La fresque humaine de Gaël Grobéty

Gaël Grobéty signe avec ce deuxième roman un thriller au rythme parfaitement maîtrisé. | J. Louvion

Littérature
L’écrivain veveysan revisite la Genèse dans «Au commencement était le meurtre». Magistral.

«Là où Gaël fait fort, c’est qu’il prend une histoire qu’a priori tout le monde connaît… et que 30 pages plus loin personne n’est plus sûr de rien…» Les mots de Michaël Perruchoud, éditeur de Gaël Grobéty chez Cousu Mouche, touchent juste.
Après «La Reine de cœur», qui revisitait en 2019 le mythe de Guillaume Tell, l’écrivain veveysan de 41 ans s’attaque avec «Au commencement était le meurtre» à un morceau pour le moins ambitieux, offrant sous forme de thriller psycho-social une réinterprétation de la Genèse centrée sur le meurtre originel.
Le point de départ? Abel, le second fils d’Adam et Ève, est retrouvé mourant dans une grotte. La «première famille des Hommes» se met en quête du premier coupable d’une certaine Histoire humaine. «Une poursuite de la vérité ardue, qui pourrait révéler des secrets, faire vaciller des certitudes, balayer l’insouciance, bouleverser l’existence et la place même de l’Homme dans un univers qu’il ne maîtrise plus», annonce la quatrième de couverture, promettant «une fresque saisissante sur le traumatisme de la condition humaine».

Un travail étalé sur dix ans
Une promesse tenue de main de maître par Gaël Grobéty, en 520 pages d’une maîtrise stylistique et psychologique implacable. Un ouvrage colossal dont la… genèse se décline en deux paliers. «L’idée m’était venue en 2012», explique l’écrivain veveysan, père de trois enfants et employé à l’administration de l’Université de Lausanne. «J’ai commencé l’écriture par les mots de ce qui est devenu le prologue du livre. J’en ai fait en 2015 un premier roman qui n’était pas du tout un thriller. Et puis en 2019, je me suis dit qu’en amateur des récits de genre, je ne pouvais pas évoquer le premier meurtre sans en faire un thriller.» Il aura donc fallu, peu ou prou dix années pour que l’œuvre satisfasse les aspirations de son auteur. «S’il me faut ce temps pour écrire un livre dont je suis pleinement content, alors je le prendrai», sourit-il.
S’il fait évidemment référence à la Genèse, «Au commencement était le meurtre» n’en est pas pour autant un roman historique ou une somme théologique. «La période n’a jamais existé, et à mon sens, il n’y a jamais eu Adam et Ève, prévient-il. Je vois plus ce livre comme un roman de fantasy (ndlr: genre littéraire mêlant l’univers des mythes et légendes et les thèmes du fantastique). D’ailleurs, la carte présente dans le livre renvoie davantage à ce que l’on pourrait trouver chez Tolkien, par exemple. J’ai lu un certain nombre de livres sur le Jardin d’Eden et sur Adam et Ève. Je me suis documenté pour rendre une certaine image d’Epinal de cette période que l’on pourrait situer aux alentours de – 10000, mais je me suis senti très libre de la réinterpréter.»

«L’aboutissement prématuré du conflit humain»
L’ambition de l’auteur était ailleurs. «Une phrase du livre dit que cet épisode du meurtre est l’aboutissement prématuré du conflit humain. Il s’agissait pour moi d’explorer comment la nature humaine, lorsqu’elle se gonfle d’obsessions, de rapports compliqués, peut déraper.»
Passionné de cinéma et de littérature, citant le cinéma de Christopher Nolan («Inception», «Oppenheimer») et les romans de Gustave Flaubert parmi ses inspirations, Gaël Grobéty réussit pleinement son entreprise, mêlant une rythmique d’écriture extrêmement travaillée, confinant parfois à la poésie, et une narration par instants quasi cinématographique. Jusqu’à culminer en cette remarquable scène finale où la survie de l’Humanité se joue sur la place du village. Un modèle du genre.


Plus d’infos: cousumouche.com

Gaël Grobéty, «Au commencement était le meurtre»,  éd. Cousu Mouche, 520 p.

GALERIE