Un appartement dévolu à la passion de l’art

Hans Franz Thommen accueille ses visiteurs en musique, à l’orgue de barbarie.  | J. Collet

Semsales
Hans Franz Thommen a réuni, avec feu François Diserens, une impressionnante collection d’art contemporain au sein de la nufnuf-art fondation. Un ensemble façonné au gré des coups de cœur et accessible sur demande.

«Des tableaux en cachent parfois d’autres», dévoile Hans Franz Thommen en soulevant une toile, révélant ainsi trois cadres dissimulés. Dans cet appartement au cœur du village fribourgeois, les murs sont recouverts du sol au plafond d’œuvres d’art contemporain.

Une collection qu’on ne s’attend pas à trouver dans ce bourg de la Veveyse, où seul un discret panneau, apposé à l’entrée de cette maison divisée en plusieurs appartements, indique «nufnuf-art fondation». Un nom inspiré du surnom que s’étaient donné les deux fondateurs, Hans Franz Thommen et feu son compagnon François Diserens, en référence à leur esprit curieux et à leur flair de dénicheurs.

Au terme de «collectionneur», Hans Franz Thommen préfère celui «d’admirateur d’art». «Je fonctionne aux coups de cœur. Ce qui m’attire, c’est l’émotion immédiate qu’une œuvre me procure», explique l’architecte retraité, dont la démarche ne répond à aucune volonté d’exhaustivité ni de spéculation. La collection fait la part belle aux artistes vivants, car l’histoire de leur création compte aussi. «J’aime sentir la personne derrière l’œuvre», confie-t-il.

Lorsqu’il visite des expositions, le Semsalois procède souvent en deux temps. Un premier passage, très rapide, lui permet de repérer les pièces qui retiennent son attention, puis un second où il s’y attarde davantage. Habitué des musées et galeries en Suisse et en Europe, il confie avoir désormais moins de coups de cœur, freiné par un sentiment de «déjà-vu», mais aussi par le manque de place sur des murs déjà saturés.

Le goût de l’art

«J’avais 12 ans quand j’ai acheté mon premier tableau. C’est une gravure qui s’appelle <Le voleur>, du Suisse Martin Ziegelmüller, payée à raison de 5 francs par mois», se souvient Hans Franz Thommen. À 18 ans, il s’offrait sa première sculpture, après une «menace de grève de la faim sur le seuil de la galerie», le vernissage étant privé. «Quand on a un coup de cœur, on oublie ses limites, financières ou autres. On veut l’œuvre à tout prix, même si ce n’est pas raisonnable.» S’il craque désormais moins facilement qu’avant et privilégie les petits formats, deux toiles de plus d’un mètre attendent encore de trouver leur place.

Pensé comme un musée, cet appartement se distingue par des pièces peu meublées, hormis quelques fauteuils design restaurés. «La petite table du salon, c’est mon père qui l’a confectionnée, il était architecte d’intérieur. C’est à lui que je dois mon goût pour l’art», indique le natif de Bienne. De sa mère, il aura hérité sa passion de l’opéra et de la musique classique.

À Semsales comme à Genève, la collection est accessible sur demande. On y trouve presque tous les styles et toutes les techniques, sans texte explicatif ni indication de valeur. De quoi permettre aux visiteurs d’apprécier à l’instinct. «Parfois, certains s’excusent de ne <rien comprendre à l’art>. Mais plus ils regardent, plus certaines pièces leur plaisent. Je leur dis qu’ils comprennent déjà quelque chose, dès lors qu’ils ressentent une émotion, qu’elle soit positive ou négative, contrairement à un banquier qui demande d’abord le prix», relate Hans Franz Thommen.

De Cesa à Miró

Avec plus de 400 artistes, allant de figures régionales, comme le Fribourgeois Jacques Cesa, à des noms plus célèbres, tels que Serge Diakonoff, Giuseppe Capogrossi, H.R. Giger ou Joan Miró, l’ensemble permet autant aux néophytes de faire de belles découvertes qu’aux passionnés d’art d’admirer des pièces dans un cadre confidentiel.

En plus de régaler les visiteurs d’anecdotes croustillantes sur chaque œuvre, le maître des lieux se fait aussi restaurateur, puisqu’il est possible d’accompagner la visite guidée d’un repas. «Je peux accueillir jusqu’à 14 personnes pour déguster une fondue locale», précise-t-il.

Dans ce cocon où le blanc des murs a disparu, chacun découvre l’art à sa manière, sans clé de lecture imposée. La fondation, vouée à rester à Semsales et accessible au public, permet à chacun de revenir admirer ses propres coups de cœur.

Nunuf-art fondation, Grande-Rue 28, Semsales.

Visite sur demande: www.nufnuf-art.ch