L’affichage publicitaire : un accélérateur pour le tourisme des XIXe et XXe siècles

Le grand peintre de Bex Aimé-Félix Nicollerat a réalisé une affiche vantant sa commune.
| Médiathèque Valais

Espace Graffenried
Une exposition de plus de 70 œuvres à Aigle retrace l’évolution du tourisme dans le Chablais à travers l’art et tout particulièrement via le rôle des affiches. Ce support a participé à la construction des représentations à l’international.

L’exposition «Lovely Chablais, l’émergence du tourisme à travers l’art» se décline largement aux cimaises de l’Espace Graffenried à Aigle. L’institution muséale, sise dans le monument historique de l’ancienne Maison de Ville, propose une plongée dans l’affichage publicitaire et ses dérivés entre 1850 et 1950. Surtout, sur la manière dont les campagnes de promotion ont lancé le tourisme de divertissement, de repos, sportif, médical. 

Au premier étage, l’équipe de Maéva Besse a disposé affiches, dépliants, guides, étiquettes de voyage, cartes postales, photos, même une vidéo, vantant la région. «L’important développement que subit le Chablais – et globalement la Suisse – est au cœur du propos, avec l’industrialisation massive liée notamment aux lignes de chemin de fer, l’apparition d’hébergements médico-sanitaires et le développement de la montagne en tant que lieu de contemplation, de sport et de loisirs», résume la commissaire. 

On y trouve également de nombreuses affiches, du plus beau style Belle Époque ou Art Nouveau. De grands artistes tchèques, allemands, suisses y ont contribué, dont le célèbre peintre bellerin Aimé-Félix Nicollerat, des photographes et des illustrateurs également. Sur les cimaises, les bains de Bex, Lavey ou Aigle, les hôtels et stations de ski de Leysin et Villars, aussi les chemins de fer – avec ou sans horaires de trains – permettant de s’y rendre rapidement. 

Et partout ou presque, les Dents-du-Midi: «La représentation de la montagne – ici l’Est vaudois et le Bas-Valais – est le pilier fondamental: son bon air qui influe sur la santé. La montagne, c’est la Suisse et la Suisse, c’est la montagne. On va jouer indéfiniment là-dessus. C’est le pari du philosophe Blaise Pascal: mieux vaut faire de la publicité que de ne pas en faire. Même si cela ne sert à rien et coûte cher», détaille Laurent Tissot, professeur émérite de l’Université de Neuchâtel. 

L’affiche est partout

Spécialiste d’histoire du tourisme, Laurent Tissot reste persuadé que ce dernier ne se serait jamais développé aussi bien sans le recours à la promotion. «La question reste la même depuis le début du tourisme: comment communiquer et se faire connaître? Au XIXe siècle, l’affiche est essentielle parce qu’on peut la voir dans les gares, dans les vitrines, dans les magasins, sur les boulevards, bref: partout. Au XXe, d’autres canaux entrent en ligne de compte: photographie, radio, cinéma, TV, et aujourd’hui, les réseaux sociaux. L’important est de créer un imaginaire susceptible de séduire une clientèle touristique et être capable de l’atteindre.»

Si les campagnes s’adressent d’abord aux Suisses, elles s’internationalisent peu à peu. «La petitesse de la Suisse fait qu’il est indispensable de s’adresser à l’étranger. Mais l’intérêt vient en réalité d’abord de l’étranger. Les Anglais jouent un rôle central. Fin du XVIIIe siècle, début du suivant, ils sont attirés par la montagne et l’imaginaire qu’elle suscite: liberté, démocratie, et retour à la nature», souligne Laurent Tissot.

«Mangez du chocolat»

Ce sont d’abord les écrivains qui ont fait la «pub» de la région. «Rousseau est un formidable propagateur à cet égard. Gibbon, Byron, Shelley, tous créent aussi un désir de la Suisse, d’où le fait que la publicité est d’abord faite par les étrangers. Il faut attendre 1880 pour que les Suisses représentent eux-mêmes le pays dans lequel ils vivent avec notamment la création à l’étranger des premiers bureaux touristiques. La Compagnie du Jura-Simplon ouvre le premier office de voyage suisse à Londres en 1893 et déploie une intense publicité avec la création de ses propres affiches», révèle le professeur.

Outre la nature, le divertissement, le voyage, une meilleure accessibilité, une certaine industrie est un incroyable vecteur sur le tourisme: «C’est le chocolat! Manger du chocolat, c’est manger de la montagne grâce au lait. C’était donc un gage de bonne santé», conclut Laurent Tissot. 

Depuis, le personnel a été écouté, la restructuration est amorcée et une nouvelle responsable RH vient d’entrer en fonction. De quoi avoir bon espoir? «Oui!», confirment à l’unisson la nouvelle directrice Caroline Beglinger, et Roland Bonzon, président du Conseil d’administration.

Il n’y a pas eu de communiqué de presse sur cette nomination, pourquoi?

– Roland Bonzon: Notre choix était d’informer les Communes et les partenaires des VMCV. Nous voulions aussi laisser notre nouvelle directrice prendre ses marques. Pour les collaborateurs, des séances sont prévues en avril pour faire sa connaissance, et nous leur présenterons en primeur les résultats de l’enquête de satisfaction et des ateliers participatifs de l’automne dernier.

– Caroline Beglinger: Je n’ai pas non plus insisté, car peu importe que ce soit moi ou quelqu’un d’autre: l’objectif est de faire tout ce qui est nécessaire pour fournir du très bon travail.

