Un petit paradis des cimes qui traverse les siècles

Milo Genasci, l’intarissable gardien du Jardin alpin La Rambertia, est à lui seul une encyclopédie naturaliste doublée d’un point d’information touristique.  | R. Brousoz

Rochers-de-Naye
Héritage de la Belle-Époque, le Jardin alpin La Rambertia accueille des centaines de curieux chaque année. Petite visite en compagnie de son gardien Milo Genasci.

À peine débarqué aux Rochers-de-Naye, on remarque assez vite cette petite cabane au loin, accrochée au rocher des Dentaux. C’est la porte d’entrée du Jardin alpin La Rambertia, lieu incontournable du sommet de ce massif de la Riviera. Créé en 1896 en hommage à l’écrivain et naturaliste clarensien Eugène Rambert, ce petit monde perché à 1’980 mètres d’altitude fête cette année ses 130 ans d’existence. Depuis la gare d’arrivée du train, il faut marcher quelques minutes sur un sentier pour y parvenir. Il est ouvert de mi-juin à octobre, en fonction des conditions météorologiques.

Si l’endroit – un des plus hauts de ce type en Europe – abrite environ un millier d’espèces végétales, dont la moitié d’indigènes, il foisonne tout autant de vie animale… et humaine. «Oui, c’est le barrage de l’Hongrin que vous voyez là-bas.» «Oh ça? Ce sont des chocards, des oiseaux alpins très communs.» Au milieu de plusieurs grappes de promeneurs, Milo Genasci, le gardien des lieux, répond avec bonhomie et passion à toutes les questions qui surviennent.

Des edelweiss orientales

«Le plus souvent, on me demande par quel sentier redescendre plutôt que des informations sur les plantes», sourit cet ancien photographe-graphiste de 72 ans, qui passe une centaine de jours par an dans ce paradis des cimes. Comme les autres membres de l’association chargée de veiller sur le site, c’est bénévolement que l’habitant de Chernex lui consacre une grande partie de son temps libre. 

Les stars botaniques du coin? Les gentianes bleues, les lis martagons et les rhododendrons, disséminés dans les différentes rocailles du jardin. Et bien sûr, les edelweiss. «Mais attention, souligne Milo, ce sont surtout des edelweiss asiatiques que vous voyez. Les indigènes ont tendance à moins supporter les conditions de chaleur et d’humidité de l’endroit.» Pour sa part, il dit avoir un faible pour les grassettes, des petites plantes carnivores alpines.

Où sont les papillons?

En poste depuis neuf ans, l’intendant est aux premières loges pour observer les effets du changement climatique. La sécheresse et les canicules de cette année ont un impact visible. «Depuis mi-juin, les nuits sont trop chaudes, il n’y a pas de rosée, expose-t-il. Des plantes printanières se sont mises en dormance. On remarque aussi que certaines espèces estivales, comme les rhododendrons, ne fleurissent que pendant quelques jours, alors que leur floraison doit normalement durer plusieurs semaines.» 

Conséquence: les abeilles, petits bourdons et autres pollinisateurs sont moins présents. «C’est la première année que je vois si peu de papillons, déplore-t-il. Cela sera sans doute un problème pour les oiseaux qui s’en nourrissent.»  

Scruter le changement

Dans ce contexte, l’avenir se profile avec des points d’interrogation pour cet écrin de biodiversité. Le président de l’association Julien Brunschwig l’évoquait dans son rapport 2025: «Le Jardin alpin ne peut pas se limiter à un rôle de conservation et de présentation, écrivait-il. Il devient également un espace d’observation du vivant face à des conditions en mutation. Cette réalité nous invite à renforcer notre réflexion sur les choix de plantation et les méthodes de gestion.»

Mais pour l’heure, à près de 2’000 mètres, un nouveau groupe de randonneurs vient d’entrer dans le sanctuaire. Si les fleurs sont un peu en berne cet été, les réponses de Milo Genasci se tiennent prêtes à jaillir. 

 

www.rambertia.com

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