
Ce sont les extrémités du toit et leurs «cassures» emblématiques – dont l’une est visible ici en haut à gauche, derrière le platane – que Patrimoine Suisse veut sauvegarder. | R. Brousoz
Avec 8 millions d’investissements envisagés, c’est l’un des dossiers phares de la Municipalité de Chardonne. Mais aussi attendu qu’il soit, le projet de rénovation et d’agrandissement de la Grande Salle n’avance pas aussi vite que prévu. En cause? Un bras de fer juridique qui oppose l’Exécutif à l’Association Patrimoine Suisse.
Ce qui déplaît à cette dernière, c’est le remplacement prévu de la toiture du bâtiment principal. Datant de 1910 et notée 3 au recensement architectural du Canton de Vaud, la bâtisse est inspirée du courant «Heimatstil». À ce titre, son toit présente des «demi-croupes». Il s’agit de petits versants qui réunissent les deux pans principaux à leurs extrémités. Or, le projet prévoit de les faire disparaître et de reconstruire un toit classique à deux pans.
Un choix que déplore également la Direction générale des immeubles et du patrimoine (DGIP). «La suppression de la charpente ferait disparaître la majorité des qualités patrimoniales de l’objet», considère sa division monuments et sites, qui estime que le projet pourrait être «facilement maintenu dans son volume et dans ses qualités» sans supprimer ce qu’on appelle aussi des «croupettes».
Besoin de place
Syndique de Chardonne, Alice Reymond explique que la forme actuelle de la toiture n’est tout simplement pas compatible avec le projet, qui prévoit un système de chauffage alimenté par des panneaux photovoltaïques. «Nous avons besoin de cet espace pour les installations techniques, ainsi que d’une charpente qui pourra supporter le poids de celles-ci.»
Un débat qui a déjà fait prendre plusieurs mois de retard à un projet jugé important pour la vie du village. «Cette salle est le plus grand espace que nous pouvons mettre à disposition des sociétés locales et la population, expose l’édile. Or, elle est dans un état de vétusté important. Son système de chauffage est dépassé, en hiver il y fait froid.»
La Commune gagne un round
En décembre dernier, la Municipalité gagnait une manche devant le Tribunal cantonal. La Cour vaudoise rejetait en effet le recours de Patrimoine Suisse, arguant notamment que «la conservation des demi-croupes fait obstacle à la mise en œuvre des mesures énergétiques et d’isolation conformes aux normes actuelles».
Mais Patrimoine Suisse n’a peut-être pas dit son dernier mot. L’association a jusqu’au 31 janvier prochain pour recourir au Tribunal fédéral. Le fera-t-elle? «Pour l’heure, je ne suis pas en mesure de vous répondre, car il nous manque encore une information avant de prendre une décision définitive», indique Alexandre Antipas, vice-président de la section vaudoise.
