
Pelleteuse à trois roues, le «Bourg en-travaux» traverse la foule. | L. de Senarclens – 24 heures
«Ils arrivent!» Sous les acclamations et les applaudissements d’un public fervent, la quarantaine de tracassets parade fièrement dans le centre du village d’Épesses. Ça pétarade de partout, les klaxons retentissent dans les ruelles. Secret bien gardé depuis plusieurs mois, leurs engins entièrement transformés et décorés pour l’occasion sont enfin exposés aux yeux de tous. «Ces précieux tracassets, ce sont des chars de carnavals!», entend-on.
Parmi un public conquis, on tombe sur la conseillère d’État Valérie Dittli, venue faire «du bénévolat contre une bouteille de blanc». À l’origine de sa présence, une boutade du responsable de sécurité du Championnat du monde. «J’étais surpris lorsqu’elle m’a rappelé pour venir. C’est une belle surprise!», réagit Guy Pittier.
Nouvelles détonations tonitruantes. La Petite Sirène, Batman, les Télétubbies, Barbie ou encore une Nana à la façon de Niki de Saint Phalle font une entrée triomphale, avant de rejoindre le parking central pour se faire scruter par les huit jurés. Ils vont noter la décoration des 42 tracassets et les costumes. «Deux équipages se sont inscrits dans la nuit et nous avons une équipe qui s’est pointée par surprise à midi», s’amuse Mona de Palma, responsable de la communication.
Vitesse limitée
Nouveauté cette année: le Championnat du monde limite la vitesse des triporteurs de compétition. En raison d’un accident lors de la dernière édition en 2022 et de frayeurs récurrentes, l’organisation a choisi de créer un concours d’agilité. Histoire de freiner l’impétuosité de certains conducteurs. «On revient aux origines du rallye. Dans les années 1950, c’était déjà un concours d’agilité», justifie Guy Pittier.
Avec un angle à 90 degrés, la route des vignes représente toujours un défi certain. «Le bateau de pirates ou le dragon chinois par exemple, je ne sais pas comment ils vont réussir à tourner», rit quant à lui le président du comité d’organisation Vincent Guex.
Si le tracé reste inchangé, les activités jalonnant le parcours changent. Les équipages doivent faire preuve de vélocité plutôt que de rapidité: un slalom, le transport d’une bassine d’eau sans trop en renverser et un passage à 18 km/h – la vitesse réglementaire d’un tel véhicule – sous la surveillance d’un radar. Autant d’étapes à franchir dans un temps réglementaire. «Les tracassets les plus rapides ne sont ainsi pas forcément avantagés», souligne le responsable de la sécurité. Le but: être au plus près du temps de référence.
Ce parcours «au ralenti» demandé par certains équipages permet de concilier une affluence toujours plus importante. «C’est une préoccupation qui nous occupe depuis longtemps. Avec la fréquentation record en 2022, nous avons décidé de changer d’optique. La dernière chose que l’on veut, c’est un accident, abonde Vincent Guex. De concert avec les pilotes, une grande majorité a souhaité aller dans cette direction.»
Victime de son succès
Petit village vigneron, Épesses dénombre quelque 320 habitants. Il accueille environ dix fois sa population totale en cette journée de compétition. D’autant que la gratuité de ce Championnat du monde attire toujours plus de monde. «Il y a deux ans, la couverture médiatique a été phénoménale, souligne Mona de Palma. Cela pose aussi la question de la capacité d’accueil.»
Ruelles escarpées, sentiers viticoles et allées étriquées: le moindre recoin est recouvert d’une nuée de monde. «Nous avons protégé les vignes à l’aide de filets, pour empêcher le public de les abîmer, explique Vincent Guex. Nous espérons que les capacités limitées du lieu vont réguler naturellement l’affluence.» Pour faire face à l’augmentation de visiteurs, le comité d’organisation a ainsi démultiplié les bars.
Une fois les engins alignés sur la piste, les visiteurs se serrent dans les rues exiguës. Un moteur fracassant signale l’arrivée imminente d’un bolide. Une Batmobile – rebaptisée «Bat’raca» pour l’occasion – déboule dans l’angle, un membre de l’équipage tenant à bout de bras la bassine remplie d’eau. L’engin se faufile à toute berzingue sur le sentier, éclaboussant au passage un public riant aux éclats.
-Plus de 100 bénévoles
-Une organisation regroupant 10 membres
-42 tracassets
-Quelque 3'500 affluant dans le village d'Épesses
