
Marc Vuagniaux est en route vers Compostelle (ici lors d’une pause en France). Il est désormais en Espagne et prévoit d’arriver à Saint-Jacques à la fin du mois. | DR
L’orgue de la chapelle Nagelin, c’est un peu celui de son enfance. Marc Vuagniaux a beau se dire «protestant, mais pas pratiquant», il se souvient encore des notes de l’instrument à l’époque où il faisait son catéchisme dans le vénérable monument de Bex.
Dès lors, quand le populaire boucher, désormais à la retraite, a appris que la Commune s’apprêtait à se débarrasser de l’harmonium devenu vétuste, il a trouvé la cause qu’il souhaitait soutenir à la force des mollets. En effet, le 7 avril, à 66 ans, il a entamé un vieux rêve et s’est mis en route pour Saint-Jacques de Compostelle, comme récemment raconté par Radio Chablais.
Nous l’avons joint la semaine dernière lors de son passage en Espagne, à Roncevaux, où il venait de déposer son sac de 10 kilos au terme d’une étape l’ayant vu partir de Saint-Jean-Pied-de-Port (pour un boucher randonneur, ça ne s’invente pas, même avec un «t»). «Quand j’ai su que la Fondation Strasser-Anex réfléchissait à récupérer l’orgue et qu’elle cherchait un financement, j’ai proposé de faire sponsoriser à 1 franc le kilomètre. À la fin, j’aurai fait quelque chose comme 2,5 millions de pas, pour 1’999 km je crois. Je ferai trois fois le tour de la cathédrale de Compostelle pour arrondir à 2’000», rigole-t-il.
Nouvel écrin à trouver
Alessio Dos Santos, jeune secrétaire de la fondation, lui est reconnaissant. Le Chablaisien n’imagine pas que la foulée de Marc Vuagniaux puisse suffire à réunir les quelque 20’000 francs nécessaires pour déménager et rénover l’orgue, «mais cela contribuera à amorcer le mouvement».
Au-delà de la remise à neuf, le défi sera aussi de trouver une place avec une bonne acoustique à l’instrument, 2,75 m sur 2,23, daté de 1955. «La Commune doit le déplacer parce qu’elle projette le Temple du Polar dans la chapelle, ajoute Alessio Dos Santos. Dès lors, même si nous sommes plutôt actifs dans la préservation d’œuvres du patrimoine du grand district d’Aigle, gravures et autres estampes des XVIII et XIXe siècles, nous l’avons acquis pour un franc symbolique, avec l’idée un peu farfelue d’animer un futur lieu d’exposition.»
Le corps et l’esprit
Marc Vuagniaux, désormais arrivé dans les environs de Los Arcos, à quelque 650 km de Saint-Jacques-de-Compostelle, se dit heureux d’avoir pu ajouter cette dimension à une expérience personnelle déjà très intense. «La Galice, je connais depuis 30 ans, c’est la région de mon ex-épouse. À Saint-Jacques, j’ai vu pleurer tant de pèlerins qui arrivaient! J’ai toujours dit que je ferai le tracé depuis Bex. Avec la retraite l’an dernier, c’était le moment.»
Le Bellerin retient en premier lieu l’esprit de communion entre les marcheurs. «Médecin, avocat, ouvrier, boucher, on est tous sur un pied d’égalité, tout le monde se tutoie, s’entraide. Et puis il y a toutes les nationalités. Moi qui ne parle que français, je lutte, mais je sais me commander une bière», se marre-t-il.
La cerise sur le gâteau a été la visite de sa famille au Puy-en-Velay, l’étape parcourue avec son fils David, et les quelques kilomètres avec ses petits-enfants. Et le culte du lendemain, à 200 personnes. «Rien que d’en causer, j’en ai la chair de poule.»
David le rejoindra à nouveau pour parcourir les dernières étapes, fin juin si tout va bien. Pour l’heure, Marc Vuagniaux profite de son expérience en solo, des réflexions qui naissent dans ces moments de solitude qu’il apprécie. Enfin, «solitude», il faut le dire vite, surtout depuis son passage en Espagne. «On est devenus un cortège. Des fois on est 12 par chambre. Faut pas trop ronfler!»
Cela n’altère toutefois en rien la dynamique spirituelle de son aventure. «Je ne parle pas de religion, mais de quelque chose à l’intérieur.» Sur le plan physique, les bénéfices sont aussi là, à entendre l’ancien sportif émérite. «C’est sûr, je tape dans le gras!»
Pour contribuer à la sauvegarde de l’orgue de Nagelin: fondationstrasser-anex.ch.
Possibilité de suivre le parcours de Marc Vuagniaux via polarsteps.com/MarcVuagniaux
