À Noville, les Gitans jouent les prolongations

25 caravanes, soit environ 70 personnes squattent illégalement un terrain privé à Noville, depuis une semaine.  | C. Boillat

Campement illégal
La septantaine de personnes présentes depuis mercredi dernier sur un terrain privé n’a pas respecté l’ordre d’expulsion, fixé à lundi midi.

Arrivée mercredi dernier à Noville, une septantaine de gens du voyage et leurs 25 caravanes squattent illégalement un terrain privé, dans la zone commerciale. L’ordre officiel d’expulsion avait été signé le jour même par le préfet du district d’Aigle. Le délai donné pour lever le camp était fixé à ce lundi midi.

Ce jour-là, les dames préparent le repas, les enfants jouent près de la station-service, deux poules gambadent, trois hommes sont présents. La majorité est allée travailler: volets à peindre, vente de tapis, rémoulage. «Nous avons obtenu de rester encore quelques jours. Ce n’est pas très clair, soit jusqu’à mercredi, soit un peu plus», déclare un monsieur à l’entrée de sa caravane.

«On temporise»

Nommé par le Conseil d’État pour gérer la problématique des gens du voyage sur territoire vaudois, Laurent Curchod confirme: «Nous avons décidé de temporiser. Et de se donner deux jours supplémentaires pour souffler. L’ordre d’évacuation est toujours valable. Il est donc clair qu’ils ne vont pas rester sur ce terrain privé. Ils le savent.» 

Le «Monsieur Gitans» du Canton de Vaud, en contact avec les autorités de Noville et le propriétaire, cherche activement une solution. «Des pourparlers sont toujours en cours pour trouver un terrain légalisé, pour l’heure sur une commune du Chablais vaudois.» «Nous aussi, nous cherchons un terrain avec eau et électricité», dit un autre membre de la communauté. Ils disent venir de Lille. Leurs plaques d’immatriculation indiquent qu’ils résident aussi à Paris et sa région, également dans le Haut-Rhin.
Pierre-Alain Karlen est toujours remonté. Constatant le non-départ des Gitans, le syndic novillois pointe encore «le fiasco constaté à tous les niveaux de l’État pour gérer ce genre d’occupation illégale. Vaud est le ventre mou de l’Europe». Pour autant, l’édile veut continuer «à soutenir Monsieur Curchod et le Conseil d’État.» Il révèle encore que le propriétaire du terrain squatté a déposé une plainte pénale pour violation de domicile. Un terrain par ailleurs propre: une benne a été mise à disposition. Elle est pleine de grands sacs noirs. Les gens du voyage le jurent: «Nous payons aussi 20 francs par jour pour chaque caravane au propriétaire.»

Et qu’est-il prévu en cas d’échec d’ici à mercredi soir? «Il appartiendra à la Police cantonale vaudoise en concertation avec le Conseil d’État de prendre la décision de l’évacuation forcée», conclut Laurent Curchod. Nos interlocuteurs français espèrent «qu’on n’en arrivera pas jusque-là». Pierre-Alain Karlen souhaite de son côté un «changement de législation pour en finir avec ce genre de situation devenue endémique».