Une association blonaysanne veut la tête de Manon Schick

Julien Dura et ses collègues du MPEJ estiment qu’aucune amélioration ni changement important après leurs critiques ont eu lieu au sein de la DGEJ. Ils demandent par conséquent la démission de sa directrice, Manon Schick.  | L. Grabet

Enfance
Une ONG demande la démission de la cheffe de la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ). «Mouvement Parents Enfants Jeunesse» relève des manquements de la part de l’institution qui auraient un impact sur le plan humain et sociétal. Cette dernière se défend de tout parti pris.

Mercredi dernier, une conférence de presse explosive se tenait à la salle de la société des Marronniers à La Tour-de-Peilz. Cet évènement, organisé par le «Mouvement Parents Enfants Jeunesse» (MPEJ), association fondée en 2022 par le Blonaysan Julien Dura, visait à demander la démission de Manon Schick, actuelle numéro un de la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ), un service de l’État employant 320 personnes et qui était en charge du devenir de 8’600 mineurs vaudois en 2024. Cette demande avait été faite par écrit aux députés du Grand Conseil fin avril.

La réunion a rassemblé une vingtaine de personnes, dont une majorité de pères et mères concernés. Elle devait se tenir à Épalinges, mais la salle a été décommandée dix jours avant par le syndic. «Cette annulation amène à se demander si la liberté d’opinion, de réunion et d’expression est encore respectée dans le canton», s’est insurgé d’emblée Me Benoît Sansonnens, avocat bien connu et membre du MPEJ. Après le tsunami de 2018, qui avait vu l’ex-SPJ (Service de la protection de la jeunesse) être enjoint à se réformer en profondeur par l’accablant rapport du juge fédéral Claude Rouiller, la DGEJ semble entrer à nouveau dans la tourmente. 

Institution « surchargée »

«Les cinq ans de Madame Schick à la tête de la DGEJ ont démontré qu’elle n’avait ni les épaules ni même la formation de base pour espérer réussir à réformer cette institution en profondeur tel que le préconisait le rapport Rouiller. Elle ne maîtrise pas les réalités de terrain et administratives de ses collaborateurs. Et au final, l’impact des manquements de la DGEJ sur les enfants et leurs parents est bien souvent terrible sur le plan humain, mais aussi sociétal d’autant que Justice de paix et tribunaux ont une fâcheuse tendance à suivre leurs rapports sans recul même lorsqu’ils sont biaisés!», assène Julien Dura, activiste bien connu de la condition paternelle.

Lors de la conférence, un témoignage émanant d’un certain «Maxime», présenté comme «un ancien employé de la DGEJ» a été diffusé. La voix de cette personne avait été transformée pour l’occasion, car en brisant son secret de fonction, cet ex-fonctionnaire s’expose à de lourdes sanctions judiciaires. Le père de famille de 38 ans a tiré à boulets rouges sur une institution présentée comme surchargée, marquée par un gros turnover et composée d’ex-collègues souvent insuffisamment formés et peinant à s’extraire de leur première lecture manichéenne des situations conflictuelles dont ils ont la charge.

Le Département garde confiance

Pour mémoire, la pétition lancée par le MPEJ début 2024 pour instaurer un organe indépendant de contrôle et de surveillance disposant d’un pouvoir de sanction de la DGEJ avait été classée par le Grand Conseil le 1er avril. «De telles instances de surveillance existent pourtant dans d’autres pays», peste Julien Dura. Le quinquagénaire semble donc disposer désormais de taupes à la DGEJ et c’est peut-être pour cela qu’il se montre plus offensif aujourd’hui. Il semble cependant peu probable que sa demande aboutisse. À ce stade, Madame Schick et ses collaborateurs «bénéficient de l’entière confiance» du département de la Jeunesse. Les activistes du MPEJ semblent davantage tabler sur un effet d’annonce pour remettre sur la place publique leur débat autour d’une institution indispensable, mais jugée «dysfonctionnelle». 

«La DGEJ n’a aucun parti pris pour l’un ou l’autre des parents. Elle ne travaille que dans l’intérêt supérieur de l’enfant et est guidée par l’équité de traitement, souligne Elodie Masson, porte-parole de l’institution. Toutes les recommandations du rapport Rouiller qui ont pu l’être ont été implémentées par la direction.» La DGEJ estime aussi ne pas avoir à «commenter des accusations personnelles à l’encontre de sa directrice». 

Notons que la Cour des comptes réalise actuellement un audit de suivi de la DGEJ, laquelle a bénéficié l’été passé d’une enveloppe de 80 millions sur quatre ans, afin de pouvoir mieux gérer l’augmentation et la complexification des dossiers dont elle a la charge. Et un nouvel état des lieux sur l’action de la DGEJ, ainsi qu’un rapport sur le nombre et la gestion des cas limites, sont programmés.