
Pour lancer son édition 2024, Images Vevey a présenté une oeuvre de Paul Graham à Times Square. | P. Graham
À deux mois du vernissage, l’effervescence est palpable. Une vingtaine de collaborateurs sont actuellement à l’œuvre pour concrétiser l’édition 2024 d’Images Vevey. «Nous sommes en pleine montée de puissance, nous serons environ 200 durant le festival, nous glisse son directeur Stefano Stoll. C’est massif! C’est comme si nous montions une PME en six mois!»
Nous avons pu l’intercepter peu avant son départ pour Arles et ses Rencontres de la photographie. À peine assis pour répondre à nos questions qu’il redécolle illico dans la pièce d’à-côté. C’est que l’équipe est en pleine réflexion et conceptualisation de la conférence de presse. Ça fuse de partout dans les bureaux.
Une neuvième édition qui a démarré sur les chapeaux de roues en s’exportant de l’autre côté de l’Atlantique. Ou quand une campagne publicitaire se mue en espace artistique temporaire.
Vevey s’expose à Manhattan
En mai dernier, Images Vevey s’affichait donc à New York. Une action coup de poing pour lancer son édition 2024. La Biennale a vu les choses en grand et a présenté une installation à son image: monumentale, en plein air et sur mesure. Soit l’affichage de la série «Sightless» du photographe Paul Graham dans l’un des quartiers les plus célèbres et animés de la planète.
Une exposition en adéquation entre l’œuvre et son lieu: cette série a été réalisée il y a 20 ans au même endroit. Cette galerie de portraits présente des passants aux yeux fermés, bien avant l’apparition des technologies qui accaparent aujourd’hui notre attention. Autre époque, autres habitudes.
Cette installation annonce le thème de cette Biennale: <(dis)connected>. Si Times Square incarne une certaine vision de l’avenir, l’intégration de cette œuvre artistique crée un effet de friction intéressant, en mettant en exergue un choc tectonique entre passé, présent et futur.
En septembre, ces portraits de passants seront présentés dans l’espace public veveysan, à taille humaine. Comme un contrepoint au gigantisme de l’exposition new-yorkaise.
(Re)découvrir la ville
Si depuis 2008, la Biennale s’expose à Vevey avec ses installations photographiques monumentales et ses lieux inédits, cette neuvième édition parvient à nouveau à faire entrer des œuvres au sein d’espaces insoupçonnés. Ceci d’autant plus «qu’il n’y a plus tant de lieux qui correspondent à nos critères dans le périmètre de Vevey». Cette année, les passants pourront ainsi fouler deux nouveaux emplacements.
Normalement privés, les jardins nouvellement réaménagés du siège de Nestlé seront accessibles et peuplés de photographies de Vincent Jendly. Sans oublier la gigantesque installation sur la façade. «Sur quelque 1’000 m2 sera affiché le fleuron de notre patrimoine naval, à savoir le bateau Belle-Époque <La Suisse>, détaille Stefano Stoll. Il s’agit de la plus grande pièce du festival.»
Autre première: le cinéma Astor. «Ce partenariat marque aussi les 60 ans de Cinérive», ajoute le directeur et curateur. Cette salle historique sera utilisée pour projeter «Doors», œuvre de l’artiste multimédia Christian Marclay, qui vient de faire une rétrospective de son travail au Centre Pompidou à Paris. «C’est un véritable labyrinthe dans l’histoire du cinéma, par un enchaînement de séquences qui ne montrent… que des ouvertures et fermetures de portes. À l’avenir, une intelligence artificielle sera peut-être capable de proposer une telle réalisation magistrale, qui sait.»
Outre ces nouveautés, la Biennale est heureuse de pouvoir à nouveau investir les pièces de la Serrurerie. Situé à quelques pas de la place du Marché, ce bâtiment historique avait accueilli quelque 20’000 visiteurs en 2022. Laissé à l’abandon depuis la dernière Fête des Vignerons, le restaurant Les Mouettes sera également transformé en espace d’art le temps de la manifestation.
Autre griffe du festival: l’adéquation des images à leur environnement d’exposition. À l’instar de la haute couture, les installations photographiques de Vevey se font sur mesure. Invisible, leur élaboration n’en demeure pas moins conséquente. Et Stefano Stoll d’abonder. «Derrière chacun des projets, il y a plus d’une centaine d’heures de recherche et de développement!»
Plus d’infos: www.images.ch
Images Vevey, du 7 au 29 septembre.

Stefano Stoll, vous venez
de dévoiler la programmation de la Biennale aux Rencontres d’Arles, une neuvième édition baptisée «(dis)connected».
Quel est son fil rouge?
- Avec l’émergence de l’intelligence artificielle, nous sommes dans un moment charnière de l’histoire. Nous sommes au cœur d’une révolution technologique majeure, qui ne va pas seulement impliquer l’art, mais tous les domaines sociétaux. Il est intéressant, peut-être vertigineux, de réaliser que nous nous trouvons aujourd’hui précisément sur une faille sismique, entre deux plaques tectoniques, entre nostalgie du passé et curiosité du futur.
Une période empreinte de
frictions, tiraillée entre plusieurs courants contraires.
Quelle direction avez-vous
souhaité insuffler?
- Ce qui est frappant actuellement, c’est que tout semble toujours plus connecté, alors que simultanément nous sommes plus que jamais déconnectés les uns des autres et du monde qui nous entoure. Les fractures entre ce qui a été, ce qui est et ce qui sera s’accélèrent, les contraires s’entrechoquent. Je trouve qu’il est intéressant de rendre compte du moment de basculement que nous sommes en train d’expérimenter. Depuis toujours, le monde est en révolution constante. Même si le changement ne s’opère jamais sans dégâts, je reste confiant. Je préfère le terme de pour aborder l’avenir, cela maintient un esprit d’ouverture.
De quelle manière la Biennale
va-t-elle traduire ces mouvements contradictoires qui bousculent notre époque?
- Les propositions artistiques jouent sur le sentiment de connexion et de déconnexion entre la réalité tangible et le fantasme numérique. Des mouvements incessants, balançant d’un passé parfois idéalisé à un avenir plein de promesses et d’incertitudes. Dans cette édition, le thème sera traité autant dans les domaines de la géopolitique, du patrimoine, des traditions, du changement climatique, de la famille, du sport ou encore des nouvelles technologies. Face aux images exposées durant cette Biennale, le doute subsistera pour déterminer l’origine – humaine ou digitale – d’une œuvre. Cela illustre bien cette tension qui nous habite aujourd’hui et le sentiment d’être parfois déconnecté justement.
3 semaines d’exposition
40
lieux dans toute la ville
50
artistes émanant de plus de 20 pays
différents
Plus de
80’000
visiteurs attendus cette année
