
De la vigie des Grangettes, Romain Dupraz et Jean-Marc Fivaz identifient et comptent les oiseaux à l’aide de longues-vues. | P. Hess
«On compte le nombre de pattes et on divise par deux», plaisante le photographe animalier Jean-Marc Fivaz, posté dans la vigie de la tour d’observation de la réserve naturelle des Grangettes. À ses côtés, l’œil rivé à sa longue vue sur trépied, Romain Dupraz cible un groupe de fuligules morillons sur la lagune, à environ 200 mètres du rivage. «Le mâle est noir avec le côté blanc et une huppe, la femelle brun foncé. C’est l’une des espèces les plus nombreuses dans cette zone», décrit l’ingénieur en gestion de la nature, responsable de la réserve pour Pro Natura Vaud.
En ce week-end polaire et pluvieux, une quinzaine de bénévoles de la Station ornithologique suisse s’affaire comme eux, à dénombrer un par un les oiseaux d’eau hivernants pour le secteur de Saint-Gingolph à la Pichette, en même temps que des centaines d’autres passionnés dans toute la Suisse, dans le cadre du monitoring annuel international coordonné par Wetlands International. Réalisés depuis 1967, les recensements – qui ont lieu tout au long de l’année dans nos réserves nationales – permettent de suivre l’évolution des effectifs et la répartition des oiseaux pour délimiter les zones primordiales pour leur protection. «Sur notre secteur, on compte entre 6’000 et 10’000 oiseaux d’eau pour environ 35 espèces par mois», précise Romain Dupraz.
Les derniers eiders
Après avoir noté sur leurs carnets les résultats des comptages depuis la vigie, les deux bénévoles poursuivent leur tâche à la palissade d’observation du site, donnant sur «l’île aux bécassines». À la longue vue, on en distingue deux, avec leur bec effilé et leur plumage brun marqueté, élégantes et paisibles entre les roseaux du banc de sable. «Venez voir, il y a trois eiders, signale Jean-Marc Fivaz. Ce sont de grands canards marins venus des pays nordiques. Dans les années 80, il y a eu une invasion dans nos régions, et certains sont restés et ont même niché. Ceux-là sont parmi les derniers survivants ici.»
Il est presque midi. Il reste à longer le canal de l’Eau Froide à Villeneuve, pour rejoindre le dernier point de comptage du secteur. Une bise glaciale a pris le relais de la bruine. À être à l’œuvre depuis 8h le matin, les orteils grelottent et les nez sont rougis, mais peu importe, assure Romain Dupraz. «C’est vraiment chouette de pouvoir observer presque chaque canard, et de savoir qu’on les compte tous au même moment partout en Europe!»
