
Durant 40 jours, Raphaël Lods a documenté ses pensées et lectures en recouvrant de notes les parois de l’abribus Samaritain. | L. Gessler
«Je viens voir le fou du village», pouvait-on lire sur la vitre de l’arrêt de bus Samaritain. «En attendant le messie à l’arrêt de bus», la performance de l’artiste et théoricien Raphaël Lods, dans le cadre de l’exposition temporaire «Ligne(s) 202», n’aura pas laissé les Veveysans indifférents.
«Est-ce que le messie viendra? Je ne sais pas, mais en l’attendant, je laisse un espoir à ce futur», explique Raphaël Lods. Assis à l’arrêt de bus de 8h à 18h durant 40 jours, l’artiste a recouvert l’abri de ses pensées. Au cours du mois de juillet, il est devenu un repère familier dans le quartier.
«Des personnes m’ont apporté des livres, d’autres sont venues discuter avec moi et me confier leurs espoirs personnels. J’ai rencontré une grande diversité de personnes. C’est aussi ce qui fait la beauté de Vevey, raconte le jeune homme de 27 ans. Par ailleurs, il souligne le respect dont ont fait preuve les passants envers son œuvre.
«Je m’étais habituée à cette présence, confie Sylvie Buttex. Même si je n’ai pas tout compris aux textes, je n’avais pas envie de le déranger. Les pensées qu’il a transcrit peuvent aussi nous interpeller plus tard.» Vendredi dernier, l’habitante du quartier est venue à l’arrêt écouter la troisième et dernière conférence de l’artiste.
Sculpture sociale
«Il y a, sur la ligne 202, un autre abribus qui synthétise ce que j’avance, énonce Raphaël Lods, assis face à une dizaine de personnes. À l’arrêt Marronniers, le banc s’est transformé en balancelle. Il n’y a plus besoin de discours. Tout un chacun s’assoit, qu’importe sa génération, son origine ou son statut social et peut se balancer avec l’autre. Camille Scherrer et Matthieu Monnard ont fait en un geste ce que j’ai mis 40 jours à penser.»
Loin des musées, les interventions dans l’espace public du projet «Ligne(s) 202» avaient pour objectif de mettre l’art au cœur du quotidien des Veveysans. «L’art conceptuel sert à créer du lien, analysait Raphaël Lods. J’en conclus que le messie, ce sont les autres.»
Les neuf installations dans les abribus d’artistes de Suisse romande, sélectionnés à la suite d’un appel à projets par le Service de la culture, vont être démontées. Par ailleurs, certaines structures de la ligne 202 appartiennent à une ancienne génération d’abribus vouée à être remplacée prochainement.
