Ils courent, ils courent, les hommes forts du Chablais

Pour la photo, le quintet s’est retrouvé sur les berges du Rhône, puis sur la passerelle de Massongex, trait d’union entre Vaud et Valais. De g. à dr.: Xavier Lavanchy, Mario Da Silva, Stéphane Coppey, Alberto Cherubini et Grégory Devaud.  | M. Raposo

Ces élus en baskets
Entre Aigle et Saint-Maurice, cinq syndics et présidents sont marathoniens ou trailers. Un plaisir et un atout. Ils racontent.

Ces cinq-là avalent 30 ou 40 km de course plus facilement que certaines séances de Conseil communal ou général. C’est à se demander si «marathonien» ou «trailer» ne sont pas des compétences de base pour être élu syndic ou président dans le Chablais. Grégory Devaud (Aigle), Alberto Cherubini (Bex), Mario Da Silva (Lavey-Morcles), Stéphane Coppey (Monthey) et Xavier Lavanchy (Saint-Maurice) se racontent en coureurs chevronnés, eux qui portent par ailleurs la casquette d’ambassadeurs de la mobilité douce au sein de Chablais Agglo.

Honneur au plus expérimenté: Alberto Cherubini en est à 42 marathons, en attendant celui de New York le 3 novembre. Le tout depuis 2003. «Le premier, c’était à Lausanne. C’est parti comme un défi, ça pimente la vie. Pour arriver jusqu’à la ligne d’arrivée, il ne faut rien lâcher, comme dans la fonction de syndic.»

De Zermatt à New York

Le compteur de Grégory Devaud est pour l’heure sur 10, avec des noms mythiques: Berlin, Londres, Chicago, New York, Paris… Il retrouvera d’ailleurs la Ville Lumière le 10 août pour le «Marathon Pour Tous», la version populaire organisée sur le parcours des Jeux olympiques de cet été. 

«Ce qui m’a attiré, c’est déjà la facilité d’entraînement, je peux courir tôt le matin, explique l’ancien cycliste de compétition. Ensuite, les notions de dépassement de soi, de discipline et d’hygiène de vie qui sont indispensables.»

Au marathon de Londres, en 2023, il était accompagné d’un certain Stéphane Coppey, d’où les t-shirts de course identiques amenés depuis la Suisse. Seuls diffèrent le prénom sur le torse et l’écusson sur l’épaule: vaudois pour l’Aiglon, valaisan pour le Montheysan. «Je faisais des trails avant et je me suis lancé dans le marathon en 2021, pour mes 50 ans, explique ce dernier. J’y trouve une source d’équilibre, tant psychique que physique.»

En temps normal, l’avocat avoue choisir ses moments assez librement en fonction de son emploi du temps ou de la météo. «Mais quand vient la préparation d’une course, je m’entraîne quatre fois par semaine pour environ 750 km sur trois mois et là, s’il pleut, on y va quand même.»

En bon trailer, Mario Da Silva aime pour sa part la pente, «les montées, pas les descentes». «J’ai commencé il y a environ 8 ans et j’ai participé à une quinzaine de courses, dont Zermatt, Sierre-Zinal et le Tour des Dents-du-Midi. Cela me procure une sensation de bien-être et me vide l’esprit. C’est un peu le même sentiment, quand bien même assez différent, que lorsque je peux refouler un parcours de golf.» Car oui, il faut «pouvoir»: «J’adore le trail, mais je dois me forcer à trouver le temps.»

Xavier Lavanchy a quant à lui pris part à une dizaine de courses. Il lui manque encore les Défis des Chalets, à Saint-Maurice (44 km), «mais ce ne sera pas encore pour cette année: il tombe le sur le week-end des élections et j’aurai à assumer une autre compétition sympathique…», plaisante-t-il.

L’avocat situe sa zone de confort «entre 30 et 40 km de course». C’est là qu’il atteint le paroxysme de ce sentiment de liberté et de contemplation qu’il recherche et qu’il a ressenti lors d’un Trophée des Combins. «Mes sensations physiques, psychiques et spirituelles y étaient exceptionnelles.»

Album souvenirs

Des bons souvenirs, ils en ont tous. À commencer par les ambiances de folie des bords de routes. «Entendre le public de Londres crier «Allez Greg!» sur les derniers kilomètres, c’est juste incroyable», se souvient Grégory Devaud. Les crampes à New York, il s’en rappelle aussi: «Dès le 30e km, avec des récidives à chaque km…»

Mario Da Silva a connu le meilleur et le pire au Tour des Dents-du-Midi. «J’y ai battu mon record l’année passée avec quasi aucun entraînement. Une autre fois, alors que j’étais en train d’exploser mes chronos, j’ai mis deux heures pour faire 2 km à la suite d’une blessure.»

Un souvenir douloureux peut se transformer en magnifique expérience. «Au marathon du Connemara, en Irlande, il faisait une cramine épouvantable, j’avais les mains gelées, raconte Alberto Cherubini, mais cela ne m’empêchait pas d’admirer des paysages d’une immense beauté.»

Quant à Xavier Lavanchy, il aime à rappeler la fois où il a tout planté à mi-course: «Au Tour des Dents-du-Midi. Arrivé à Vérossaz, je n’ai pas pu repartir. J’avais tellement cogité durant cette première partie sur le fait que j’avais été absent toute la semaine de la maison et que j’étais en train de rater un événement familial ce samedi-là, que j’ai posé mon dossard et j’ai couru jusqu’à Saint-Maurice pour retrouver tout le monde.»

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