
Bocaux aux contenus symboliques, fourrures, mots-trophées… L’exposition de Leah Linh à L’Espace Graffenried ne laisse pas indifférent. | DR
On est d’abord un peu surpris de retrouver Leah Linh dans 20 mètres carrés, après son exposition d’envergure au Château de Chillon durant neuf mois. À l’entrée, le panneau «Avertissement: contenu sensible» interpelle. L’œuvre serait-elle dérangeante, provocatrice? Ou est-ce une invitation à se laisser toucher par ce que nos sens percevront?
Conçue spécialement pour l’Espace Graffenried, «Memorabilia» propose une interprétation contemporaine des cabinets de curiosités, ancêtres des musées, apparus en Europe au XVIe siècle. Une démarche inédite pour la Lausannoise de 24 ans, adepte de la peinture acrylique et de la feuille d’or.
«En découvrant ce petit espace, je me suis dit que je pourrais en faire un laboratoire d’idées. J’avais déjà expérimenté de nouvelles techniques à Chillon, je voulais faire de l’Espace Graffenried le lieu d’un nouveau défi.»
Du Tamagotchi au soutien-gorge
Leah Linh s’est donc aventurée sur la voie plus risquée de l’art conceptuel. Sur la paroi de gauche, les mots Liberté, Enfance, Dieu, Art et Folie, devenus trophées de chasse, incitent à réfléchir sur les valeurs que nous glorifions ou condamnons. Ils côtoient, en un dialogue troublant, une œuvre composée de manteaux de fourrure récupérés. «Que pensez-vous de votre rapport aux animaux, de vos pratiques humaines de consommation?», semble susurrer l’étrange créature de pelages.
En face, trois rangées de quinze bocaux, habités chacun par un objet du quotidien immergé dans un fluide bleu, écho au formol servant à conserver les animaux ou organes des collections des musées. Ici une boîte d’aromate, une statuette de la Vierge, un duo de Tamagotchis. Là une Barbie contorsionnée, un soutien-gorge en dentelle rouge, un porte-monnaie flottant au-dessus de piécettes… Sublimation du banal, jeu de coexistence entre le futile et le symbolique, invitation à se questionner sur ce qui mérite d’être préservé pour les générations futures.
«Mon intention était de représenter tous les aspects de la vie. Pourtant, des personnes ont ressenti certains objets ainsi exposés comme dérangeants et provocateurs. D’où le panneau installé le lendemain de l’inauguration. Comme quoi notre banal peut nous déstabiliser», constate l’artiste. Mais d’autres ont été touchées et émues, et j’ai aussi entendu beaucoup de rires. Ce qui me donne un élan pour poursuivre dans cette direction!»