L’une des premières choses que vous avez faites?

– C. B: Je fais régulièrement le tour de l’entreprise, pour que les gens voient que quelqu’un est là maintenant et s’intéresse vraiment à ce qu’ils font. On fonctionne comme un système au service de la clientèle, dont chacun est un rouage. C’est ce que j’ai à cœur de montrer. Pas seulement avec des mots, mais par les actes.

Vos impressions après un mois?

– C. B: C’est vraiment une chouette entreprise avec des défis passionnants à venir. J’ai perçu une très haute identification des collaborateurs aux VMCV, mais aussi une certaine frustration, à la suite de dysfonctionnements perçus à différents niveaux.

Dans le journal interne des VMCV, vous évoquez de «possibles décisions difficiles, mais indispensables»…

– C. B: D’abord, il faut faire comprendre qu’on est un tout et qu’il ne s’agit nullement de travailler les uns contre les autres. Par exemple, si une erreur se produit, on ne va pas chercher d’emblée un coupable, mais regarder comment elle a pu se produire, dans l’idée de l’éviter à l’avenir.

La première chose à se demander en tant que responsable: a-t-on donné les bons outils aux gens, les bonnes instructions, l’encadrement nécessaire? Sur le nombre d’années où j’ai exercé des fonctions à responsabilité, je n’ai eu affaire qu’à deux personnes réellement malveillantes. Il s’agira d’identifier ces éventuels cas et d’agir en conséquence pour le bien des autres collègues.

Comment allez-vous vous y prendre pour rétablir un climat serein?

– C. B: Il faut travailler sur différents axes. Un peu comme dans un couple, c’est avec un objectif commun qu’on peut se projeter, avancer, relativiser certains conflits. On va essayer de bien communiquer en ce sens. En parallèle, il faut donner aux gens qui ont des responsabilités les moyens et les outils leur permettant de bien faire leur travail. Un chef de groupe, par exemple, doit bénéficier d’une formation à la fois technique et de gestion du personnel. Il importe aussi de montrer aux gens qu’ils sont pris au sérieux, en veillant à ce que la boucle de la communication interne soit fermée. Si quelqu’un propose une idée, on se doit de lui donner des «feed-back» sur la suite qu’on y donne.

– R. B: Comme pour le problème des WC. On cherche constamment des solutions, sans toujours en trouver. Mais si on ne le communique pas, les collaborateurs pensent que l’on ne s’en préoccupe pas.

Certaines personnes n’étaient pas assez formées par rapport à leur fonction?

– C. B: Ce n’était pas fait de façon assez systématique. Nous aimerions avoir un concept de formation continue mieux calqué sur notre entreprise et qui s’adresse à tous les niveaux. Ma première impression est que jusqu’ici, on a beaucoup misé sur les compétences techniques, mais pas suffisamment sur les compétences managériales et humaines, comme la capacité d’écoute.

– R.B: L’enquête de satisfaction fait ressortir qu’une grande majorité des collaborateurs est encline à se former davantage. Il convient également de mettre en place un référentiel de compétences.

Qu’en est-il du «management de la peur» que dénonçait une partie du personnel?

– R. B: Nous avons remarqué qu’auparavant le management était à la fois trop directif et basé sur l’erreur. Pourquoi était-ce ainsi, je ne sais le dire… Mais nous voulons maintenant instaurer un management basé sur la reconnaissance.

Les soupçons de copinage sont-ils résolus? 

– R. B: Nous ne pouvons pas dire si cela s’est fait, car ce n’est pas nous qui nommions les gens. Mais il est clair que le copinage ne doit pas exister. Ces six derniers mois, le Conseil d’administration s’est donc chargé de la nomination des cadres avec un processus très clair. Tous les postes à repourvoir ont été mis au concours, une pratique que nous allons poursuivre.

En cas de problèmes, comment inciter un collaborateur à en parler avant que cela ne s’envenime?

– C. B: Il est déjà possible de consulter une personne externe aux VMCV, en l’occurrence un ou une professionnel(e) de la Clinique du travail, avec laquelle nous avons un mandat. Mais j’aimerais réussir à instaurer à nouveau un climat de confiance vis-à-vis des supérieurs directs. Pour cela, il faut leur donner les outils nécessaires. Il faut notamment plus de chefs de groupe, qui auront ainsi plus de temps à disposition pour l’écoute proactive et le suivi des conducteurs. Pour le moment, ils ne sont que trois pour 140 conducteurs.

Combien de temps faudra-t-il pour mettre tout cela en place?

– C. B: La première étape sera de stabiliser les choses et de redonner confiance, tout en travaillant à la restructuration. D’ici à la fin de l’année, cela devrait être fait. Mais pour changer une culture d’entreprise, l’expérience montre que cela prend deux à trois ans. C’est donc un travail de fond qui demandera du temps.

Il est bénéfique de voir le verre à moitié plein, dites-vous…

– C. B: Oui. On évolue dans un pays sûr, on a un financement public, on fournit un excellent produit et les chiffres de l’an dernier sont très bons. J’aimerais que les gens puissent avoir du plaisir à venir travailler et qu’ils se sentent en sécurité par rapport à leur emploi et respectés. Cela correspond aux visions stratégiques des VMCV. À nous maintenant de résoudre les problèmes et d’insuffler cette attitude positive!

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