Jean Juliachs, le veilleur des quais

Depuis son engagement sur les decks en 2020, Jean Juliachs n’a pas mis une seule fois les pieds dans l’eau. Les paris sont ouverts pour la saison 2026.  | N. Desarzens

Vevey
C’est le retour de la «Dolce Riviera». La septième saison court jusqu’au 27 septembre. Rencontre avec celui qui est chargé de faire respecter les règles sur ces terrasses saisonnières.

Avec son pull à capuche siglé «Dolce Riviera», Jean Juliachs est facilement repérable. «Et de cette manière, les plaisanciers savent pour qui je travaille!» Quelques jours avant le lancement officiel de la nouvelle saison, nous le retrouvons attablé à la brasserie Ma Cocotte, son QG, alors que les decks sont encore fignolés, à l’image de la guirlande lumineuse en train d’être installée.

Après six saisons à exercer au bord du lac, il est devenu une figure incontournable du quai Perdonnet. «C’est grâce à l’ancien directeur de l’Office du tourisme Vevey-Montreux que je suis là. En 2020, il cherchait une personne pour s’occuper de la sécurité et du respect des règles de ces terrasses, se remémore ce Veveysan d’adoption. À l’origine, c’était juste pour une année, mais voyez, je démarre la 7e saison!» 

D’abord bénévole, Jean Juliachs est aujourd’hui défrayé pour les veilles opérées sur les rives du Léman. Mais n’allez pas lui dire qu’il «flique» les baigneurs. «Au début, j’étais très strict, ce qui m’a attiré plusieurs fois les foudres des usagers. En même temps, je me dois de faire appliquer des règles que les gens ne comprennent pas forcément. Mais je me suis adouci avec les années!» 

Tous les jours, ce retraité installe les chaises en milieu de matinée et s’assure que tout soit rangé au coucher du soleil, parasols et méridiennes compris. «Ça me maintient en forme!» Grâce à ce mandat, il avoue même s’être créé un nouveau réseau d’amis. À 69 ans, il continue de donner un coup de main «pour le bien de Vevey», une ville dont il est «tombé amoureux», dès son arrivée en 1988. 

Un fada de bobines

Car ce natif de Barcelone arrive en Suisse très jeune, et il grandit dans l’Ouest lausannois. Très attaché à Bussigny, il ne la quitte dans sa jeunesse que pour effectuer son service militaire à Kloten. «C’était la première fois que je quittais le cocon familial. Et Zurich, cela me semblait être à l’autre bout du monde», retrace-t-il avec pétillance.

Après un apprentissage de monteur-électricien, Jean Juliachs tombe dans la marmite du cinéma. «Je passais beaucoup de temps au Corso, le cinéma-discothèque de Renens», confirme-t-il. Jusqu’à sympathiser avec le projectionniste de la salle. «De fil en aiguille, je me suis formé sur le tas, et c’est moi qui suis resté après son départ à la retraite.»

Il y passe finalement 10 ans à s’occuper des bobines et des séances de projection. Après la faillite du Corso, une journée dont il se souvient comme si c’était hier – «Le film projeté ce jour-là, c’était le dessin animé Cendrillon» – Yves Moser, alors directeur de Cinérive, lui propose de venir travailler à Vevey.

Il commence par projeter des films au Rex, puis à l’Astor, et découvre le Festival du film de comédie de Vevey (1981-1999). «J’ai pu côtoyer des stars du grand écran, comme Aldo Maccione ou Michel Serrault. C’était une belle époque!»

Ses compétences techniques le propulsent au rang de projectionniste d’envergure nationale. «J’ai pu donner des cours. À l’époque, les machines et les bobines, c’était toute une histoire.» Après 26 années passées dans les salles obscures veveysannes, la pandémie de Covid lui arrache brutalement la pellicule des mains. 

«Funambule» de l’espace public

À 60 ans, celui qui pensait terminer sa carrière au Rex connaît alors les aléas du chômage et des petits jobs en tous genres. Il parvient à renouer avec son premier métier, monteur-électricien, avant de pouvoir finalement toucher sa retraite. Si ses dernières années professionnelles ont été un peu «rocambolesques», il ne tient pas à en garder de la rancœur. «En plus, j’ai pu conserver ma carte de cinéma, qui me permet d’entrer librement à vie», glisse-t-il dans un sourire.

Ancien habitué des nuits lausannoises – à ce qu’il paraît, c’est un excellent animateur – et des salles obscures, il veille désormais à la bonne cohabitation sur les quais veveysans. Un travail de «funambule», entre affabilité et rigueur. Et n’hésitez pas à l’apostropher au bord du lac. Mais prenez garde: prévoyez un certain temps, car Jean Juliachs est un grand causeur. Et c’est lui qui le dit. 

« Le plus gros problème, c’est l’accès au foncier »

La saison musicale démarre le 23 juin au Kiosque à musique de La Rouvenaz à Montreux, en présence du Corps de Musique Montreux-Clarens et la Lyre de Vevey. De Vevey à Villeneuve, la programmation des concerts estivaux des quais de la Riviera vaudoise rythmera les douces soirées d’été jusqu’au 16 septembre, avec plus d’une cinquantaine de performances en plein air.

Le programme est à consulter sur le site au-quai-ok.ch