«Je parviens enfin à retransmettre en course ce que je réalise à l’entraînement»

Cette saison, Léonie Pointet est descendue deux fois sous la barre des 23 secondes au 200 m. De quoi espérer une bonne performance à Paris. | A. Capel

JO de Paris
Grâce à une saison de rêve, Léonie Pointet a décroché son billet pour les Jeux olympiques. La Jongnyssoise courra le 200 m et peut-être le relais. Elle se confie quelques jours avant son départ.

Léonie Pointet s’entraînait à Lausanne avec son groupe le lundi 8 juillet lorsqu’elle a appris qu’elle était officiellement sélectionnée pour ses premiers Jeux olympiques. Un moment qu’elle n’oubliera jamais. «J’ai reçu ce fameux mail vers 14h et ce fut un grand soulagement et beaucoup d’émotion! Avec mon coéquipier Felix Svensson, qui a reçu le même message, nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre.»

À Paris, la sprinteuse de Jongny courra le 200 m avec l’espoir d’atteindre les demi-finales. Mujinga Kambundji, la star du sprint suisse, visera, elle, un podium. «Mais il faudra qu’elle batte son record et descende sous les 22 secondes face à des favorites comme Gabi Thomas et Shericka Jackson», relève Léonie. La jeune Vaudoise de 23 ans fait aussi partie des six Suissesses retenues pour le relais 4×100 et sa place de titulaire lors des récents Européens de Rome est de bon augure. La Suisse peut rêver d’une finale.

En pleine ascension

Participer aux Jeux olympiques constitue un aboutissement pour tout athlète. «C’est le plus grand événement sportif de la planète et on rêve tous d’y aller», se réjouit Léonie. Mais pour moi au fil des saisons, plus qu’un rêve, c’est devenu un objectif». Il y a trois ans, elle était devant son écran pour suivre les exploits historiques d’Ajla Del Ponte et Mujinga Kambundji respectivement 5e et 6e du 100 m des JO de Tokyo. «Je mettais mon réveil en pleine nuit. Cela m’avait beaucoup marquée.»

Nicole, sa maman, présidente du Centre Athlétique Riviera, est très heureuse pour sa fille. Elle l’a toujours soutenue. «Certes on s’y attendait un peu, mais j’ai encore de la peine à réaliser. En avril, avec son copain et mon mari, nous avions fait le pari d’acheter des billets à l’avance, mais sans lui dire pour ne pas lui mettre la pression. Quand Léonie se fixe un objectif, elle est très déterminée, très sérieuse», confie celle qui est également syndique de Jongny.

La spécialiste du 200 m a littéralement explosé cette saison franchissant deux fois la barre des 23 secondes, en 22’’96 en mai, puis en 22’’72 fin juin aux Championnats suisses de Winterthour. «Moins crispée, plus libérée, je parviens enfin à retransmettre en course ce que je réalise à l’entraînement.»

Un avis partagé par Kenny Guex, le chef du sprint à Swiss Athletics qui entraîne la Vaudoise depuis deux ans. «Alors qu’elle manquait un peu d’assurance, Léonie est devenue plus confiante. En sprint, les athlètes se focalisent souvent sur un chrono alors que celui-ci doit plutôt être la conséquence d’un travail. Léonie l’a compris.» La jeune fonceuse s’entraîne à Lausanne avec un groupe d’une quinzaine de coureurs, les meilleurs Romands. «L’émulation que ça crée entre eux est très importante», enchaîne le coach.

«Dans le virage, elle rivalise avec les meilleures mondiales»

Plutôt que le sprint court qu’est le 100 m, Léonie Pointet a toujours préféré l’effort plus long du 200. «Je n’aime pas voir la ligne d’arrivée dès le départ comme au 100 m», sourit-elle. Selon Kenny Guex, «Léonie n’a pas un départ incroyable mais elle sait maintenir une vitesse élevée jusqu’au bout du 200 m. En plus, son agressivité en course lui permet de bien négocier le virage sans se déporter, un domaine où elle rivalise avec les meilleures mondiales. C’est aussi pour cela qu’elle est la troisième relayeuse du 4×100 (celle qui négocie le virage).» Imitant sa sœur aînée Cloé, Léonie Pointet a commencé l’athlétisme à 8 ans, en variant les disciplines, la règle à cet âge-là. «Mais petite déjà, elle ne pensait qu’à courir», se souvient sa maman.

Aujourd’hui, Léonie compte de plus en plus de supporters dans son village de Jongny et dans toute la région. Son fan club ne cesse de s’étoffer. En mars, son repas de soutien a ainsi attiré plus de 80 personnes. «Une saison coûte cher, notamment les camps d’entraînement, relève Nicole Pointet. Une brasserie de Bex, un traiteur de Lavaux, ainsi que différents vignerons nous ont donné un coup de main. On sent un joli engouement autour de Léonie!» La championne, ce soir-là, a pris la parole pour remercier tout le monde.

«Il y avait aussi bien des copains d’enfance que des personnes âgées, c’était sympa et touchant», conclut-elle prête à rejoindre le tartan parisien.

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