
Le Lasionycta calberlai, une espèce rare en Suisse. | LDD
La réserve naturelle située entre Est vaudois et Chablais valaisan est connue et reconnue pour abriter et protéger de nombreuses espèces animales et végétales. Gérée par Pro Natura, elle est attestée d’importance internationale. Dans ses roselières, des oiseaux protégés, souvent rares, se reposent l’hiver et s’y reproduisent. La réserve court sur un marais de 40 hectares d’un seul tenant, avec 2 km de rive naturelle.
Outre les oiseaux, les batraciens et les mammifères, de nombreuses espèces d’insectes sont répertoriées. Des papillons notamment que l’on peut admirer de jour. Il y en a d’autres… «Ce qui m’a motivé à m’intéresser à ceux qui vivent la nuit, que l’on appelle aussi hétérocères, c’est justement qu’on les connaît très peu. Ils ne sont pas sur les listes rouges, car pas en voie de disparition. Ils sont donc finalement peu étudiés, bien qu’essentiels. car possiblement bioindicateurs d’un milieu», explique Romain Dupraz.
Drap et
moustiquaires
Le gestionnaire de la réserve naturelle s’est donc mis l’an passé en quête d’Heterocera, ce sous-groupe de lépidoptères. «Il faut savoir qu’il représente 93,5% de tous les papillons de notre pays. 3’436 espèces sont inventoriées en Suisse. Les hétérocères sont présents dans presque tous les milieux, de la plaine à l’étage nival.»
Romain Dupraz a demandé les autorisations nécessaires pour explorer une partie des Grangettes, une nuit, avant de mener l’enquête. Les six autres prospections nocturnes se sont déroulées en lisière. Il s’est aussi adjoint l’aide de plusieurs personnes, dont Paul-André Pichard durant toutes les soirées de «piégeage», avec tout son matériel dédié à Heterocera, et sa grande expérience.
Concrètement, pour ses prospections qui sont des tests et non pas une étude scientifique, l’équipe a dressé un drap blanc conventionnel tendu entre deux piquets, utilisé une moustiquaire et des boîtes-pièges avec lumière. Afin de maximiser les chances d’attirer les insectes, grâce à des lampes et néons UV, les nuits de lune noire ont été privilégiées.
Première vaudoise
Les papillons ont été observés, répertoriés mais n’ont pas été touchés, encore moins capturés et épinglés. «Dès la lumière éteinte, ils sont repartis à l’état sauvage», rassure Romain Dupraz. Les relevés ont été comparés avec la nomenclature utilisée par info fauna, le Centre national de données et d’informations sur la faune de Suisse.
Le rapport très documenté de Romain Dupraz a été achevé récemment. Il révèle que 127 espèces de papillons de nuit, dont 118 n’étaient jusqu’alors pas connues de la réserve, ont été trouvées. La palme revient à Lasionycta calberlai. «Ce papillon de la famille des Noctuidae était alors référencé uniquement dans la vallée du Rhône et au Tessin. La donnée des Grangettes constituerait ainsi la première mention vaudoise et la donnée la plus occidentale de la Suisse.»
Forcément, ces résultats ont donné des ailes à Romain Dupraz. «L’idée serait, sous autorisation bien sûr, de prospecter plus à l’intérieur de la réserve naturelle, dans ses marais, pour peut-être découvrir d’autres espèces de papillons.»
La journée annuelle de nettoyage des Grangettes se déroulera ce samedi. L’action est organisée par Pro Natura et l’Association pour la sauvegarde du Léman. La réserve naturelle va être débarrassée de toutes les scories accumulées durant une année. Les bénévoles sont attendus pour ramasser le bois flotté et évacuer les déchets en tous genres, qui détériorent les précieuses roselières lacustres. Il est possible de venir librement, entre 8h15 et 17h. Rendez-vous au local de voirie de Villeneuve, situé à l’entrée de la réserve (10 minutes à pied de la gare). Les organisateurs préconisent de se vêtir d’habits pas dommages et chauds, éventuellement de se chausser de bottes. Et de prendre avec soi de quoi se sustenter à midi.
www.pronatura-vd.ch/fr/nettoyage-grangettes-2025
En cas de très mauvais temps, le nettoyage sera reporté
au 8 mars. Informations le
28 février au soir sur
le même site Internet.
