
| P. Genet
L’image rafraîchit, au cœur d’un été qui aura tardé à s’installer. Trois Anglais – un adolescent et ses parents, visiblement – se trempant les pieds dans un lac de montagne. La colorisation de la carte postale, le photomontage entre les personnages Belle Epoque et le paysage donnent le ton et dirigent le spectateur vers une «patte» connue et reconnue. Et la légende parachève l’œuvre: «It’s tea time – Touristes anglais collectant l’eau de fonte de glacier afin de constituer leurs réserves de thé glacé pour l’hiver».
Il n’y a pas à sourciller: les 40 images grand format installées dans le parc de la Torma, sur les hauts de Monthey, à cinq minutes à pied du centre-ville, sont du Plonk & Replonk pur jus. Plus précisément de la moitié cadette de l’ex-duo chaux-de-fonnier, les deux frères ne travaillant plus ensemble aujourd’hui. Piquant, brocardant traditions et images d’Epinal avec un sens aiguisé de l’absurde, Hubert «Bébert» Froidevaux trace dans l’ancien cimetière – devenu depuis le printemps 2020 lieu d’exposition en plein air– une déambulation jubilatoire. Ici épinglant les travers de l’identité helvétique et valaisanne, là jetant sur l’actualité du monde un regard acéré que n’aurait pas renié un Pierre Desproges.
Satires déconcertantes
«Son esprit bouillonnant d’idées saugrenues nous invite, à travers des satires déconcertantes, à remettre en question notre perception du monde ainsi que les normes établies, et à appréhender les choses sous un angle inédit en embrassant une joyeuse et bienfaisante folie», note ainsi Julia Hountou, curatrice de l’exposition, relevant le «don (de Bébert) pour mélanger réel et imaginaire avec une dose de non-sens».
En puisant dans des thèmes emblématiques tels que les légendaires chemins de fer helvétiques, les vacances estivales ou hivernales à la montagne, le «ski extrême en haute altitude», la lutte à la culotte, la chasse ainsi que les rumeurs, commérages et marchandages qui font partie intégrante du tissu social, Plonk et Replonk-Bébert dépeint un «tableau» saisissant de la société suisse aujourd’hui», poursuit l’historienne de l’art, relevant notamment «l’épineuse question de l’énergie nucléaire ou encore la tradition bien ancrée des chorales et des fanfares».
Covid, neutralité suisse, climat
La position helvétique sur la scène internationale se voit ainsi savoureusement questionnée par un bataillon d’artilleurs regroupés autour de deux canons, des boulets de neige à leur côté, avec la mention: «Neutralité: la Suisse accepte d’envoyer des canons à neige». Les grands sujets sociétaux figurent également au tableau de chasse de l’artiste. Ainsi de cette «Mise au point d’un vaccin contre la bêtise humaine à la suite de l’apparition d’un variant antarctique du Covid-19» par un étrange scientifique à tête de manchot. Ainsi encore du réchauffement climatique, imagé par deux os géants ressortant d’une masse glaciaire et légendé «Réapparition du col du Fémur dans le glacier du Rhône».
Mais organisée par le Service Culture, tourisme et jumelage ainsi que le Service Infrastructures, mobilité et environnement de la Ville de Monthey, cette expo présente en toile de fond une 41e œuvre, qui les contient toutes: le parc de la Torma lui-même, joyau d’apaisement entre les lacets de la route du val d’Illiez.
Exposition en plein air «C’était bien mieux après – Les belles divagations de Plonk & Replonk-Bébert», parc de la Torma, route de Morgins, Monthey, jusqu’au 25 décembre 2025.
