
Marc-Henri Duc, 62 ans, passera la main en novembre 2025. Sous sa conduite, l’ESS de Villars a multiplié son chiffre d’affaires par six. | L. Grabet
Les pentes de l’iconique «Grand Cham» sont un peu gelées en ce lundi. Il y a deux jours, la poudreuse régnait pourtant ici en maître. Mais le redoux et la pluie sont passés. Pas de quoi assombrir Marc-Henri Duc. Le directeur de l’École suisse de ski (ESS) de Villars est même ravi. Le Noël 2024 est presque record en termes d’heures de cours dispensées par ses 300 professeurs.
Le natif de Pompaples ne faisait que «skioter» jusqu’à ses 13 ans, âge auquel il vient s’installer chez son père, alors gendarme à Chesières. Là, le ski ne le quitte plus et l’ado y embellit tous ses hivers. «Avec les copains, on se tirait la bourre sur la piste de Coupe du monde des Bouquetins. Déjà, j’aimais la montagne et l’amitié qu’elle favorisait», se souvient le sexagénaire au regard doux et décidé à la fois. Il se destinait alors à faire l’École hôtelière et avait même devancé l’appel à l’armée pour suivre cette voie. Mais il ne verra jamais la couleur de la prestigieuse institution lausannoise.
Restaurateur puis assureur
Car dans la «grande muette», où il s’engage comme fusilier alpin, la montagne l’ensorcèle plus encore. L’officier Duc met même à profit ses périodes de permission hivernale pour travailler comme professeur de ski auxiliaire à l’ESS de Villars. C’est ainsi qu’en 1982, ce fils de divorcés rencontre celle qui deviendra son épouse et sa compagne de cordée jusqu’à aujourd’hui. Elle s’appelle Fabienne et est assistante au contrôle aérien à l’aéroport. Les deux amoureux décident de s’offrir une pleine saison comme profs de ski pour voir, puis d’en faire leur métier hivernal. Marc-Henri Duc passe sa patente de cafetier-restaurateur et le jeune couple s’embarque en parallèle pour cinq étés à la tête du restaurant du Tennis club de Montreux. «Un sacerdoce». Déjà.
«Noah et Forget venaient s’entraîner sur nos courts. On bossait 7 jours sur 7… mais on a trouvé le temps de faire nos deux enfants à cette époque…» Axel naît en 1988 et Anaïs l’année suivante. Tous deux ont le brevet fédéral de prof de ski. L’aîné a même couru sur le circuit FIS avant de devenir ingénieur et sa cadette est institutrice. Le travail acharné et l’engagement sont déjà des valeurs cardinales pour les Duc. Aussi, en 1991, lorsque l’ESS de Villars se cherche un nouveau directeur, Marc-Henri postule avec confiance et est retenu. Une fois en place, il «remet le client au centre et le bon prof à la bonne place», bouscule les habitudes, impose un uniforme unique. «Au début, ni la vieille garde ni la jeune n’ont beaucoup apprécié, mais en une année et demie, les nouvelles habitudes étaient prises par une équipe renouvelée!» Marc-Henri Duc fut aussi assureur l’été dans une agence d’assurance jusqu’à réussir à imposer l’idée de pérenniser son poste de directeur à l’année pour plus d’efficacité.
Jamais de congés hivernaux
Depuis ses débuts, cette «petite entreprise» est passée de 50 à 300 moniteurs et a multiplié son chiffre d’affaires par six pour atteindre les 3,8 millions de francs. Avec quelque 100’000 heures de cours dispensées, elle fut même jusqu’à la fermeture du Club Med la première ESS de Suisse. «Dans le questionnaire de satisfaction du Club, nous avions plus de retours positifs que toutes les autres destinations ski de la marque. Cela reste une fierté. Globalement, on a un taux de fidélisation énorme. J’y vois la confirmation que miser sur la formation de nos moniteurs et cultiver un esprit de bienveillance et de chaleur humaine auprès de nos clients paient», se réjouit celui qui affiche couramment 11h de travail par jour, mais ne donne plus lui-même de cours depuis des lustres.
Ce long intermède touche d’ailleurs à sa fin. Mi-novembre prochain, Marc-Henri Duc laissera sa place à Pascal Brunner, ancien directeur du SeMo d’Aigle et de Bex, pour redevenir avec plaisir un simple prof de ski. Également élu PLR au Conseil communal depuis 28 ans, président des ESS vaudoises depuis 30 ans ou encore membre du comité de l’Office du tourisme local depuis trois décennies, ce roi du réseautage n’a pas peur de s’ennuyer. Il compte profiter de ce changement pour voyager en van avec son épouse ou s’encorder avec elle sur une nouvelle arête des Alpes suisses. «Diriger l’ESS de Villars est un sacerdoce que j’ai choisi et pratiqué avec plaisir. Voir nos clients heureux et parfois même devenir nos amis est la plus belle des récompenses. J’ai toujours aimé la montagne, car elle est synonyme de partage avec les copains.»
