
En sortie dans le vignoble d’Yvorne, 120 personnes de 12 nationalités différentes travaillent des parcelles en pente ou en altitude. Des vins «héroïques», encensés par le chef du Centre de compétence cultures spéciales, Olivier Viret. | K. Di Matteo
À voir les deux immenses cars s’arrêter à la hauteur du Château Maison Blanche d’Yvorne, on pourrait croire à une joyeuse équipe de touristes asiatiques. Joyeuse, la centaine de personnes débarquées l’était bel et bien jeudi dernier, et les téléphones sont sortis par dizaines pour immortaliser le panorama viticole sur fond de Dents du Midi. Mais les visiteurs du jour ont porté un regard autrement plus professionnel sur ces hectares de vignes chablaisiens travaillés par la maison Obrist. Venus du monde entier, ils ont en commun de représenter une caste particulière au sein de la corporation: tous travaillent des parcelles en pente ou en altitude, dites «héroïques».
La majorité des 120 personnes et 12 nationalités présentes vient d’Italie, d’où sont partis les congrès «CERVIM» en 1987, pour «Centre de recherches et d’étude, de protection, de représentation et de valorisation de la viticulture de montagne». Autrement dit, les vignes en pente de plus de 30% ou cultivées à plus de 500 mètres. La 8e édition aura été la bonne pour la Suisse et les participants ont pu se retrouver et échanger durant quatre jours entre présentations et visites sur le terrain, des terrasses de Lavaux à celles de Leytron (VS), en passant par Yvorne et Montreux, centre névralgique de l’événement.
«Vous êtes tous des héros!», s’est exclamé Olivier Viret dans la cour arrière du château du XVIe en guise de bienvenue. En tant que chef du Centre de compétence cultures spéciales à la Direction générale de l’agriculture, de la viticulture et des affaires vétérinaires de l’État de Vaud, il croit au potentiel des vins «héroïques» en ces temps de difficultés pour le secteur et n’a de cesse d’en vanter les mérites. «Mais encore faut-il être déterminé à les mettre en avant, ajoute-t-il. C’est toute la force de ce congrès (lire ci-contre).»
Échanges fructueux
Au fil des différents postes, les organisateurs ont présenté le projet de Yvorne Grandeur Nature, qui s’est lancé le défi en 2019 de faire du vignoble vuargnéran la première appellation suisse entièrement engagée dans un modèle de développement durable. Potentiel de biodiversité, cartographie des eaux de ruissellement, simulation sous serre des effets du réchauffement climatique: les exposés se sont succédé, de même que les questions. «Quelle quantité de raisin au m2?», demande cette vigneronne portugaise. «What’s <culture en gobelet>?», interroge cet Espagnol. «Jusqu’où poussez-vous le stress hydrique lors des simulations? Et comment arrosez-vous sous les serres?»
Walter Webber, venu du Trentin (Italie), a apprécié les échanges entre professionnels confrontés aux mêmes difficultés. «Nous avons le même souci de conserver le territoire, ajoute l’Italien. Je vois des choses dont je pourrai m’inspirer, des erreurs ou complications à éviter. C’est très intéressant. Et ces paysages sont spectaculaires!»
Jin Shengxi écoute religieusement. «En Chine, nous avons encore un long chemin à faire et j’ai voulu voir les vignobles européens dont nous nous inspirons», explique celui qui a parfait ses études en œnologie dans son pays par un séjour à Changins et aujourd’hui sur une exploitation près de Bâle.
Après plus de deux heures de balade, l’après-midi s’est conclu comme il se doit, en travaux pratiques: une dégustation «Chasselas» (ou masterclass, c’est comme on veut) à un kilomètre de là, à l’Abbaye de Salaz.
Au-delà de l’aspect convivial, le défi du CERVIM est marketing et économique en cette période de très fortes turbulences pour la viniculture suisse. «En tourisme, des montagnes sont décrétées , pourquoi pas le vin de montagne et nos vignes héroïques, qui représentent 40% de notre vignoble?», s’enflamme Olivier Viret. Ce dernier appelle à un autre «storytelling»: «Ce sont sur des pentes telles que celles-ci qu’est née la viticulture, pas sur les plaines australiennes. Cette histoire, il s’agirait, enfin, de mieux la raconter en Suisse, d’accepter que l’exceptionnel a un prix et revendiquer son excellence.» Il ne nie pas pour autant la réalité des chiffres: travailler un hectare de vignes en Lavaux ou dans le Chablais coûte environ 60’000 francs, contre 32’000 sur la Côte. «Oui, les vins héroïques sont plus chers, mais il faut reconnaître ces efforts et capitaliser dessus, sinon ces vignes vont disparaître. En Valteline, elles ont reculé de 10% en 20 ans et le Prosecco du Val d’Aoste se fait bouffer le marché par ceux de Vénétie, deux fois moins cher.» Si un label existe pour fédérer «la grande famille des vins héroïques», la solution sera un peu plus complexe.
Les Caves Ouvertes Vaudoises reviennent durant le week-end de Pentecôte. Les 23 et 24 mai, quelque 260 caves vous attendent à travers tout le canton. Les billets à 40 francs sont disponibles en ligne, à échanger le jour J contre un bracelet et un verre de dégustation à utiliser sur le week-end. Acheté en ligne, il donne également droit aux transports publics gratuits et une réduction de 20 francs sur l’achat de 6 bouteilles en caves. Nouveauté cette année: une glacière «100% Vaud certifié d’ici», un concentré du terroir vaudois à 19 francs, disponible en quantité limitée (à commander en ligne). Des escapades œnotouristiques complètes, mêlant vignobles, détente et découvertes, sont aussi proposées.
Plus d’infos: mescavesouvertes.ch
