
Au marché veveysan, les visiteurs se réchauffent auprès du feu et rôtissent leurs cervelas. | L. Menétrey
Convivial, intimiste et résolument ancré dans le terroir, le nouveau marché de Noël de Vevey incarne à merveille l’âme authentique de la ville. Depuis le 21 novembre, les cloches ont retenti sur la place du Marché. Sous les yeux émerveillés des enfants, les sapins illuminés et ours blanc géant se mêlent aux airs de Jingle Bells. Riviera Vevey Noël est lancé depuis peu, et déjà, la magie opère. Cette première édition fait suite à une décision importante: afin de désengorger le célèbre marché montreusien, celui-ci a fusionné avec Vevey et Villeneuve, donnant naissance à «Riviera Noël».
Près de la patinoire, un grand couvert abrite une série de charmants cabanons scintillants. Non loin de là, un restaurant dans une superstructure en bois surplombant la place, ne passe pas inaperçu. Cet établissement éphémère sur deux étages fait la part belle au terroir, avec exclusivement des produits labellisés «Vaud certifié d’ici». À l’étage, à peine passé le pas de la porte du restaurant «En terres vaudoises», que les effluves de papet et de fondues s’invitent à nos narines. «Pour une première édition, nous sommes très satisfaits de l’affluence jusqu’à présent», affirme Sylvain Chevalley, responsable produits chez Vaud Promotion, partenaire principal du lieu.
Une vingtaine de stands à découvrir
Auparavant installé à Montreux, le restaurant de Vaud Promotion n’y avait plus sa place, encombrant l’espace public et la circulation des piétons. Son nouvel emplacement à Vevey semble parfaitement en harmonie avec l’historique de la ville. «Vevey incarne une culture du terroir, avec ses traditions agricoles comme la Fête des Vignerons, la Foire Saint-Martin depuis plus de 500 ans ou encore le beau marché hebdomadaire. Cela fait encore plus de sens pour nous d’être ici et de toucher un public qui est en lien avec cet historique», précise le responsable de Vaud Promotion.
Sur les berges du lac, une vingtaine de stands ont élu domicile et proposent un éventail de produits. Têtes de choco, bretzels et pulls en laine se côtoient. De son côté, le stand de la Société industrielle et commerciale de Vevey et environs (SIC) met en lumière les créations de boutiques veveysannes pour valoriser les commerces locaux. Derrière son étal, Sabine Kaiser, vice-présidente de la SIC, ne cache pas la difficulté des premiers jours. «C’était catastrophique, on a fait acte de présence.» Toutefois, son regard reste optimiste. «C’est normal pour une première édition, tout le monde n’est pas encore au courant. Mais heureusement, depuis ce soir, l’afflux de visiteurs s’intensifie.»
Marshmallows et cervelas grillés
À quelques pas de là, la place Scanavin, transformée en village de Noël, est le cœur festif du marché avec Dj et boule disco. Autour des braseros crépitants, chacun y trouve son compte. Un brin de chaleur. Un grill pour rôtir son marshmallow ou son cervelas. Parmi la foule, Pauline Biselx, 27 ans, est venue se vider la tête avec ses colocataires après une journée de travail. «Je ne vais plus à Montreux. Il y a des bouchons, tu dois réserver si tu veux manger et c’est trop touristique. Ici, c’est authentique, local, et en plus, c’est à quelques pas de chez moi», se réjouit-elle, tout en dégustant un churros.
Cette première édition du Riviera Vevey Noël s’inscrit dans un projet à long terme, prévu sur minimum trois ans. Pour Sylvain Chevalley, il s’agit d’un véritable «crash test». Mais la ville de Vevey semble bien prête à devenir un rendez-vous incontournable de Noël sur la Riviera.

En évoquant ses crèches de Noël artisanales, Sica Onofrio parle d’un «hobby de longue date», mais on se situe bien au-delà. Au fil des explications, étape par étape (les moules, les pièces d’argile, le collage, le séchage, la cuisson à 1’000 degrés, la peinture, etc.), on en prend la mesure. Réaliser soudain que tous les personnages, décors et scénettes présents sur son stand de Montreux Noël (dont il n’a pas raté une édition) sont le fruit de ses mains donne le tournis. Apprendre que ce n’est que la pointe de l’iceberg et la sensation vire au vertige! «Au garage, il y a quelques années, j’avais installé une crèche avec 3’000 personnages», explique le mécano de Vevey, qui a confié son business à ses employés le temps du raout montreusien. Ajoutez-y un atelier-dépôt de 700 m2 dans la zone industrielle d’Aigle et le compte est bon: le garagiste fait plus qu’honneur à la tradition de sa ville natale de Naples, même s’il s’inspire volontiers aussi des santons de Provence. C’est du reste au pays de Pagnol qu’il récupère chaque année les coupes de plants de lavande qu’il utilise dans certaines réalisations. «Sinon, du lichen, des branches, de l’écorce, la nature me fournit l’essentiel. Je commande tout de même beaucoup de plaques de liège, qui se façonnent aisément.» Et pas question de se faire aider. «Je suis trop pénible.» Autant dire que les prix ne reflètent pas ses heures de travail. Sica Onofrio n’a pas pour autant l’intention de baisser le rythme. «J’ai entre 3’000 et 3’500 grands personnages articulés, 30 cm de hauteur, comme on les faisait à l’époque. J’ai le projet de reconstituer un village.»
Légende: Sica Onofrio fait revivre la tradition des crèches de Noël de sa région d’origine: la Campanie. | K. Di Matteo

Jean-Yves Lecavalier, alias «Ti-Jean», est une figure du Marché de Noël de Montreux, et pas seulement pour sa veste rouge à carreaux noirs de bûcheron, ni pour son accent québécois à couper au couteau. Depuis 2003, il n’a pas raté une édition avec son stand de sirop d’érable, celui de ses potes de la région de Montréal. Chaque hiver, le Canadien de 71 ans revient un mois et demi durant pour l’événement en compagnie de son frère Paul, sans oublier d’inscrire la nouvelle année dans la petite table où il vous reçoit pour un petit café au coin du poêle qu’il a installé. «La première fois, on me demandait: «Du sirop de quoi?» J’étais venu avec 25’000 dollars de marchandise et la trouille de me planter, mais on a bien vendu.» Depuis, son chalet n’a cessé de grandir, de même que l’assortiment proposé par cet ancien vendeur de motoneiges et de bateaux à la retraite: des biscuits au sirop d’érable, du beurre d’érable («pas une goutte de lait, précise-t-il, c’est le produit résultant du stade de cuisson suivant»), de la moutarde à l’érable, des caramels, des pop-corns, du thé à l’érable! «Très populaire au Canada, inconnu ici, reprend Ti-Jean. Et désormais, du whisky à l’érable!» Mais la vraie nouveauté de cette année, c’est Sarah Colliard, l’amie de longue date de Châtel-Saint-Denis (où est désormais basée la société d’import-export). «Il cherchait un associé et il ne voulait que moi», ajoute-t-elle dans un sourire. Outre sa présence à Montreux, la patronne du très populaire restaurant du Tivoli, à Châtel, a la tâche de tenir des stands sur de plus petits marchés.
Légende: Jean-Yves Lecavalier, alias Ti-Jean, et son équipe: son frère Paul et Sarah
Colliard. | K. Di Matteo
