
Depuis quelques années, Châtel-Saint-Denis doit faire face à une forte croissance démographique.
Le projet immobilier Chrysalide, à côté de la nouvelle gare, est emblématique de la transformation du chef-lieu de la Veveyse. | J. Collet
«J’ai l’impression que ça ne cesse de s’empirer: les infrastructures ne suivent pas, la circulation devient invivable, et il y a de plus en plus de béton! L’identité de Châtel-Saint-Denis se perd peu à peu et l’ambiance est de moins en moins conviviale.» Cette citoyenne, qui désire rester anonyme, n’est pas la seule Châteloise à ne plus reconnaître le village qui l’a vue grandir. Et pour cause, il est devenu aujourd’hui une petite ville de 9’000 âmes, sa population ayant doublé en 25 ans.
Entre 2020 et 2024, on comptabilise une croissance démographique de 4,8% – soit près de 400 habitants – par année. Ce qui s’explique notamment par le dynamisme économique soutenu de la région, ainsi que par des loyers plus attractifs que sur la Riviera.
Quid de la qualité de vie?
Ces dernières semaines, sur les réseaux sociaux, plusieurs posts et commentaires affichent un mécontentement grandissant quant à la transformation du chef-lieu veveysan. En ce début de législature, les internautes n’hésitent pas à accuser la Commune de «se laisser guider par les intérêts financiers des promoteurs plutôt que par le bien-être des habitants».
Milàn Kojic, résident châtelois depuis 2012, a décidé d’aller plus loin. Cet automne, il a réuni 150 signatures pour s’opposer à l’abrogation du Plan d’aménagement de détail (PAD) de son quartier de Montimbert. Cette dernière permettrait la construction de bâtiments comprenant jusqu’à trois appartements dans une zone pour l’heure strictement réservée aux villas.
La Ville, elle, compte bien aller de l’avant concernant ce quartier, à condition que le Canton donne son feu vert. Elle précise toutefois qu’il s’agit ici d’une adaptation nécessaire à la Loi sur l’aménagement du territoire acceptée par les Suisses en 2013 et que Montimbert ne fait pas partie des zones qu’elle compte densifier fortement, comme en centre-ville.
Une pression subie
Milàn Kojic n’y croit pas un instant. Le pétitionnaire assure qu’il a connaissance de projets de promoteurs qui n’attendent que l’abrogation du PAD. «C’est un des derniers quartiers avec de la verdure, où les gens viennent se balader. Le bétonner serait une grosse perte. Sans compter qu’il n’y a aucun parc à Châtel-Saint-Denis!» Il reproche aussi aux autorités d’entretenir une ambiguïté sur leur vision pour le développement de la commune, une position qui retiendrait les Châtelois de s’y opposer plus frontalement.
«Les plans de développement sont publics, tout le monde peut les consulter, rétorque l’ingénieur de la Ville, Pascal Genoud. La densification n’est pas une volonté de l’Exécutif. Châtel-Saint-Denis subit la pression de la croissance démographique.»
11’000 habitants en 2030
Au-delà de ces deux argumentaires, comment donc est planifié le développement de Châtel-Saint-Denis? Un plan d’aménagement validé par le Canton en 2024 définit les zones constructibles. Parmi ces zones, 49 sont considérées comme stratégiques, en général proches du centre, et sont soumises à des PAD: la Commune peut donc y imposer ses exigences en matière d’urbanisme.
Pascal Genoud assure que la Ville accompagne cette croissance démographique: «Pour les projets de construction soumis à un PAD, nous développons l’offre de transports publics, des possibilités de mobilité douce et des espaces de vie en commun.» Des parcs sont notamment prévus dans les zones de la nouvelle gare et de l’ancienne gare, ainsi que du Grand-Clos. La Municipalité souhaite également appliquer de nouvelles mesures en vieille ville, afin d’interdire la transformation d’espaces commerciaux en appartements.
Selon les projections de la Commune, Châtel-Saint-Denis devrait atteindre les 11’000 habitants en 2030. De son côté, Milàn Kojic n’exclut pas de lancer un référendum communal pour limiter les nouvelles constructions.
