
Comme de nombreux autres propriétaires, Marc Tettü et sa familles ont reçu des dizaines d’offres. Si lui était ouvert à la réalisation d’un projet immobilier, son frère et sa sœur n’en ont pas voulu. | R. Brousoz
«Nous recevons du courrier des promoteurs quasiment toutes les semaines.» Comme des centaines de propriétaires dans la région, la boîte aux lettres de la fratrie Tettü est particulièrement sollicitée. «Ça a toutefois un peu diminué depuis que nous avons entrepris des rénovations.» Ingénieur à la retraite habitant à Villars-sur-Glâne (FR), Marc Tettü revient souvent dans la petite maison familiale de La Tour-de-Peilz, où vivent encore son frère et sa sœur.
Comme partout ailleurs, la ville est hérissée de grues. Et sans doute encore plus, sachant que depuis 2019 elle est la seule commune de la Riviera à disposer d’un Plan général d’affectation à jour. Densification oblige, les petites villas sont régulièrement rasées pour laisser la place à des immeubles de plusieurs étages. Dans ce tourbillon immobilier, les petits propriétaires sont particulièrement courtisés. Et la question de vendre – ou non – suscite parfois des remous chez eux.
Frères et sœurs pas d’accord
«Je n’ai pas le sentiment d’être harcelé», dit Marc Tettü, qui précise avoir reçu des dizaines d’offres, émanant essentiellement d’enseignes immobilières de la région. «La plupart du temps, les promoteurs nous écrivent pour nous proposer une évaluation gratuite de notre bien.»
Située sur une parcelle de 1’100 mètres carrés, leur propriété a ainsi été estimée à 1,5 million de francs. Un montant qui n’a plus rien à voir avec le coût d’origine. «Lorsque nos parents ont construit dans les années 50, le prix du terrain était de 25 francs le mètre carré. Aujourd’hui, il est de 1’500 francs.» Selon lui, la mise à jour du Plan général d’affectation il y a six ans a tout bonnement fait doubler le montant.
Ces offres en cascade peuvent avoir des impacts sur l’harmonie au sein des familles. «Cela crée des tensions», souligne Marc Tettü. Lui était ouvert à la réalisation d’un projet commun avec les voisins «Mais mon frère et ma sœur n’en ont pas voulu. À présent, ils aimeraient qu’on les laisse tranquilles.» Ainsi, la fratrie Tettü ne répond plus aux sollicitations. «Sauf lorsque ce sont des familles qui nous contactent», précise-t-il.
«Peut-être qu’on sera bien contents»
Autre quartier, autre maisonnette. Non loin de la gare, nous rencontrons André*, qui boit un verre d’eau en admirant son jardin potager. Lui aussi dit être souvent contacté par les agences, environ une fois par mois. «Tenez, pas plus tard qu’avant-hier c’était Bernard Nicod.» Des sollicitations qui, pour l’heure, ne l’intéressent pas. «Tant que le quartier garde son charme, nous sommes bien ici», indique celui qui a acheté sa maison en 1988.
Si ce démarchage a le don d’énerver son épouse, André se veut moins péremptoire. Sans enfant, le Boéland considère que tout est question de moment. «Un jour – qui sait – on sera peut-être bien contents de vendre. Une maison demande un effort d’entretien, des escaliers à monter. Avec l’âge, cela peut s’avérer compliqué. Et puis une vente pourrait également permettre de financer notre éventuelle prise en charge à l’EMS.»
Cinq millions sur la table
À plus de 80 ans, Margrit*, elle, ne veut plus voir de courriers d’agents immobiliers dans sa boîte aux lettres. «Je les jette directement, ça me saoule!», lâche celle qui a transmis la gestion de son patrimoine à ses enfants.
Bordée d’un terrain de 2’000 mètres carrés, sa vénérable bâtisse vigneronne du XVIIIe siècle et son extension abritent quatre appartements, dont celui qu’elle occupe. L’intérêt des promoteurs s’est intensifié il y a un an, dit-elle, à la mort de son époux. Avec des propositions parfois vertigineuses. «Une fois, j’ai répondu à l’un d’eux qu’on m’avait déjà fait une offre de quatre millions. Il m’en a proposé cinq!», rigole-t-elle.
Si cette dynamique octogénaire continue à résister, c’est qu’elle craint ce qui pourrait advenir de la propriété familiale. «Je sais qu’ils veulent tout raser et je n’en ai pas envie. Il y a déjà assez d’immeubles!»
*Prénoms d’emprunt
