« Si c’était à refaire, je referais le Vibiscum sans hésiter » William von Stockalper

William Von Stockalper, directeur du Festival Vibiscum, se donne le temps de la réflexion avant d’envisager la suite. | J.-P. Guinnard – 24 heures

William von Stockalper
Le directeur du Vibiscum revient sur l’annulation du festival veveysan et répond aux critiques.

À Vevey, dans l’entrée des locaux qui abritent l’équipe du Festival Vibiscum s’entassent des milliers de flyers, des posters et autres affiches de la troisième édition qui n’aura finalement jamais lieu. «Nous en garderons tout de même quelques-uns en souvenir», glisse William von Stockalper dans un rire un peu jaune.

Mercredi dernier, l’organisation a dû se résoudre à annuler le festival. Deux jours plus tard, le directeur de la manifestation revenait sur cette fin abrupte et répondait aux critiques qui pleuvent sur le festival veveysan.

Quand et pourquoi avoir pris la décision de tirer la prise ?

– La décision a été prise mercredi (ndlr: 15 mai) en fin de matinée. Pour être franc, ça faisait une semaine qu’on y songeait, mais on espérait toujours un bond important des ventes. Vendre 4’000-5’000 billets de plus en une semaine, ça offre tout de suite de meilleures garanties, qui ne sont finalement pas venues. Il faut dire aussi qu’on a été desservis par la pluie et les températures fraîches, j’imagine que les gens avaient du mal à se projeter dans un festival. On a fait des réductions ces dernières semaines, surtout dans les infrastructures, ça n’a pas suffi. Pour un festival comme le nôtre, la tendance actuelle est de se décider au dernier moment, mais vu les ventes, ça aurait été trop risqué de tout miser là-dessus. On a repoussé l’échéance jusqu’au dernier moment, mais jeudi, les entreprises auraient dû commencer l’installation des constructions. Ça a été un choix terrible, la décision la plus difficile de ma carrière professionnelle.

Combien de festivaliers espériez-vous et combien de billets avez-vous vendus?

– On espérait être autour de 18’000 billets vendus. Au dernier pointage, nous étions à la moitié de notre objectif.

Comment vous sentez-vous après cette annonce?

– Pas très bien. Je me sens mal, surtout pour tous les gens qui travaillent pour le festival, qui sont investis depuis longtemps pour faire vivre cet événement à Vevey. On a quand même plus de 400 bénévoles. C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai annoncé l’annulation à mes équipes. Ils ont bossé pendant des mois et, au final, tout s’écroule. Je savais aussi au fond de moi tout ce que ceci allait impliquer. Je pense aussi à ceux qui nous ont fait confiance, aux festivaliers. C’est dur.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez vu trop gros et que vous avez eu la folie des grandeurs?

– Qu’on est toujours plus malin après, mais que c’est facile de critiquer. On a eu la chance d’avoir des grandes stars (ndlr: IAM en 2022 et Orelsan et DJ Snake l’an dernier) qui nous ont fait changer de dimension. Il a fallu s’adapter à cette nouvelle dimension. On a eu une opportunité, on a décidé de la saisir.

Certains artistes affirment ne pas avoir été payés…

– Un seul artiste, sur une vingtaine de programmés, n’a pas été payé. En cause: le peu de billets vendus pour une soirée par rapport à l’objectif fixé. Le versement de son cachet a dû être repoussé, mais les échanges sont constructifs.

Vous étiez le visage du Vibiscum.
Craignez-vous le dégât d’image?

– Je n’ai jamais lancé ce festival pour mon image. Que des gens me critiquent, m’accusent d’avoir un ego surdimensionné ou me traitent d’amateur, ça ne m’intéresse pas. Moi, j’ai mes valeurs, ma manière de faire. Ceux qui me critiquent ne me connaissent pas. À l’inverse, mes proches, ceux qui me connaissent, seront toujours derrière moi. Eux savent les risques qu’il y a à entreprendre, à faire quelque chose comme je l’ai toujours fait. Ils voient la forme de courage que ça demande. C’est ça qui m’importe.

La question du remboursement des billets vendus fait couler beaucoup d’encre…

– Nous n’avons jamais dit que nous n’allions pas dédommager sous une forme ou une autre les festivaliers! Nous avons annoncé qu’il n’y aurait pas de remboursement dans l’immédiat. Nous avons publié ce message à la suite de la déferlante qui a suivi l’annulation. Nous planchons sur des solutions, nous ferons tout pour offrir une compensation. Il nous faut un peu de temps pour mettre en place les choses.

Jeudi, Blick évoquait une entreprise alémanique qui vous réclame 150’000 francs. Comment vont vos finances?

– L’heure est au bilan, mais il faut fixer des priorités. La nôtre, ce sont les festivaliers. Si des prestataires ont des factures ouvertes, ils devront patienter un peu. Libre à eux de poursuivre le festival. Je le répète, ma priorité, c’est le festivalier qui a par exemple déboursé 79 ou 95 francs pour un concert.

La dette de l’an dernier, elle est remboursée?

– Des dettes auprès de la Fondation Vibiscum Festival existent encore et ce n’est un secret pour personne. Un festival vit de ses festivaliers. S’il n’y a plus de festival, c’est compliqué.

Au final, que restera-t-il de l’aventure Vibiscum?

– Une belle histoire. Et des souvenirs magnifiques, on a eu des artistes de renommée internationale à Vevey, la place du Marché pleine de monde, des gens heureux. Si certains préfèrent se souvenir des problèmes ou d’avoir dû attendre un peu pour avoir une bière, c’est leur choix. Mais quand on voit les images de l’année dernière, on voit plus de gens heureux que malheureux.

Et si c’était à refaire?

– Le festival? Sans hésiter. Je reste persuadé que Vibiscum a son histoire à écrire et mérite sa place dans le paysage des festivals romands

Le Vibiscum est-il mort pour de bon?

– Nous gardons toujours l’espoir d’une prochaine édition. Mais là, il va d’abord falloir digérer tout ce qui est arrivé. Les gens ne réalisent pas ce qui nous est tombé dessus. Cette déferlante, c’est lourd psychologiquement pour tout le monde.