Il conquiert la planète sur une seule roue

Le Chablaisien Stéphane Ranc a supris son monde lors du UNICON 21. Il a décroché l’or en battant en finale le Canadien Jack Sebben. | W. Whaun

Bex
Du haut de ses 17 ans, Stéphane Ranc décroche une médaille d’or aux championnats de monocycle aux États-Unis. Une discipline méconnue aux richesses insoupçonnées.

Le 20 juillet dernier, à Bemidji, dans le Minnesota, le Bellerin Stéphane Ranc affrontait en finale un adversaire canadien, Jack Sebben, lors d’une compétition de «flatland», catégorie expert. Assis sur leurs monocycles respectifs, ils ont tout donné en effectuant des enchaînements de figures sur un sol plat à tour de rôle. On les juge sur leur style, leur constance, leurs prises de risque. Avant cette «battle», le jeune Bellerin de 17 ans se réjouissait de terminer deuxième face à un «rider» «très fort» âgé de 26 ans.
Mais après son troisième last trick – une figure de choc qui sert à impressionner le jury – il a compris que le champion du monde, ce serait lui. «Le médaillé d’argent m’a félicité, c’était vraiment sincère. C’est ce qui est beau dans ce sport. J’ai été surpris de ce résultat, mais surtout super content. Et puis fier aussi. Ma petite sœur Léa et mon petit frère Sacha sont restés éveillés toute la nuit pour me voir en live sur YouTube, jusqu’à 5 heures du matin», se souvient en souriant l’apprenti constructeur métallique.
Il en oublierait presque qu’il a raflé d’autres distinctions. Car sur les différentes disciplines «extrêmes» que l’adolescent pratique en monocycle – flatland, trial et street – il a également obtenu deux médailles de bronze en saut en hauteur «par-dessus barre» et «sur palettes». L’expérience a été d’autant plus belle avec le titre de championne du monde de sa petite amie allemande quelques heures avant lui dans la même discipline. «Je m’en souviendrai toute ma vie, rigole-t-il. On a fêté ça en buvant une ou deux bières avec des amis.» Le champagne l’attendait à la maison, quelques jours plus tard.

Immersion intensive
Ses deux monocycles pliés dans une valise, avec casque, protections et ce qu’il faut pour réparer un minimum en cas de pépin, le Vaudois a volé serein, avec son ami Célien Zufferey, membre comme lui de la MC Team, en direction du Minnesota. «Je ne partais pas pour gagner, ni pour visiter le pays, mais pour voir et participer. Je suis surtout allé regarder d’autres compétitions et j’ai un peu nagé dans le lac», précise-t-il.
Sur douze jours, environ 1’500 sportifs d’une quarantaine de pays sont venus faire vibrer leurs disciplines respectives durant l’UNICON 21, autrement dit les Championnats du monde de monocycle. Basket, hockey, slalom, cross-country, mais aussi course de relais, freestyle ou encore triathlon. L’étendue des sports liés au «une roue» semble infinie. Néanmoins, les monocyclistes restent peu nombreux à travers le monde. En Suisse aussi, mais ils y sont bons. Les Genevois du club des Casse-Rayons ont gagné neuf médailles durant cet UNICON, notamment en basket et en hockey. «On se connaissait déjà. On a pris le même avion pour rentrer, c’était cool. C’est vraiment un sport bienveillant qui permet de faire de belles rencontres.»

Une passion familiale
Stéphane Ranc a commencé le monocycle à 9 ans avec sa maman, Caroline Ranc, fondatrice de l’école de cirque Snick. À 11 ans, il découvre que ce sport peut aussi être urbain, grâce aux cours de Pierre Sturny, un sportif deux fois vice-champion du monde. «Il a remarqué que j’étais très motivé, que j’avais du plaisir et que je réussissais bien les figures, raconte le Bellerin. Il m’a proposé de venir m’entraîner avec ses amis à Vevey. Il y avait une ambiance incroyable, beaucoup d’entraide, de rigolade, sans prise de tête. C’est aussi ça qui m’a fait aimer le monocycle. Et depuis, je n’ai plus arrêté.»
Il s’est d’abord entraîné uniquement les week-ends jusqu’à ce que la passion le pousse à rider la semaine aussi. À 13 ans, il participe à ses premières compétitions, en Allemagne. S’il en est revenu bredouille, Stéphane Ranc a adoré le monde qu’il a côtoyé. Des coureurs du monde entier, toujours prêts à partager leur amour du sport. Son talent l’emmène aussi en Italie, en France. Il se rend aux Championnats d’Europe et obtient une seconde place. «Avant, je recevais de l’argent de ma famille pour voyager. Maintenant, je paie une partie avec mon salaire d’apprenti. Pour le Minnesota, j’ai aussi reçu un peu de sponsoring.»
Le Chablaisien pratique le «trial» sur un terrain, qu’on prête à la MC Team, qu’on aperçoit de l’autoroute depuis Vevey en direction de Bex. «Je roule aussi dans la rue pour le flatland. Un sol plat dans un jardin ou goudronné et ça va nickel. Pour le street, je vais dans un skatepark ou dans la rue, comme les skateurs.» Bien dans ses baskets et heureux sur son monocycle, il se réjouit déjà de prendre part aux prochains championnats qui se dérouleront en Autriche.

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