Il y a 100 ans, le service civil suisse naissait dans les Alpes vaudoises

La mobilisation au sein de la population suisse fut sans précédent lors des événements de 1923-24 à Vers-l’Église, endeuillée par une avalanche.  | Coll. H. Auderset

Les Diablerets-Villars
Des actions ont lieu cette année pour commémorer l’événement. La prochaine a lieu la semaine prochaine sur l’alpage de Conche.

Le service civil est un acquis en Suisse aujourd’hui. Le Conseil d’État vaudois l’a rappelé pas plus tard que la semaine dernière en évoquant la valeur de cette aide «qui fournit une contribution importante à différents domaines, en particulier dans les secteurs socio-sanitaires, environnementaux, culturels, agricoles et de l’instruction publique». Mais qui se souvient qu’elle a vu le jour il y a un siècle tout juste en Suisse grâce à l’action du Lausannois Pierre Cérésole, ingénieur, fils de conseiller fédéral et fermement opposé au service militaire? 

Pour faire la démonstration des vertus de l’action civile bénévole, le père fondateur organisa en effet le premier chantier de service civil à Esnes près de Verdun (France) durant l’hiver 1920-21. Le deuxième eut lieu en Suisse à l’été 1924, à Vers-l’Église, près des Diablerets, village lourdement touché par des avalanches sans précédent durant l’hiver précédent (voir encadré). Pour le Service Civil International Suisse (SCICH), c’est le véritable point de départ. En guise de clin d’œil, un mini-chantier et son assemblée générale ont d’ailleurs eu lieu dans la commune d’Ormont-Dessus les 4 et 5 mai derniers.

Pour Jean-Christophe Fallet, secrétaire de l’Association d’utilité publique Alpes Vivantes, commémorer l’événement relève de l’évidence, raison pour laquelle une action est prévue la semaine prochaine à Villars. «Le bénévolat au service de l’intérêt général est un pilier de la démocratie et notre association travaille à créer une communauté au service de la nature. Pouvoir organiser une action en collaboration avec la section suisse de Service Civil International, pour ses 100 ans, qui plus est dans nos Alpes vaudoises où tout a commencé, est quelque chose de magnifique.» 

Sus à l’aulne vert

Jean-Christophe Fallet s’est donc engagé, avec son enthousiasme naturel, dans une récolte de fonds et dans l’organisation de cette semaine de travail à venir sur l’alpage de Conche. Une dizaine de bénévoles de Suisse et d’ailleurs (Mexique, Russie, Finlande, Vietnam, etc.) uniront leurs forces sur l’exploitation de la famille Bonzon pour y éradiquer l’aulne vert, une plante envahissante de nos montagnes. «Si des personnes ont une heure ou une demi-journée à donner, elles sont les bienvenues», ajoute-t-il.

Ce travail d’éradication, effectué sur divers alpages de la région, est l’une des quatre missions de l’Association Alpes Vaudoises, née en 2019 en collaboration avec six Communes de la région: Aigle, Bex, Gryon, Lavey-Morcles, Leysin et Ollon. Les trois autres tâches qu’elle s’est fixées sont la création de milieux naturels, l’entretien du paysage et la sensibilisation auprès des écoles.

www.alpesvivantes.ch

www.scich.org/fr

 

Tout a commençé à Vers-l’Église

Le premier chantier du service civil en Suisse fut en lien avec les dégâts occasionnés par l’une des séries d’avalanches les plus destructrices dans les Alpes durant l’hiver 1923-24, et notamment dans les Ormonts. À tel point que le Musée des Ormonts lui consacre une exposition jusqu’en avril 2026. «Une immense avalanche de 6 km atteint plusieurs villages, causant pertes humaines et dégâts au bétail, aux bâtiments et à la forêt. Le village de Vers-l’Église, à 3 km des Diablerets, est durement touché», rappelle la section suisse de l’Association Service Civil International sur son site Internet. Le concept, qui faisait débat à l’époque, fit ses preuves du 7 au 27 août. Durant ces 21 jours, 28 volontaires (19 hommes et 9 femmes) déblayèrent troncs et gravats. «Venant de Suisse romande et alémanique, mais aussi d’Angleterre, de Hollande, d’Allemagne et d’Italie, ce sont des proches des initiants qui les rejoignent, engagés eux aussi dans le mouvement pacifiste», continue le texte. Ces bénévoles ont des profils hétéroclites: universitaires, femmes au foyer, enseignants, artisans, fonctionnaires, objecteurs de conscience. Et même un colonel de l’armée suisse: Ernest Cérésole, frère de Pierre Cérésole, considéré comme le «père fondateur» du SCI. Tous prirent sur leurs vacances pour «contribuer à la création d’un service civil comme alternative à l’armée et aider une population durement touchée par une catastrophe naturelle». Le mouvement est amorcé et un autre chantier d’ampleur suivra la même année à Someo, au Tessin.

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