
Fan du Vevey-Sports, Grégory Stergiou a été nommé par la justice pour l’administrer. | DR
Grégory Stergiou vit à Chardonne, mais il est né et a vécu toute son enfance à Vevey près du stade de Copet. «J’y ai connu les grandes heures du club, j’ai le cœur jaune et bleu, pour le foot et le basket, je suis très attaché à la ville», confie-t-il.
En fin de semaine dernière, la présidente du Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois l’a nommé «commissaire ad interim du club avec effet immédiat, avec pour mission de gérer, d’administrer et représenter l’Association du Vevey-Sports jusqu’à nouvel avis».
Une chute continue
On le sait, depuis des mois, la descente aux enfers du Vevey-Sports, criblé de dettes, n’en finit pas. La semaine dernière, le controversé comité actuel, présidé par Valdet Baftiu depuis la démission en avril de Fatlind Rama, a décidé d’annuler, pour des motifs obscurs, deux assemblées générales, prévues le 20 mai et le 17 juin, que les fidèles du club attendaient avec impatience pour y voir enfin plus clair.
Fatiguée par un manque chronique de transparence et une absence de dialogue, la Municipalité a décidé, comme elle l’avait menacé, de fermer les locaux administratifs du club. Plusieurs entraîneurs de juniors, non payés depuis des mois, ont annoncé qu’ils quitteraient le navire à la fin de la saison, «ne se reconnaissant plus dans la gouvernance du club». Et puis, surprise ce week-end: l’ordonnance du tribunal «faisant suite à une requête de plusieurs membres de l’association» et qui place Vevey-Sports sous commissariat judiciaire.
Comment le club s’est-il retrouvé devant la justice? «Lors de la dernière assemblée extraordinaire en novembre, j’avais proposé un comité de transition avec un fort ancrage régional, projet qui n’avait pas été retenu», explique Grégory Stergiou.
Au fil du temps, le scepticisme prend le dessus, chez lui comme chez tant d’autres. «Il y a eu beaucoup de promesses non tenues, de manque de communication, de mauvaise foi aussi. Tout est parti en cacahuète. À un moment donné, avec notre groupe baptisé <Les amis du Vevey-Sports>, nous avons recensé les carences de la gestion actuelle et envoyé ce document au tribunal. Le verdict est tombé à peine 24 heures plus tard.»
Une assemblée, «enfin»
Dès lors, d’ici à la prochaine assemblée extraordinaire agendée cette fois le 8 juin, Grégory Stergiou a carte blanche pour accéder à toutes les données du club. «Y compris aux comptes bancaires, relève-t-il. Je vais essayer dans ce délai de récolter un maximum d’infos et les membres se prononceront le 8 juin en connaissance de cause pour élire un nouveau comité. La décision du tribunal reflète un ras-le-bol général des supporters, de tout le monde.»
Municipale des sports, Laurie Willommet a été soulagée par la décision du tribunal. «J’espère que la nomination d’un commissaire permettra rapidement de rétablir une situation saine au VS, pour le bien du sport des jeunes particulièrement. Nous avions jugé la situation inacceptable et cela semble corroboré par cette décision de justice.»
«Un gâchis!»
Il n’empêche, le comité actuel a décidé de faire recours. Selon Valdet Baftiu, les problèmes de trésorerie seraient dus à la fin des subventions décrétées par la Municipalité et à des cotisations non payées par de nombreux membres. Concernant les entraîneurs résolus à s’en aller, il assure «qu’après avoir pris contact avec 80% d’entre eux, à une exception près, ils sont tous revenus sur leur décision», ce que nous n’avons pas pu vérifier.
Toutefois, l’un d’eux, qui préfère garder l’anonymat, raconte à quel point lui et ses collègues se sont sentis ignorés par le comité. «Non seulement nous n’avons pas reçu un centime depuis le début de l’année, mais nous avons dû laver nous-mêmes les maillots, alors que nos demandes d’équipement et de matériel sont restées sans réponse. Le comité nous a promis je ne sais combien de fois que les choses allaient s’améliorer, mais rien n’a changé. Un véritable gâchis! D’autant que nos juniors sont en tête dans plusieurs catégories.»
Sur Facebook, la décision des entraîneurs a été accueillie par des réactions de soutien, surtout chez les parents de juniors, comme Stéfania: «Je soutiens les coachs et leur décision de partir tout en les remerciant de leur investissement.» Ou: «C’est bien dommage, mais je leur donne raison à 100%.» Les membres du comité sont traités de «dictateurs de pacotille». «Il n’y a plus personne au gouvernail.»
Président de la Confrérie, Jérôme Christen ne mâche pas ses mots sur «un comité incapable de présenter des comptes, multipliant les manoeuvres dilatoires et qui a mis le club sens dessus dessous. On nage en plein délire».
Grégory Stergiou est au clair sur sa mission: ramener de l’ordre dans la maison. «Mon objectif est de rendre ce club à nouveau sain. Quand on a 5 francs, on n’en dépense pas plus, sauf si on vit sur une autre planète. J’espère que le Vevey-Sports est encore sauvable, ne serait-ce que pour les 450 juniors.»
