
Yoann Provenzano fait des capsules vidéo sur les expositions de Vevey Images. | J.-P. Guinnard – 24 heures
«La Biennale a ouvert ses portes ce week-end. Beaucoup de gens, beaucoup de soleil et un peu de pluie…» Face à son téléphone, Yoann Provenzano s’interrompt. «C’était pas super. Allez, je la refais!» Au milieu du Jardin du Rivage, parmi les photographies qui égrainent la pelouse, l’humoriste boéland s’y reprend à deux fois avant d’être satisfait de son introduction.
Depuis lundi dernier, il est entré dans la «machine» d’Images Vevey et tourne en solo des capsules vidéo qui termineront sur les réseaux sociaux. «J’ai dû apprendre à filmer à l’envers, avec une petite perche. Je me suis entraîné devant mon miroir pour être tout à fait à l’aise avant de parler face caméra.» Durant les trois semaines de la Biennale, Yoann Provenzano va ainsi déambuler dans toute la ville pour tourner et monter des petits formats qui présentent la manifestation.
90 secondes d’Images
Sur une quinzaine de vidéos au total, le Vaudois va incarner le festival international en ligne. Des formats courts – 90 secondes – pour remplir une triple mission, soit donner envie, faire découvrir et couvrir Images Vevey. «C’est une grande responsabilité!
Ce qui est à la fois super et flippant, parce que j’aimerais être à la hauteur. Au pire des cas, on dira que c’est artistique!»
Lors de l’ouverture ce samedi, le trentenaire a suivi une visite guidée à l’adresse des artistes. Une aubaine pour enregistrer quelques séquences qui se retrouveront dans sa nouvelle vidéo. «Welcome! I’m your guide for today!» Anglais oblige de par la provenance internationale du public. La rédactrice et médiatrice Bérénice Savoy accueille, elle, les photographes dans la Salle del Castillo. Sont notamment présents Martin Parr et Paul Graham, deux stars mondiales qui ont présenté leur travail respectif exposé aux alentours du Jardin du Rivage.
Un peu en retrait de la petite assemblée déambulant aux abords du Château de l’Aile, Yoann Provenzano filme quelques plans de coupe qu’il utilisera pour son montage. S’il n’écoute que d’une oreille la présentation, c’est qu’il connaît déjà bien les 50 projets de cette édition. «J’ai quand même dû potasser les différentes expositions, comme un guide. Histoire de ne pas dire n’importe quoi dans mes vidéos.»
Pédagogie par l’humour
Faire appel à un humoriste pour être la vitrine d’une Biennale d’arts visuels. Si l’idée peut paraître surprenante de prime abord, elle vise surtout à rendre le festival accessible grâce à un regard d’amateur qui vient de la région. «L’intérêt? Cela permet d’enlever le vernis pédant qui colle parfois à l’Art.» Celui qui n’est donc ni théoricien ni historien de l’art – mais qui aime préciser qu’il a quand même un Bachelor en français – s’amuse donc des clichés et des discours parfois tarabiscotés liés à la création artistique.
«J’ai toujours été un rat de musée. De mes études, j’ai gardé un goût pour les discours intellectuels. Si on y pense, l’académisme est un magnifique terrain de jeu. Extrapoler une analyse visuelle par le prisme de l’humour, c’est que du plaisir!»
À l’aune d’une programmation dévolue au choc tectonique entre passé et futur, entre intelligence artificielle et nostalgie du passé, une présence digitale pour une telle manifestation artistique est incontournable. Avec un ancrage bien local, Yoann Provenzano décline à merveille la programmation et parvient à capter l’esprit de notre temps.
Face à ce chant de sirène du «c’était mieux avant» et une peur du futur, un mantra à nouveau martelé lors du vernissage, Yoann Provenzano a attrapé l’oiseau en vol et a interrompu le directeur Stefano Stoll dans son discours en s’introduisant sur scène. «Personne ne semble penser que c’est quand même bien maintenant!»
