que les visiteurs aient pu la découvrir au-delà de son travail sur Titeuf. Ce n’est jamais évident en Suisse où l’on peine parfois à reconnaître le travail de nos concitoyens, où l’on préfère plutôt admirer l’exotisme «gaulois».
Jolie transition. L’expo Astérix qui se prépare pour 2025 est annoncée comme exceptionnelle. En quoi?
– Ce sera la première exposition d’importance d’Astérix en Suisse. Et puis c’est une icône de la bande dessinée, c’est un des noms, avec Tintin par exemple, qui revient tout le temps lorsque l’on dit «bande dessinée». Surtout, c’est un privilège exceptionnel de pouvoir présenter une œuvre aussi virtuose.
Qu’est-ce qui dans le dessin fait qu’Astérix est toujours aimé aujourd’hui?
– Il y a une virtuosité dans le trait qui est hallucinante. Pour moi, Uderzo est un dieu du dessin. Et puis il y a tout le côté attachant de l’univers qu’il a su créer avec Goscinny; il y a eu entre eux une véritable symbiose, un esprit commun. C’est un binôme rare. On est dans une très grande page de la bande dessinée, à tous les niveaux. Et cela perdure, Astérix se transmet de génération en génération.
Cette exposition, c’est une envie depuis longtemps?
– Oui. Mais je pensais que ce n’était pas à ma portée. Parce que ce n’est jamais acquis au niveau des droits. Le Château de Saint-Maurice, ce n’est quand même pas Beaubourg (ndlr: nom familier du Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou, à Paris). Nous ne sommes pas une enseigne prestigieuse, nous n’avons pas les moyens d’une grande institution. C’est pourquoi je suis particulièrement touché que les Editions Albert René me fassent confiance.
Comment cela s’est-il passé, d’ailleurs?
– J’ai eu la chance de pouvoir obtenir rapidement un contact assez direct avec les répondants. Je crois que le projet leur a plu. Après, ce sont des gens qui ont beaucoup d’exigence, qui veillent au respect de l’œuvre d’Uderzo et Goscinny, qui sont les gardiens d’un temple. C’est tout un travail minutieux qui va devoir se mettre en place entre nous.
Ce sera votre exposition la plus chère?
– Disons que ce sera une production plutôt ambitieuse, mais elle devra rentrer dans l’économie du Château. C’est un équilibre à trouver, un exercice complexe: on doit servir un pan de l’histoire de la bande dessinée avec les moyens que l’on a.
L’exposition sera-t-elle principalement centrée sur «Astérix chez les Helvètes»?
– C’est un de mes albums préférés, mais on ne peut pas arriver avec une première exposition en Suisse et ne mettre que ça. Ce serait réducteur et trop frustrant pour le public. Il y a un besoin de contextualiser l’œuvre, de raconter ce qui a présidé à la naissance d’Astérix. «Astérix chez les Helvètes» est un album singulier, une caricature des Suisses où Goscinny et Uderzo parlent de sujets assez forts, de détournement de fonds, de fiscalité, de décadence aussi. En se contentant de cet album, on passerait à côté d’autres choses et de leur drôlerie au sujet de leurs concitoyens. J’ai envie de mettre en avant l’ensemble de l’œuvre.
L’œuvre globale d’Astérix est, elle, plutôt une caricature des Français, une satire de la société gauloise…
– Oui. C’est une œuvre qui marque une époque, mais c’est une caricature qui aujourd’hui encore décrit profondément la France: un pays avec une gouvernance difficile, un pays qui a envie de liberté, de plaisirs et pas forcément de contraintes.
Y a-t-il une singularité qui vous plaît particulièrement dans les récits d’Astérix?
– Ce que j’aime, c’est qu’il y a beaucoup de place pour l’autre, pour la différence et la rencontre. Un album sur deux se passe autour d’un voyage. Il y a une vraie ouverture sur l’étranger…
Spirou a connu récemment une polémique liée notamment à la représentation des personnes de couleur. Craignez-vous cette polémique par rapport au personnage de Baba, la vigie du bateau des pirates?
– Si on cherche bien, toute œuvre peut aujourd’hui, par ses représentations, être sujette à polémique. Le débat est toujours intéressant, mais on ne peut pas refaire une œuvre 50 ans après sa création. Il importe par contre de donner des clés de compréhension, de mettre en perspective, d’expliquer, comme on l’a toujours fait et comme on peut le faire dans une exposition… bien mieux que sur les réseaux sociaux.
