
Zak Cherix est un artiste hors norme, ne serait-ce que par son âge, 9 ans. Il présente sa première exposition de sculptures mécaniques, «Les Métallogones», chez lui à Fenalet-sur-Bex. |C. Dervey – 24 heures
Au premier contact, on saisit que Zak n’est pas un enfant comme les autres. La poignée de main est aussi ferme que le regard bleu est vif sous son chapeau du «BVB». «Le train Bex-Villars-Bretaye, explique-t-il. Mon oncle y travaillait.» Le verbe non plus n’est pas celui d’un enfant de 9 ans.
Plus encore, ce sont les œuvres de Zak Cherix, «les Métallogones», qui illustrent le mieux sa maturité insolite par un esprit créatif hors norme. Car oui, Zak est artiste, comme son père K-soul, peintre holocinétique.
Le sculpteur en herbe préfère toutefois justifier sa carrière précoce autrement: «Ma grand-maman fait de la poterie et peint aussi. C’est pour ça que je suis artiste sur les bords.» K-soul, qui se tient à distance durant l’interview, rit sous cape.
Du métal et des crânes
Zak soude le métal et compose des êtres étranges qui livrent son regard d’enfant sur le monde moderne. Sans connaître son âge, on pourrait aussi bien conclure au travail d’un artiste expérimenté.
On y trouve «IA – le dernier neurone», tout en fils métalliques. «Drôlide» semble vous toiser du regard à travers son masque de vision nocturne. En appuyant sur un bouton, «Ventilocrâne» souffle à travers la bouche squelettique d’un chevreuil. «Vol déchaîné» figure un phénix aux ailes déployées. Sur «Manège», c’est le crâne d’un veau qui tourne sur un moteur à broche… Et «La poule de combat»? «Viens, elle est dehors, tu vas comprendre, mieux vaut ne pas s’y frotter.»
Il a exposé ses neuf Métallogones sur trois jours la semaine dernière à Fenalet-sur-Bex, au Jardin Cosmique. Le domicile des Cherix, qui fait office d’espace de création et spectacles, a des allures de navette spatiale posée au milieu des champs. «Je vis dans une œuvre, ajoute Zak. Et puis il y a plein d’endroits où je peux courir, des sièges où me suspendre, je m’accroche au palan avec mon baudrier…»
Trois oeuvres vendues
L’exposition a rassemblé plusieurs dizaines de personnes. «Et j’ai déjà vendu six pièces», lance fièrement le gamin. Dont plusieurs entre 500 et 800 francs, excusez du peu… Que va-t-il faire de sa fortune? Il hésite: «M’acheter un monoaxe (ndlr: petit utilitaire agricole)?» Logique: Zak se voit paysan plus tard, comme certains de ses voisins.
Mais comment sont nées dans sa tête ce qu’il nomme des «explosions métalliques»? «Une fois, j’ai soudé avec mon papa et j’ai trouvé cool. Alors on a remis ça le lendemain, ensuite j’ai fait seul. Je fouille, je récupère des pièces: des pompes hydrauliques, des disques de freins, des sonnettes de vélos, des ressorts… Et je les soude, mais jamais au hasard!» Pourquoi le nom de «Métallogones»? «Parce que je parle souvent d’hexagones ou d’octogones. Alors papa a suggéré ce nom.»
C’est aussi ce dernier qui a soufflé l’idée d’une exposition et qui y va parfois de ses conseils dans le travail de création. «On discute, mais c’est lui qui fait les modifications. Une œuvre, elle est juste ou pas. Les siennes sont justes.»
La grimpe et le chocolat
Il y est tout de même pour quelque chose, lui qui fait l’école à la maison pour son fils, un élève aussi curieux qu’exigeant. «Ça ne doit pas toujours être facile d’être mon parent, glisse Zak. Je suis une crapule, dit parfois papa.»
Une crapule qui aime la grimpe, le ski, l’aïkido, le xylophone et l’accordéon. Le chocolat aussi, à le voir déballer les boules que papa a posées sur la table. «Les bonbons aussi», ajoute-t-il, la bouche pleine. Car oui, Zak est un enfant comme les autres.
